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Tunisie, complot, Ennahdha

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Victime sous Ben Ali

Victime sous Ben Ali, le Mouvement Ennahdha semble      avoir porté ce statut politique comme une croix sur ses épaules, pendant 23 ans, jusqu’à avoir crucifié Ben Ali, son bourreau. Mais voici que le parti Ennahdha brandit de nouveau sa croix comme une menace sur toute la classe politique, ancienne et nouvelle, et sur la scène média.

Cette stratégie de la victimisation atteint son paroxysme lorsqu’Ennahdha commence à bâtir sa théorie du complot. Elle en sait quelque chose si l’on croit l’un de ses éminents membres qui n’est plus en odeur de sainteté chez les partisans du Cheikh Rached. Cheik Mourou avait, en effet, dans une interview à l’hebdomadaire Hakayek, parlé de l’affaire de Bab Souika et aussi du missile Stinger ainsi que du commando ou groupe de sécurité constitué  pour les besoins d’un complot contre Ben Ali. Des propos et des accusations, jamais démentis depuis par Ennahdha et les personnes qui ourdissaient alors ce complot qui n’est plus qualifié comme tel, maintenant, Révolution oblige. La Révolution a ensuite apporté le complot contre la Constituante telle que voulue et votée par le peuple tunisien. Instituée pour élaborer  une Constitution, l’assemblée se dit maîtresse d’elle-même et transforme les élus en gouvernants.

Chronologie de la théorie du complot, préméditée.

Historiquement, la notion de « théorie du complot » se serait développée pour la première fois chez l’opposition parlementaire à la Couronne britannique au dix-septième siècle. Elle se répandra à la fin du dix-huitième  siècle et portera sur la Révolution française. Trois siècles plus tard, c’est la «Révolution» tunisienne qui hérite de cette théorie et c’est le pouvoir en place qui l’utilise.

La théorie du complot avait commencé à être développée, depuis janvier dernier, par Hamadi Jbali lui-même. Dans sa première interview télévisée, le chef du Gouvernement, ce jour-là, indiquait, toujours à la Watanya 1 que «des parties, avec beaucoup d’argent et des contacts étrangers … et je ne voudrais pas entrer dans le détail … nous connaissons tous les dossiers et tout sera connu à temps». Personne n’y avait alors accordé une quelconque importance.

Quelques jours plus tard, c’est son ministre de l’Enseignement supérieur, tout aussi Nahdhaoui que Hamadi Jbali, qui  visitait Sfax. Il en profitera pour évoquer un «un complot qui  serait en train d’être ourdi contre la Tunisie » et l’existence d’un «Etat étranger qui injecte beaucoup d’argent pour semer  la gabegie  et l’instabilité». Cela passera aussi presqu’inaperçu sauf sur nos pas pages où l’article sera l’un des plus lus et cela sera la première résonnance du complot annoncé par Jbali. Ce dernier reviendra à la charge, dans une déclaration à Mosaïque FM où il distillait  les premiers éléments du complot. Il évoquera des «parties», en insistant pour ne pas les nommer, sur ceux qui voudraient faire échouer l’action du gouvernement. Ces éléments seront, plus tard, repris, en ordre dispersé, mais bien agencés et avec plus de détails, par son conseiller politique.

 «Le gouvernement est au courant de contacts entre des éléments de l’opposition, des personnalités politiques avec des parties étrangères. Le but est de paralyser l’action du gouvernement et de le renverser», avait alors indiqué le conseiller, Lotfi  Zitoun, mardi dernier, sur le plateau TV de la Watanya. «Ceux qui veulent renverser Jbali ont rencontré des responsables européens et américains et négocié avec eux la possibilité de convaincre les responsables de leurs pays respectifs d’arrêter toute aide à la Tunisie en attendant que tombe le gouvernement Jbali».

Véritable complot, épouvantail social ou masque  politique ?

Il est important de noter, dans cette chronologie, que l’essaimage de cette théorie du complot contre Ennahdha et son gouvernement, avait commencé pratiquement trois mois après les élections et quelques semaines seulement après la constitution définitive du gouvernement. Son président, comme le chef du parti au pouvoir, étaient déjà en contact avec plus d’un membre du second gouvernement provisoire de Caïed Essebssi et connaissaient déjà la réalité de la situation économique et les limites financières des caisses de l’Etat. Vilipender l’héritage des deux premiers gouvernements provisoires, pourrait être de «bonne», guerre. Prétendre la surprise, serait un mensonge. Et c’est en découvrant le réel de l’héritage et ses limites, rongées par presqu’une année de demandes sociales [sur lesquelles d’ailleurs, si le gouvernement Caïed Essebssi n’avait pas cédé, Jbali n’a pas eu l’opportunité de travailler plus ou moins sereinement à La Kasbah], que le gouvernement Jbali découvre par la même occasion, si ce n’est son incapacité à répondre rapidement à ses électeurs, tout au moins la grande difficulté à le faire dans les limites temporelles d’une année. Ennahdha en avait donné la parole donnée et regretterait presque de l’avoir fait. Delà à ce que cette théorie du complot, ne soit qu’une invention pour fournir à Jbali, son gouvernement et son parti, un masque à même de dissimuler au mieux son incapacité répondre aux aspirations du peuple, le pas a déjà été franchi par toute la classe politique tunisienne. Ceci pourrait être d’autant plus vrai, que Jbali et son gouvernement, se refusent toujours à désigner les coupables, à donner les preuves de ce qu’ils accusent et même de porter plainte auprès d’un procureur qui ne juge pas lui-même nécessaire de s’inquiéter.

Le masque, pourrait aussi se transformer en épouvantail qu’Ennahdha et ses poulains pourraient  agiter aux visages de l’opposition pour donner plus de temps au gouvernement pour préparer la meilleure feuille de route et finir l’élaboration de la Constitution. L’accusation est en effet tellement grosse, qu’elle fait peur et pourrait faire reculer ceux qui pourraient être tentés de bousculer le gouvernement.

Nous finirons par cette histoire du berger qui avait tellement crié, juste pour rire, au loup que lorsque vint réellement le loup, le berger ne trouva aucun pour le croire et défendre le troupeau !

Khaled Boumiza
 

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