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Tunisie, Chedli Ayari, BCT

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Le 29 août dernier

Le 29 août dernier, la BCT (Banque Centrale de Tunisie) relevait son taux directeur de 25 points de base pour le porter à 3,75 %. Une décision qui a fortement inquiété les milieux financiers et surtout les investisseurs tunisiens, déjà sous pression sous l’effet du climat général d’investissement qui prévaut en Tunisie depuis la Révolution de janvier 2011. La décision n’a d’ailleurs pas inquiété que les hommes d’affaires, mais aussi les entreprises déjà endettées et qui ont du rééchelonner leurs dettes suites aux dommages subis par les émeutes de la Révolution. Cette hausse aurait pu être de 50 points de base «comme me l’ont demandé les membres du Conseil d’Administration de la BCT», nous a indiqué le Gouverneur Chedli Ayari, dans l’une de ses rares interviews, depuis sa nomination. Pour lui, il s’agit simplement d’envoyer un signal au marché que la stabilité du taux d’intérêt n’est plus une chose acquise pour que le taux directeur puisse trouver un sens, avant d’ajouter : «je vous le dis et vous pouvez le publier : si jamais l’inflation continue sur ce trend- là, moi je vais continuer à ajuster le taux d’intérêt vers la hausse et même si je relève à fin septembre [] le taux à 4, je serai encore en dessous des taux qui se traitent dans le marché» !

Chedli Ayari fait remarquer, par ailleurs, qu’aujourd’hui, le TMM et toute la gamme des taux qui se pratiquent sur le marché monétaire, dépassent largement le taux directeur. «Il y a actuellement des crédits qui sont contractés sur le marché à 4,25 % et même à 4,5 %, si bien que le taux directeur risque de ne plus avoir de raison d’être, car il y a une très forte demande de crédit», précise Chedli Ayari à Africanmanager. Et lorsqu’on lui demande où va cet argent si l’investissement ne redécolle pas, le Gouverneur de la BCT répond, sans complaisance à l’égard des banquiers dont il est l’institution de contrôle : «Les banques manquent de liquidité, car il y a 1200 MDT qui ont été retirés des banques tunisiennes entre janvier 2011 et juin 2012, ce qui a fait qu’elles courent le dépôt et l’achètent à n’importe quel prix, quitte à violer gravement les normes de la BCT». Et le Gouverneur de nous avouer même avoir déjà signé des lettres de sanctions à l’égard de 3 banques, «délinquantes» comme il les a traitées avec des traits sévères sur son visage, sans vouloir pour autant les nommer ou spécifier si elles étaient du secteur public ou privé.

Où va l’argent des banques, si ce n’est pas à l’investissement ?

Pour le nouveau Gouverneur, le coût du crédit est loin d’être l’handicape majeur de l’investissement, mais le climat général de l’investissement. «J’aurais aimé, que les investisseurs réagissent au taux d’intérêt. Si c’était le cas, je l’aurais alors même baissé à 2 % s’il le faut». Il est vrai que le taux directeur avait été baissé à deux reprises du temps de Mustapha Kamel Nabli. Il est vrai aussi, comme nous le certifiera le Gouverneur de la BCT, que la réaction de l’investisseur tunisien a été presque nulle. Selon lui, «quel que soit le taux d’intérêt, l’investisseur hésite, à cause de l’ambiance générale du pays. Les autres motifs de ne pas investir sont tellement importants que la réactivité de l’investissement par rapport au taux d’intérêt est tellement faible qu’elle approche du zéro».

On se demanderait alors, de manière candide, ce que feraient ces banques d’autant d’argent, si elles ne le donnent pas à d’autres investisseurs. Et quelle ne fut grande notre surprise de découvrir, cette fois de manière officielle et qui plus est dite par l’institution de contrôle de tout le secteur financier dont les banques, que ces dernières « ont des actionnaires qui veulent avoir des bilans garnis en fin d’année. Lorsqu’on approche du 31 décembre, ils veulent avoir du cash et les dépôts ne sortent pas » et feraient presque de faux bilans et, en tout cas, font ce qu’il est convenu d’appeler en jargon bancaire, du «Windows-dressing».

Sur un site spécialisé, on pouvait lire que «On appelle opérations de Windows-dressing, des opérations faites en fin d’année pour embellir les états financiers. La date de clôture d’un exercice comptable étant purement arbitraire, l’entreprise pourra avancer ou retarder la comptabilisation de certaines charges ou produits pour modifier le niveau du Résultat. Il est évident que le Résultat n’est que déplacé dans le temps, et en aucun cas globalement modifié».

«Faute d’investissement, je focalise sur l’inflation et je relèverai plus le taux directeur, s’il le faut »

De tout cela, le nouveau gouverneur de la BCT semble avoir retenu la leçon que s’il n’arrive pas à réanimer l’investissement, il faudra alors focaliser sur la lutte contre l’inflation, quitte à relever encore le taux directeur. «Je suis arrivé à cette conclusion et je l’ai dit dans les conseils ministériels de manière directe et brutale», dit-il avec force conviction. Selon Chedli Ayari, l’inflation est arrivée en Tunisie à des taux insupportables, qui avoisinent les 7 %, si l’on retire du panier de la ménagère les produits administrés. A ce taux, selon le gouverneur de la BCT qui estime que «le pouvoir d’achat est aujourd’hui miné et il met la barre très haut pour le gouvernement», il faudra augmenter les salaires d’autant, pour maintenir le pouvoir d’achat du citoyen, «ce que le pays ne peut pas faire et moi, je vais essayer de jouer le rôle d’ennemi de l’inflation» dont il ne manque pas aussi d’évoquer les autres causes, non monétaires, comme les circuits de distribution «mal fagotés», l’offre inégale à la demande, la contrebande et la spéculation. «L’investisseur, ce n’est pas celui que je dois courtiser le premier, car je sais qu’il est bloqué par d’autres raisons, politiques et sécuritaires. Ma priorité est le contrôle de l’inflation». Et Chedli Ayari termine, comme pour définir la politique monétaire qu’il entend conduire, que «en matière de politique monétaire, je ne suis ni un adepte de l’expansion, ni de la restriction, mais adepte du Fine-Tuning, une politique monétaire active ».

Khaled

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Le 29 août dernier

Le 29 août dernier, la BCT (Banque Centrale de Tunisie) relevait son taux directeur de 25 points de base pour le porter à 3,75 %. Une décision qui a fortement inquiété les milieux financiers et surtout les investisseurs tunisiens, déjà sous pression sous l’effet du climat général d’investissement qui prévaut en Tunisie depuis la Révolution de janvier 2011. La décision n’a d’ailleurs pas inquiété que les hommes d’affaires, mais aussi les entreprises déjà endettées et qui ont du rééchelonner leurs dettes suites aux dommages subis par les émeutes de la Révolution. Cette hausse aurait pu être de 50 points de base «comme me l’ont demandé les membres du Conseil d’Administration de la BCT», nous a indiqué le Gouverneur Chedli Ayari, dans l’une de ses rares interviews, depuis sa nomination. Pour lui, il s’agit simplement d’envoyer un signal au marché que la stabilité du taux d’intérêt n’est plus une chose acquise pour que le taux directeur puisse trouver un sens, avant d’ajouter : «je vous le dis et vous pouvez le publier : si jamais l’inflation continue sur ce trend- là, moi je vais continuer à ajuster le taux d’intérêt vers la hausse et même si je relève à fin septembre [] le taux à 4, je serai encore en dessous des taux qui se traitent dans le marché» !

Chedli Ayari fait remarquer, par ailleurs, qu’aujourd’hui, le TMM et toute la gamme des taux qui se pratiquent sur le marché monétaire, dépassent largement le taux directeur. «Il y a actuellement des crédits qui sont contractés sur le marché à 4,25 % et même à 4,5 %, si bien que le taux directeur risque de ne plus avoir de raison d’être, car il y a une très forte demande de crédit», précise Chedli Ayari à Africanmanager. Et lorsqu’on lui demande où va cet argent si l’investissement ne redécolle pas, le Gouverneur de la BCT répond, sans complaisance à l’égard des banquiers dont il est l’institution de contrôle : «Les banques manquent de liquidité, car il y a 1200 MDT qui ont été retirés des banques tunisiennes entre janvier 2011 et juin 2012, ce qui a fait qu’elles courent le dépôt et l’achètent à n’importe quel prix, quitte à violer gravement les normes de la BCT». Et le Gouverneur de nous avouer même avoir déjà signé des lettres de sanctions à l’égard de 3 banques, «délinquantes» comme il les a traitées avec des traits sévères sur son visage, sans vouloir pour autant les nommer ou spécifier si elles étaient du secteur public ou privé.

Où va l’argent des banques, si ce n’est pas à l’investissement ?

Pour le nouveau Gouverneur, le coût du crédit est loin d’être l’handicape majeur de l’investissement, mais le climat général de l’investissement. «J’aurais aimé, que les investisseurs réagissent au taux d’intérêt. Si c’était le cas, je l’aurais alors même baissé à 2 % s’il le faut». Il est vrai que le taux directeur avait été baissé à deux reprises du temps de Mustapha Kamel Nabli. Il est vrai aussi, comme nous le certifiera le Gouverneur de la BCT, que la réaction de l’investisseur tunisien a été presque nulle. Selon lui, «quel que soit le taux d’intérêt, l’investisseur hésite, à cause de l’ambiance générale du pays. Les autres motifs de ne pas investir sont tellement importants que la réactivité de l’investissement par rapport au taux d’intérêt est tellement faible qu’elle approche du zéro».

On se demanderait alors, de manière candide, ce que feraient ces banques d’autant d’argent, si elles ne le donnent pas à d’autres investisseurs. Et quelle ne fut grande notre surprise de découvrir, cette fois de manière officielle et qui plus est dite par l’institution de contrôle de tout le secteur financier dont les banques, que ces dernières « ont des actionnaires qui veulent avoir des bilans garnis en fin d’année. Lorsqu’on approche du 31 décembre, ils veulent avoir du cash et les dépôts ne sortent pas » et feraient presque de faux bilans et, en tout cas, font ce qu’il est convenu d’appeler en jargon bancaire, du «Windows-dressing».

Sur un site spécialisé, on pouvait lire que «On appelle opérations de Windows-dressing, des opérations faites en fin d’année pour embellir les états financiers. La date de clôture d’un exercice comptable étant purement arbitraire, l’entreprise pourra avancer ou retarder la comptabilisation de certaines charges ou produits pour modifier le niveau du Résultat. Il est évident que le Résultat n’est que déplacé dans le temps, et en aucun cas globalement modifié».

«Faute d’investissement, je focalise sur l’inflation et je relèverai plus le taux directeur, s’il le faut »

De tout cela, le nouveau gouverneur de la BCT semble avoir retenu la leçon que s’il n’arrive pas à réanimer l’investissement, il faudra alors focaliser sur la lutte contre l’inflation, quitte à relever encore le taux directeur. «Je suis arrivé à cette conclusion et je l’ai dit dans les conseils ministériels de manière directe et brutale», dit-il avec force conviction. Selon Chedli Ayari, l’inflation est arrivée en Tunisie à des taux insupportables, qui avoisinent les 7 %, si l’on retire du panier de la ménagère les produits administrés. A ce taux, selon le gouverneur de la BCT qui estime que «le pouvoir d’achat est aujourd’hui miné et il met la barre très haut pour le gouvernement», il faudra augmenter les salaires d’autant, pour maintenir le pouvoir d’achat du citoyen, «ce que le pays ne peut pas faire et moi, je vais essayer de jouer le rôle d’ennemi de l’inflation» dont il ne manque pas aussi d’évoquer les autres causes, non monétaires, comme les circuits de distribution «mal fagotés», l’offre inégale à la demande, la contrebande et la spéculation. «L’investisseur, ce n’est pas celui que je dois courtiser le premier, car je sais qu’il est bloqué par d’autres raisons, politiques et sécuritaires. Ma priorité est le contrôle de l’inflation». Et Chedli Ayari termine, comme pour définir la politique monétaire qu’il entend conduire, que «en matière de politique monétaire, je ne suis ni un adepte de l’expansion, ni de la restriction, mais adepte du Fine-Tuning, une politique monétaire active ».

Khaled Boumiza

Reseaux Sociaux

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