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A une semaine, jour pour jour, de la fin de sa mission, le second gouvernement tunisien de transition peut très bien rendre, fièrement, le tablier. La Tunisie de l’après Ben Ali termine, en effet, les 10 premiers mois de l’année de la Révolte, avec des banques toujours et toutes bénéficiaires, des dépôts de la clientèle chez ces banques, toujours en hausse, une inflation qui n’a guère dépassé les 3 % (chiffre de septembre 2011), une trésorerie de l’Etat excédentaire de plus de 1,1 milliards DT, au 14 octobre 2011, sans compter les prêts tirés en devises et non consommés de la BAD et de l’AFD (presque 800 MDT) et 117 jours de réserves en devises chez la BCT, à la date du 14 octobre 2011.

Vue de la sorte, la situation économique de la première année de  la Tunisie de l’après Ben Ali est rassurante, voire bonne. On donnerait presque raison à ceux qui avaient crié à l’épouvantail économique, lorsque de prudentes voix avaient essayé d’alerter l’opinion sur la dégradation de la situation économique en Tunisie par les effets collatéraux de la Révolution.

Les professionnels et les économistes tunisiens nous disent cependant deux choses.

La première est que si les banques se portent bien, ce n’est pas tant grâce à l’économie réelle que grâce à l’économie du noir et l’économie parallèle. Ces dernières carburent, depuis  le 14 janvier 2011, à plein régime, profitant de l’effritement de l’autorité de l’Etat, du relâchement de la veille économique, fiscale et douanière.  Les banques tiennent et financent toujours, mais c’est en  grande partie grâce à l’argent que leur prête la BCT et non par leurs ressources propres. La BCT avait pour cela baissé, à deux reprises, son taux directeur, permettant ainsi un TMM attractif de 3,5%, presqu’égal au taux directeur. «Afin de relancer l’activité économique et contribuer à la concrétisation des intentions d’investissement en limitant les charges financières des entreprises, le Conseil d’Administration a décidé de réduire de nouveau le taux directeur de la Banque Centrale de Tunisie à 3,5% », pouvait-on lire dans le communiqué de la BCT annonçant cette mesure de relance. Des rumeurs circulent depuis peu dans les milieux bancaires à propos d’une possible hausse du taux directeur de la BCT, vite démenties pour nous par cette dernière. 

La seconde chose est que si la trésorerie de l’Etat tunisien est excédentaire de presque 2 milliards DT, ce n’est nullement par la valeur ajoutée créée par le travail des Tunisiens, mais par l’argent des aides et des crédits,  argent qui n’a pas été dépensé. En plus des 1,1 milliards et des 800 MDT d’autres aides, il y aura les 4 milliards d’euros, annoncés, jeudi dernier, à Gafsa par l’ambassadeur de l’UE à Tunis, Adrianus Koestsenruijter, en visite dans cette région pour soutenir l’économie tunisienne. Koestsenruijter a aussi précisé que «une première tranche de 160 millions d’euros a déjà été transférée au gouvernement tunisien ». Tout cela, sans compter  les 157 millions d’euros destinés à la relance de l’économie du pays, depuis le 14 janvier, date de la chute de l’ancien régime de Ben Ali.

Après 10 mois de révolution, de casses, de pertes, d’incendies, d’allocations et d’augmentation salariales diverses, de grèves et de sit-in, les caisses tunisiennes regorgeraient encore d’argent. Certains appelleraient cela «une gestion de bon père de famille» et en féliciteraient même le gouvernement provisoire conduit par Caïed Essebssi.

Il suffit pourtant de voir que peu, très peu de dépenses ont été faites dans la création de la valeur ajoutée et dans la création de l’emploi. Les programmes de relance de l’économie tardent encore à être concrétisés. Les grands projets d’infrastructure piétinent toujours et beaucoup sont tout simplement aux arrêts. Ce n’est pas sans raison que la croissance tunisienne reste proche de zéro.

Les seules dépenses faites ont été celles à caractère social. Le fameux programme Amal qui    s’apparente plus à de l’eau déversée dans le désert qu’à autre chose. Les augmentations salariales qui n’ont fait que rendre plus difficile la situation des entreprises sinistrées par les grèves, sit-in et autres manifestation. Les aides sociales qui n’ont fait qu’approfondir la volonté d’une certaine Tunisie de grogner et d’en demander toujours plus.

Il est ainsi un fait que la relance, ou plus justement, la tentative de relance de l’économie tunisienne s’était jusqu’ici faite par des outils financiers et donc à travers la BCT, et non par des outils budgétaires. Le budget de la Tunisie de l’après Ben Ali s’est jusqu’ici limité à engranger les aides et les crédits et à faire des dépenses sociales sans plus. Point de projets lancés, points de grands chantiers décidés.

Il serait temps que ce gouvernement, transitoirement fini, fasse à l’intention de ses gouvernés l’état des lieux de ce qu’il a trouvé dans les caisses, ce qu’il en a dépensé et ce qu’il laissera au prochain gouvernement. Les bons comptes ne feront certainement les bonnes affaires lorsque les promesses électorales laisseront la place au réalisme comptable.

Khaled Boumiza

Reseaux Sociaux

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