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Tunisie, Ali Larayedh, manifestations, Avenue Habib Bourguiba

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Sous la pression de la rue

Sous la pression de la rue, des Constituants, de l’opposition ou de l’UGTT, qu’importe, le ministère de l’Intérieur vient d’annuler sa décision d’interdire les manifestations à l’Avenue Habib Bourguiba. On pourrait, bien sûr, applaudir et trouver que c’est une bonne décision, une décision qui respecte les droits de l’homme, une décision consensuelle et même que ce pas en arrière, n’est en fait qu’une sage décision. Cette mesure, intervenant sur décision du Conseil des ministres, reste quand même une sorte de désaveu infligé au ministre de l’Intérieur par sa hiérarchie et son chef du Gouvernement, en particulier. On pousserait un peu plus loin l’analyse de ce revirement du Gouvernement qu’on pourrait même dire que le ministre Ali Larayedh serait bien inspiré de démissionner. Cela se fait dans d’autres démocraties plus ancrées dans l’histoire des peuples. L’incapacité de gouverner n’est pas une honte et en l’avouant, l’Homme pourrait n’en sortirait plus que grandi.

– Que peut vouloir dire cette décision d’annulation d’une décision ?

Au-delà de la «boîte de Pandore» que risque d’ouvrir cette nouvelle décision en termes de manifestations des uns et des autres et de leur effet sur la stabilité sociale, annuler une décision ministérielle, cela veut dire au moins deux choses. La première, c’est que c’était une décision irréfléchie, non concertée avec le reste du gouvernement, d’autant plus qu’il est composite et parfois discordant sur plus d’une position, d’un parti à l’autre de la troïka. Cela s’appellerait, alors, de la mauvaise gouvernance. La seconde est que cette décision serait bien concertée et qu’elle était inévitable, car tenant compte de l’intérêt supérieur de l’Etat qui reste au-dessus de toutes les conjonctures, de toutes les instances et de toutes les personnes. On se demanderait alors pourquoi l’avoir annulée et comment un Gouvernement qui se proclame de la légitimité électorale, peut-il faire marche arrière aussi vite, en moins de 15 jours et juste après deux manifestations ?

Guy de Maupassant écrivait, dans l’Art de gouverner, que «on ne peut être fort à l’escrime qu’en la pratiquant dès l’enfance. On ne peut savoir gouverner les autres que si l’on a été élevé avec cette idée constante qu’un jour on sera appelé à prendre le pouvoir. Alors on apprend, sans s’en douter, toutes les petites ficelles du métier, tous les moyens employés ; on devient enfin un homme pratique remarquable, sans être nullement un homme de génie. C’est grâce à cette éducation séculaire que les classes dirigeantes ont conservé si longtemps l’autorité en France, malgré les effroyables abus de leur administration ; c’est grâce à ce savoir héréditaire et subtil que la noblesse anglaise reste si puissante et que la monarchie subsiste en ce pays». L’art de gouverner est, selon Michel Foucault, dans un traité publié en 1977, «un ensemble de techniques et de stratégies».

– De l’art de gouverner qui, s’il n’est pas un don, il s’apprend.

Manifestement, les actuels gouvernants d’Ennahdha, comme du reste de la troïka, ne possédaient cet art. On pourrait certes leur trouver l’excuse que bon nombre des membres de l’actuel gouvernement tunisien, avaient passé plus de temps en prison qu’à faire de la politique et apprendre l’art de gouverner toute une Nation. Il faudra cependant leur rappeler que beaucoup d’entre eux, avaient même fait de ce qu’ils avaient appelé la «légitimité carcérale», un droit presque divin qui les autorise à se propulser du fond d’une cellule au fauteuil du gouvernement, sans que personne ne puisse ou n’ait le droit de protester. Depuis, il faut malheureusement le dire, pas un seul projet, pas un seul recrutement, pas une mesure concrète pour faire taire les demandes de création d’emplois, pas une seule mesure en faveur des hommes d’affaires, pas de Ben Ali, pas d’argent de Ben Ali, pas de programme économique mis en œuvre, pas de crédits, ni de l’extérieur ni de l’intérieur, pas de perspectives pour l’économie, pas de trêve sociale, pas de sécurité. Que dire de plus, sauf qu’à la seule décision, salutaire à notre sens, nous le maintenons, le Gouvernement rate le coche, et c’est le retour en arrière vers les manifestations et les contre-manifestations, ceux des barbus et des autres !

Incontestablement, Ennahdha démontre jour après jours, depuis plus de 100 jours, qu’elle est incapable de gouverner la Tunisie. Cela, même s’il faut aussi rappeler, qu’elle n’a guère était aidée par les reste de la classe politique, dont une partie s’était depuis les élections d’octobre 2011, mise dans le rôle d’opposition et que l’autre partie semble avoir d’autres «chats à fouetter», politiquement s’entend, que d’aider un parti à gouverner, qui lui a, dès le début, confisqué tout les instruments de la gouvernance, la confinant, de fait, elle aussi, dans la position d’opposition, bête et méchante. Ennahdha avait péché, il faut le dire, par trop d’opportunisme, par trop de suffisance et par trop de confiance en des capacités managériales, qu’elle n’a pourtant jamais apprises. Le parti au pouvoir s’est, en fait, révélé être, un parti sclérosé, une sorte d’armée de généraux, tout aussi prétentieux les uns que les autres à croire en leur pouvoir de mieux faire que celui que le peuple a chassé à leur place. Un parti incapable de négocier les grands virages de l’Histoire. Ennahdha soutiendra, bien sûr, le contraire, mais son double langage sur tous les dossiers chauds du moment en Tunisie, la dément sans autre forme de procès. Ne pas savoir négocier un virage, c’est aller droit dans le mur et oblige, pour pouvoir se relever, à faire des concessions sous la pression et à fissurer donc sa légitimité et son propre pouvoir à gouverner.

Pour finir et citer des références plus théologiques, même si elles ne sont pas de l’islam, on dira comme Saint-Just, que «Ceux qui font des révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau», celui des aspirations de tout un peuple à un avenir meilleur sans qu’il doive être d’inspiration religieuse. D’autres collègues journalistes avaient plus tôt écrit, que «on achève bien les révolutions», une référence claire à ce film culte de Sydney Pollack (On achève bien les chevaux), un film qui traite de la dépression des années 30, aux USA! La Tunisie, déjà en récession, n’en est plus très loin.

Khaled Boumiza

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