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Tunisie, Ennahdha, sukuk

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Après le succès des premières élections nationales post-révolution, le gouvernement commence à replacer l’élaboration de stratégies économiques au cœur de ses priorités pour tenter de réduire l’incertitude générée par l’instabilité politique, indique l’Oxford Business Groupe (OBG) dans une mise à jour des perspectives économiques de la Tunisie publiée,  lundi 12 décembre.
OBG rappelle que le parti islamiste modéré Ennahdha a remporté 90 sièges sur 217 lors du scrutin du 23 octobre, soit plus de trois fois plus que son principal adversaire, le Congrès pour la République (CPR), qui a obtenu à peine plus de 40 % des suffrages exprimés. Outre leur mandat clé, à savoir constituer le nouveau gouvernement, les dirigeants du parti ont rapidement souligné la volonté d’Ennahdha de favoriser une économie de marché accordant une place plus importante au secteur privé.

À la fin du mois d’octobre, Rached Ghannouchi, leader du parti Ennahdha, a déclaré à l’agence de presse Reuters que le parti avait un programme économique libéral qui favoriserait les investissements. «Nous prenons pour engagement d’instaurer un climat sans corruption, permettant de protéger les intérêts des investisseurs », a-t-il affirmé.

Le 9 novembre, Hamadi Jbali, secrétaire général d’Ennahdha, peu de temps avant de devenir le nouveau premier ministre tunisien, a déclaré à l’occasion d’une réunion de leaders du parti et de représentants de l’Association des courtiers en valeurs mobilières, que le nouveau gouvernement redoublerait d’efforts pour encourager et appuyer les investisseurs tunisiens et étrangers. Ennahdha travaillera également avec tous les constituants de la société et de la sphère politique afin de faire consensus et d’élaborer un programme de développement économique sain, a-t-il indiqué.

S’il affirme sa volonté de rebâtir l’économie, le parti Ennahdha a cependant une vision différente de celle du gouvernement provisoire qu’il vient remplacer s’agissant de la stratégie à adopter et du mode de financement de cette reconstruction.

D’après Ridha Saïdi, responsable du bureau économique d’Ennahdha, le nouveau gouvernement est réticent à recourir trop massivement au marché international de la dette pour financer les réformes et les nouveaux projets. Le gouvernement provisoire tunisien avait élaboré un plan de mesures économiques, le plan Jasmin, qui comprenait des réformes législatives et réglementaires visant à instaurer un environnement économique plus ouvert grâce à des investissements massifs et d’importantes mesures incitatives afin de stimuler l’activité économique. Quelque 30 % du budget de ce plan, chiffré à 87 milliards de dollars, devaient provenir d’emprunts étrangers, un pourcentage jugé trop important par l’Ennahdha. «Nous ne pouvons pas grever le pays et les générations futures», a déclaré Saïdi aux médias locaux le 13 novembre. «Nous payons autant pour la dette que pour l’intérêt de la dette : c’est un montant très lourd, et le cas de la Grèce illustre parfaitement le risque que représente une dette élevée.»

Alternativement, l’Ennahdha a suggéré d’accroître les participations dans le secteur financier, notamment celles des bailleurs de fonds qui respectent la charia, récemment arrivés en Tunisie, tout en envisageant de recourir aux sukuk, les obligations islamiques. Pour les dirigeants de l’Ennahdha, tels que Ridha Chkoundali, il s’agit d’encourager davantage de banques islamiques à pénétrer sur le marché local, et avoir recours aux produits offerts par le secteur permettra de renforcer le secteur bancaire.

«Le système bancaire sera diversifié, et le marché financier tunisien composé de banques traditionnelles et islamiques», a déclaré Chkoundali, professeur d’économie et co-auteur du programme économique du parti. «Par conséquent, on observera une intensification de la concurrence entre les banques», a-t-il ajouté.

La réticence du gouvernement à recourir aux emprunts étrangers s’explique également par leur coût potentiel. Début novembre, quelques jours à peine après l’annonce des résultats électoraux, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a confirmé la note BBB de la Tunisie, assortie d’une perspective négative datée de mars. Cette note incite les bailleurs de fonds à une certaine prudence, d’autant plus que les marchés internationaux de la dette ont été fortement affectés par les événements survenus de l’autre côté de la Méditerranée, tandis que les taux d’intérêt sont à leur niveau le plus élevé.

Dans sa déclaration, S&P a affirmé que les résultats du scrutin eux-mêmes n’avaient pas influé sur la décision de ne pas améliorer la note ou la perspective de la Tunisie. Par ailleurs, l’agence a déclaré qu’elle suivrait étroitement le pays afin de déterminer «si le nouveau gouvernement appuie la reprise économique en prenant des mesures politiques à moyen terme et en opérant des réformes structurelles, tout en conservant une stabilité macroéconomique.»

S’il envoie ainsi des messages positifs aux entreprises locales et étrangères, le nouveau gouvernement devra agir sans tarder pour améliorer la vie des Tunisiens dans la rue. D’après des données publiées début novembre par l’Institut national des statistiques, le taux de chômage a culminé à 18 %, fin mai, avec un peu plus de 700 000 chômeurs déclarés, depuis plus d’un an pour quelque 200 000 d’entre eux.

La plupart des analystes anticipent, au mieux, une croissance économique modeste cette année, avec un PIB qui devrait rester stable ou afficher une hausse de 1 % ; d’après les médias locaux, le gouvernement espère observer l’an prochain des signes de reprise, accompagnés d’une progression de l’emploi afin de contribuer à réduire le taux de chômage.

Pour atteindre cet objectif, ainsi que les autres objectifs définis par le parti, par exemple stimuler le PIB de 7 % par an entre 2012 et 2020, faire progresser le revenu par habitant de 4 400 à 7 000 dollars, ou encore mieux protéger l’économie des chocs externes, Ennahdha devra déployer des efforts soutenus et compter sur les investisseurs nationaux et étrangers.

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Après le succès des premières élections nationales post-révolution, le gouvernement commence à replacer l’élaboration de stratégies économiques au cœur de ses priorités pour tenter de réduire l’incertitude générée par l’instabilité politique, indique l’Oxford Business Groupe (OBG) dans une mise à jour des perspectives économiques de la Tunisie publiée,  lundi 12 décembre.
OBG rappelle que le parti islamiste modéré Ennahdha a remporté 90 sièges sur 217 lors du scrutin du 23 octobre, soit plus de trois fois plus que son principal adversaire, le Congrès pour la République (CPR), qui a obtenu à peine plus de 40 % des suffrages exprimés. Outre leur mandat clé, à savoir constituer le nouveau gouvernement, les dirigeants du parti ont rapidement souligné la volonté d’Ennahdha de favoriser une économie de marché accordant une place plus importante au secteur privé.

À la fin du mois d’octobre, Rached Ghannouchi, leader du parti Ennahdha, a déclaré à l’agence de presse Reuters que le parti avait un programme économique libéral qui favoriserait les investissements. «Nous prenons pour engagement d’instaurer un climat sans corruption, permettant de protéger les intérêts des investisseurs », a-t-il affirmé.

Le 9 novembre, Hamadi Jbali, secrétaire général d’Ennahdha, peu de temps avant de devenir le nouveau premier ministre tunisien, a déclaré à l’occasion d’une réunion de leaders du parti et de représentants de l’Association des courtiers en valeurs mobilières, que le nouveau gouvernement redoublerait d’efforts pour encourager et appuyer les investisseurs tunisiens et étrangers. Ennahdha travaillera également avec tous les constituants de la société et de la sphère politique afin de faire consensus et d’élaborer un programme de développement économique sain, a-t-il indiqué.

S’il affirme sa volonté de rebâtir l’économie, le parti Ennahdha a cependant une vision différente de celle du gouvernement provisoire qu’il vient remplacer s’agissant de la stratégie à adopter et du mode de financement de cette reconstruction.

D’après Ridha Saïdi, responsable du bureau économique d’Ennahdha, le nouveau gouvernement est réticent à recourir trop massivement au marché international de la dette pour financer les réformes et les nouveaux projets. Le gouvernement provisoire tunisien avait élaboré un plan de mesures économiques, le plan Jasmin, qui comprenait des réformes législatives et réglementaires visant à instaurer un environnement économique plus ouvert grâce à des investissements massifs et d’importantes mesures incitatives afin de stimuler l’activité économique. Quelque 30 % du budget de ce plan, chiffré à 87 milliards de dollars, devaient provenir d’emprunts étrangers, un pourcentage jugé trop important par l’Ennahdha. «Nous ne pouvons pas grever le pays et les générations futures», a déclaré Saïdi aux médias locaux le 13 novembre. «Nous payons autant pour la dette que pour l’intérêt de la dette : c’est un montant très lourd, et le cas de la Grèce illustre parfaitement le risque que représente une dette élevée.»

Alternativement, l’Ennahdha a suggéré d’accroître les participations dans le secteur financier, notamment celles des bailleurs de fonds qui respectent la charia, récemment arrivés en Tunisie, tout en envisageant de recourir aux sukuk, les obligations islamiques. Pour les dirigeants de l’Ennahdha, tels que Ridha Chkoundali, il s’agit d’encourager davantage de banques islamiques à pénétrer sur le marché local, et avoir recours aux produits offerts par le secteur permettra de renforcer le secteur bancaire.

«Le système bancaire sera diversifié, et le marché financier tunisien composé de banques traditionnelles et islamiques», a déclaré Chkoundali, professeur d’économie et co-auteur du programme économique du parti. «Par conséquent, on observera une intensification de la concurrence entre les banques», a-t-il ajouté.

La réticence du gouvernement à recourir aux emprunts étrangers s’explique également par leur coût potentiel. Début novembre, quelques jours à peine après l’annonce des résultats électoraux, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) a confirmé la note BBB de la Tunisie, assortie d’une perspective négative datée de mars. Cette note incite les bailleurs de fonds à une certaine prudence, d’autant plus que les marchés internationaux de la dette ont été fortement affectés par les événements survenus de l’autre côté de la Méditerranée, tandis que les taux d’intérêt sont à leur niveau le plus élevé.

Dans sa déclaration, S&P a affirmé que les résultats du scrutin eux-mêmes n’avaient pas influé sur la décision de ne pas améliorer la note ou la perspective de la Tunisie. Par ailleurs, l’agence a déclaré qu’elle suivrait étroitement le pays afin de déterminer «si le nouveau gouvernement appuie la reprise économique en prenant des mesures politiques à moyen terme et en opérant des réformes structurelles, tout en conservant une stabilité macroéconomique.»

S’il envoie ainsi des messages positifs aux entreprises locales et étrangères, le nouveau gouvernement devra agir sans tarder pour améliorer la vie des Tunisiens dans la rue. D’après des données publiées début novembre par l’Institut national des statistiques, le taux de chômage a culminé à 18 %, fin mai, avec un peu plus de 700 000 chômeurs déclarés, depuis plus d’un an pour quelque 200 000 d’entre eux.

La plupart des analystes anticipent, au mieux, une croissance économique modeste cette année, avec un PIB qui devrait rester stable ou afficher une hausse de 1 % ; d’après les médias locaux, le gouvernement espère observer l’an prochain des signes de reprise, accompagnés d’une progression de l’emploi afin de contribuer à réduire le taux de chômage.

Pour atteindre cet objectif, ainsi que les autres objectifs définis par le parti, par exemple stimuler le PIB de 7 % par an entre 2012 et 2020, faire progresser le revenu par habitant de 4 400 à 7 000 dollars, ou encore mieux protéger l’économie des chocs externes, Ennahdha devra déployer des efforts soutenus et compter sur les investisseurs nationaux et étrangers.

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