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Tunis, Ezlem, révolution

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Un proverbe chinois disait : «avant de faire la révolution

Un proverbe chinois disait : «avant de faire la révolution, réforme ton cœur». En janvier 2011, la Tunisie de l’après Ben Ali, avait fait l’une et oublié l’autre. Eugène Ionesco disait, quant à lui, que «le mot “révolution” est mal choisi par les “révolutionnaires”. Il démasque, inconsciemment, l’action révolutionnaire, qui, elle-même, est synonyme de réaction puisque, étymologiquement, la révolution qui veut dire retour, s’oppose à l’évolution». C’est ce qui explique, à notre sens, ce qui se passe actuellement en Tunisie, le pays où l’autorité ne fait plus la loi et le pays où ceux qui font les lois et ceux qui les défendent vivent depuis 2011 barricadés derrière les barbelés. Décryptage par l’exemple:

– Ceux qui bâtissaient «pour les beaux yeux» de Ben Ali et oublient qu’ils sont fonctionnaires d’un Etat !

Il y a quelques années, juste avant la révolution, l’ancien président tunisien Ben Ali empruntait très souvent l’actuelle autoroute reliant Tunis à Hammamet et il lui arrivait de bifurquer vers son pied-à-terre de Hammam Sousse. Les glissières de l’autoroute avaient alors été transformées en jardins suspendus entre les deux voies et semée de tous genres d’arbustes et de plantes à fleurs. La société gestionnaire de l’autoroute y veillait comme à la prunelle de ses yeux et assurait un arrosage et un entretien continus de ces jardins suspendus, « pour les beaux yeux » de l’ancien chef de l’Etat. Depuis la révolution, les herbes luxuriantes ont pris la place des arbustes, et les plantes fleuries sont désormais fanées et mortes, les équipes d’arrosage et de jardinage ayant tout simplement disparu !

Plus loin, sur la bretelle de la même autoroute menant vers la zone touristique d’El Kantaoui, la route était parsemée, avant, de lampadaires bien entretenus et qui s’allumaient dès le crépuscule, hiver comme été. Depuis la révolution, la voie n’était plus éclairée de nuit et les fameux lampadaires tombaient en panne et se brisaient l’un après l’autre, sans que cela n’interpelle les autorités municipales de la région. Ce qui avait été fait du temps de Ben Ali, l’était en fait pour lui et non pour les automobilistes et les riverains !

– Douaniers d’avant, douaniers d’aujourd’hui !

Il y a quelques jours, une Tunisienne vivant en Italie, se décidait avec son mari de rentrer en voiture au pays, accompagnés de leur caniche chéri. Des connaissances lui confièrent un large écran 3D avec LED, qu’ils devaient donner en cadeau promis pour un citoyen vivant en Tunisie. Le voyage se passe en bateau et l’arrivée devait donc se faire au port. Ils le regrettent depuis.

Arrivés au port, ils furent «pris en charge» par un «bagagiste». Au port, selon ce qu’on nous raconte, derrière chacun d’eux, il y a toute une équipe de douaniers. Ledit bagagiste n’avait qu’un mot à dire à ses douaniers, pour que le temps de la fouille soit abrégé. Le «bagagiste» les aborde en leur demandant s’ils voulaient faire vite et partir ou bien attendre. Il avait, bien sûr, remarqué que l’écran 3D nécessiterait des taxes élevées et que l’entrée du caniche demanderait la présentation de son carnet de vaccination et autres babioles, administrativement nécessaires. Il escomptait que nos «TRE» pourraient être embarrassés par de pareils procédures. Nos TRE (Tunisiens résidant à l’étranger) acquiescent et le mari lui fourgue 20 DT en contrepartie de ses «services». Notre «bagagiste» fut alors pris de fureur, ayant été offusqué par la petite somme offerte. Il demandait à être payé en euros et il en voulait 50 en plus des 20 malheureux Dinars. Voulant en finir, nos TRE s’inclinent et les lui donnent. Vint alors le temps de la fouille et le douanier remarque le caniche et commence à énumérer les documents qui doivent l’accompagner. Il voulait, pour couper court, 150 DT. Notre TRE espère se dérober en invoquant son manque de monnaie locale. Qu’à cela ne tienne. Le douanier lui indique la voie du distributeur automatique de billets et le fait même accompagner par le «bagagiste» pour lui permettre de quitter l’aire de fouille. Il en aura ainsi pour presque 300 DT de «taxes» et il s’estimera heureux par rapport à ceux qui étaient chargés de cadeaux entassés sur les toits de leurs voitures et qui devraient les décharger et les recharger s’ils ne voulaient pas payer. Il est plus facile de rentrer en avion, lorsque les «bagagistes» de Tunisair ne trouveront rien à vous dérober. Les Douaniers tunisiens crieront certainement haro. Ils savent pourtant bien qu’il n’y a pas que des saints dans leurs rangs !

– Ceux qui font le recensement en lui en donnant juste pour son argent.

Ils ne savaient certainement pas qu’un journaliste comptait parmi leur audience de copains. Ils, c’était une bande de jeunes qui ont été recrutés par l’INS (Institut National de Statistique) pour les besoins du recensement 2014. Ils étaient offusqués de devoir arpenter les hauteurs de la cité Ennasser à Tunis, pour six malheureuses centaines de dinars tunisiens. Ils avaient trouvé le moyen de n’en faire que pour leur argent et ils le racontaient en riant. L’un d’eux jurait ses grands Dieux avoir rempli 80 % des fiches du recensement au café du coin. Un autre lui rétorque que lui, c’est avec les gardiens des résidences qu’il avait rempli toutes ses fiches d’Ennasser. Tous n’avaient cure de ce que cela signifiait, de ce que cela pourrait avoir comme impact sur les résultats de toute l’opération de recensement. Notre ami journaliste nous dit aussi toute sa stupeur d’avoir vu une des voitures portant enseigne du même recensement, chargée de la dot d’une mariée de sa cité, avec force youyous des femmes qui y étaient entassées. C’est aussi cela le recensement à la sauce révolutionnaire !

– La révolution ne supprime pas les «Azlem », elle se borne à en changer le camp !

Il est malheureux de le dire, en parodiant en sous-titre une citation de Philippe Bouvard, mais la Tunisie qui travaille en a vu de toutes les couleurs et avalé toutes les couleuvres de la part de l’autre Tunisie qui ne travaille plus. De ceux qui ont inscrit leurs proches, morts dans les pillages, sur les listes des martyrs, à ceux qui ont carrément racketté ceux qui travaillaient, entreprises et ouvriers non grévistes. De ceux qui assimilent révolution et incendie des postes de police et vol des recettes des finances, à ceux qui veulent partager les taxes de l’Etat et ses ressources naturelles sous terre. De ceux qui mettent en prison des membres des anciennes familles de Ben Ali pour chèques impayés après leur avoir confisqué comptes bancaires, bien meubles et immobiliers, à ceux qui défendent bec et ongle les drogués et tiennent des conférences de presse pour appeler à la dépénalisation de la drogue. Le cheikh de la Zitouna n’a-t-il pas dit que la «zakataka» n’est pas interdite car elle ne figure pas dans la liste des interdits du Coran ? C’est tout cela la nouvelle Tunisie et ce sont là ses vrais «Azlem».

Khaled Boumiza

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