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«Nous avons eu des promesses européennes

«Nous avons eu des promesses européennes, américaines et qataries et nous n’avons toujours rien eu. Nous attendons toujours». Cette déclaration du président provisoire tunisien, Moncef Marzouki, à une chaîne TV libanaise, résume un peu l’état des lieux de l’investissement arabe et spécialement des pays du Golfe dans la Tunisie de l’après Révolution. A chaque apparition de l’un des conseillers du chef du Gouvernement ou de Hamadi Jbali lui-même, une répétition étonnée est toujours faite sur les raisons qui pousseraient certains à empêcher que les pays du Golfe  aident la Tunisie. Et à chaque fois, cela est enveloppé dans une accusation, de moins en moins voilée, d’ourdir, ce faisant, a un complot contre le gouvernement Nahdhaoui et partant contre tout le pays. Les avocats  de l’investissement, saoudien et qatari essentiellement, ont-ils raison ?

          Un tiers des investissements est  arabe, à la recherche du gain facile.

Selon les derniers chiffres dont nous disposons, il y avait en Tunisie,  fin décembre 2011, trois mille quarante (3040) entreprises totalement ou partiellement exportatrices. 220 sont d’origine  arabe, contre 2697 européennes. Le stock  d’entreprises arabes représente un investissement de 5787 MDT, contre 7309,1 MDT pour les seules entreprises européennes et un total tous pays de 14047,4 MDT. En investissements, les pays arabes représenteraient, ainsi, un tiers. En nombre, elles sont moins d’un dixième. L’explication se trouve dans la nature des investissements arabes, tournées plus vers la finance et les  services (tourisme) que vers l’industrie. Cela explique l’indigence des emplois créés par les investissements arabes et ne totalisaient, à fin décembre que quelque 28539 emplois.

          Des investisseurs d’émirs qui évitent les AO et cherchent les privilèges.

Khayyâm Turki, un haut cadre tunisien qui a longuement travaillé chez eux, les connaît très bien. Dans une interview sur Mosaïque FM, en janvier dernier, il a décortiqué leur mode d’opérer. Des procédures qui fuient les appels d’offres transparents et préfèrent les ententes entre gouvernements. «Quelques membres  des familles régnantes, débarquent en Tunisie pour investir des milliards et, derrière eux, des bureaux étrangers s’emparent des meilleures terres à des prix symboliques sur la base de simples intentions d’investissement et ne font par la suite rien». Khayyâm donne, à juste titre, l’exemple de Sama Dubaï. Des terres octroyés par lois, des projets en 3D sur écran, et puis plus rien. On ne sait même pas si la Tunisie va pouvoir récupérer les terres accordées. Les projets du port financier comme celui de la cité des sports, restent en définitive, de simples grands projets immobiliers qui apportent très peu de valeur ajoutée industrielle. Des projets basés sur le coût symbolique de la terre donnée, qui emploie de la main d’œuvre bon marché et qui attend la conjoncture internationale favorable  pour vendre à très haut coût ce qui a été fait à très bas coûts. Des projets, créés de toutes pièces, qui ne cadrent avec nul plan de développement gouvernemental, jamais industriels.
          Des investissements non industriels et peu employeurs.

L’Arabie saoudite est le plus grand investisseur, avec un stock de 38 entreprises totalisant 355 MDT d’investissement. C’est essentiellement dans le secteur financier, l’investissement de portefeuille, l’agriculture et le tourisme. Le Koweït est le second, avec 19 entreprises (un tout petit 157 MDT) en très grande partie dans le tourisme. Les Emirats arabes unis n’ont que 17 entreprises, avec un total investissement de 3352 MDT qui n’emploient que 6185 personnes. Là aussi, comme pour tous les pays du Golfe, c’est le tourisme, la promotion immobilière et les finances, des secteurs très peu employeurs et aux gains faciles et de court terme, qui focalisent l’intérêt.

En face, la France, à elle seule, représente 1259 entreprises, à plus de 90 % industrielles et qui emploient 113145 salariés tunisiens. Toute l’Europe investit (7309,1 MDT et 271860 emplois créés), en très grande majorité, dans l’industrie et très peu dans les services. Cela s’explique par le caractère fortement industriel de l’économie européenne et qui vient en Tunisie, en délocalisation et à la recherche du moindre coût de production, encouragée par la proximité géographique  qui amoindrit les coûts de transport.

          Pourquoi vendre les bijoux de la famille ?

Jusqu’à présent, le Qatar a donné très peu d’argent. Le montant  du dernier crédit de 500 MDT (2,5 % de taux d’intérêt), démontre que les pays du Golfe ne donnent pas. Ils prêtent et pas à des taux de faveur. Les dons dont rêvaient le ministre tunisien des Affaires étrangères et le conseiller politique de Jbali, personne ne les a vus. L’un des articles de presse écrits par un journal saoudien et traitant le chef du Gouvernement tunisien de mendiant, en dit long sur la générosité de la monarchie  saoudienne. Ceux, parmi les hommes d’affaires de ce pays, comme le Cheikh Kamel [plus connu pour sa spéculation foncière sur les terres de la région du Lac à Tunis et par sa petite banque de développement qui fait quand même un bénéfice de plus de 19 MDT, en 2010, qui ne resteront pas en Tunisie, que par un quelconque investissement industriel], montrent déjà les dents pour racheter les bijoux de l’ancienne famille. Les Qataris, qui n’avaient pas voulu construire la raffinerie de Skhira, veulent racheter les 25 % de Tunisiana et les Emiratis veulent revendre, sur la place internationale, leur part dans Tunisie Télécom et font pour cela pression.

          L’ entêtement du gouvernement Jbali en serait presque suspect !

En face de cette course pour des investissements tout aussi improbables que leur rentabilité pour l’économie la Tunisie et ses milliers de chômeurs diplômés, l’entêtement du gouvernement de Hamadi Jbali deviendrait presque suspect.

Le gouvernement tient prisonniers en Tunisie 465 hommes d’affaires dont les capacités financières sont énormes. Il les empêche, par la peur d’une justice dite transitionnelle qui s’éternise, d’investir. Il les exclut aussi de tout projet de rachat des bijoux de la famille qu’il semble destiner exclusivement à des investissements arabes. Il va chercher des dons et des prêts à l’étranger et refuse, et  même d’évoquer, un quelconque appel de fonds tunisiens à travers des bons de trésors tunisiens. Le gouvernement Jbali n’a pas confiance dans les hommes d’affaires de son propre pays. Il en recevrait, nous dit-on, quelques uns en privé et en l’absence des caméras. Mais il refuse de donner tout signal de confiance envers le capital tunisien, qui reste toujours coupable jusqu’à preuves de sa culpabilité et accusé de tous les maux de Ben Ali, jusqu’à ce qu’il ne puisse apporter «Inchallah» les preuves improbables de son innocence !

Khaled Boumiza

Reseaux Sociaux

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