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A en croire son CV

A en croire son CV, Hammadi Jbali décroche le baccalauréat au lycée technique de Sousse, en 1969. Il part en France rejoindre son frère établi à Reims, et s’inscrit à la faculté des sciences et techniques qui, en avant-garde, offre des filières innovantes comme l’informatique et les sciences de la terre. Après avoir décroché une maîtrise, il part à Paris pour poursuivre ses études d’ingénieur au Conservatoire national des arts et métiers, se spécialisant dans la thermodynamique appliquée au chaud et froid et aux énergies nouvelles et renouvelables. Il y obtient son diplôme en 1978

Dix ans plus tard, entre temps devenu opposant au régime de Ben Ali, il est emprisonné en 1989 et passe 16 ans en geôle, dont 10 ans en isolement et n’est libéré qu’en 2006 après une sévère grève de la faim. On ne sait pas s’il est passé par la case traitement médical, mais il devient, cinq ans plus tard, chef du Gouvernement de la même Tunisie où il était incarcéré.

Son parcours restait, jusque-là, exemplaire, celui de quelqu’un qui a manifestement réussi à remodeler son destin et qui a réalisé ce que peu d’autres opposants, à Bourguiba comme à Ben Ali, n’osaient même pas rêver. A certains égards, cependant, ses pratiques alors qu’il est au faîte du pouvoir, ne manquent pas de rappeler celles de celui qui l’avait mis en prison. Décryptage :

– Ben Ali depuis le 7 novembre 1987.

Une journée après ce mémorable 7 novembre En 1987, lorsque Ben Ali prit possession de la Tunisie sur coup d’Etat médical, une manifestation fut organisée devant l’entrée du ministère de l’Intérieur d’où il sortait pour aller prendre siège au premier ministère. Rappelez-vous, pour ceux qui le peuvent, on y voyait notamment la photo de cette femme juste derrière la barrière brandissant alors la photo de Ben Ali. Le 11 novembre 1987, c’est une autre manifestation de soutien, à La Kasbah, avec Ben Ali du balcon de la porte-fenêtre du bureau du premier ministre qui reçoit les vivats de soutien des Tunisiens. Cette démarche suivra d’ailleurs l’ancien président tunisien, dans chacun de ses déplacements et à chaque fois que son parti éprouvera le besoin de le requinquer moralement, face à des colères populaires épisodiques, et cela se poursuivra jusqu’au 13 janvier 2011.

– Hammadi Jbali depuis le 23 décembre 2011.

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Ce mode de comportement politique vis-à-vis de la population, semble avoir les bonnes grâces du nouveau parti au pouvoir. On en a vu la démonstration devant le siège du ministère de l’Intérieur pour Ali Larayedh, lorsque sa popularité avait pris un coup. Le mouvement Ikbis (traduisez serrez la vis) des jeunes d’Ennahdha, en avait dernièrement réédité le même procédé pour Lotfi Zitoun, Conseiller politique de Hammadi Jbali, lorsque son image et celle du gouvernement avaient pris un sérieux coup de bélier avec l’affaire des TV.

On voyait rarement le chef du Gouvernement tunisien en bain de foule, sauf dans ses rares visites sur le terrain, son image étant presque toujours semblable au penseur de Rodin, une image rivée au bureau et au travail. Mais voici que le chef du Gouvernement tunisien lui-même change d’avis et se laisse aller aux joies des bains de foule. Il s’en offre ou s’en fait octroyer un, à son entrée par la porte dérobée du premier ministère à La Kasbah du côté de l’entrée de l’hôpital Aziza Othmana. Il est bon de se demander comment cette foule a pu être rassemblée, devant une entrée sécuritaire, normalement inconnue du grand public. Il y a même lieu de se demander comment ce public, certainement venu de lui-même, par hasard, avait connu l’heure exacte où Hammadi Jbali se pointerait à l’entrée !

On ne connaît pas la date exacte de cette manifestation de soutien où le chef du Gouvernement s’adonnait joyeusement au plaisir des vivats, intimant par le geste aux gardes-du corps l’ordre de laisser faire la population venue lui scander son fervent soutien. Ce qui est certain, c’est que le chef du Gouvernement tunisien, comme celui qui l’a précédé à la tête de l’Etat, ne boudait pas son plaisir.

– Le syndrome de Stockholm.

A en croire les encyclopédies, le «syndrome de Stockholm» désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à développer une empathie, voire une sympathie, ou une contagion émotionnelle avec ces derniers ». L’expression a été inventée en 1973 par le psychiatre Nils Bejerot. Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otage fut décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain Frank Ochberg, en relation avec un fait divers qui eut lieu dans cette même ville.

Jbali n’a jamais vécu à Stockholm. Mais il semble en avoir pris le syndrome, se laissant aller à des pratiques que tout le monde, y compris lui-même, c’est sûr, abhorrait chez l’ancien président tunisien. A-t-il besoin de cela ? Si oui, ne devrait-il pas se demander pourquoi. Ne devrait-il pas aussi se rappeler où cela avait-il amené l’ancien président ? Jbali ne devrait-il pas se poser la question de savoir qui lui a arrangé ce bain de foule et à quelle fin ? Ne devrait-il pas se rappeler ce qu’avait fait le RCD à Ben Ali par de pareils faux pas ?

Khaled Boumiza

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