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Tunisie, Hammadi Jbali, Ennahdha

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Dans sa dernière édition électronique, le Nouvel Observateur, évoque «un coup d’Etat institutionnel». Ce qui se prépare, depuis le 23 octobre 2011, dans les coulisses de l’Assemblée Constituante et les couloirs des sièges du triumvirat, ressemble à s’y méprendre, à une prise de pouvoir par la force … des lois démocratiques qui ont permis aux trois têtes du triumvirat de s’en emparer. Comme pour le F.I.S (Front Islamique du Salut) en Algérie, Hamadi Jbali d’Ennahdha, Moncef Marzouki du CPR et Mustapha Ben Jaafar d’Ettakattol étaient arrivés aux trois plus hautes fonctions de l’Etat tunisien par le truchement du jeu démocratique. C’est aussi en usant de la même démocratie que personne ne peut réfuter, que les trois partis actuellement au pouvoir en Tunisie prendront tous les pouvoirs et installeront l’autocratie ou la dictature de la majorité, même simple.

Ennahdha fera ce qu’elle voudra, même toute seule, de la nouvelle Constitution.

En effet, à lire le projet de partage des pouvoir, présenté par Ennahdha à la commission d’organisation des pouvoirs publics, la première remarque qui vient à l’esprit renvoie  à une organisation sur mesure. Ce ne sera certes que pour une année, mais avec un gros doute lorsqu’on se rappelle le double langage d’Ennahdha malgré Samir Dilou, le pompier et lorsqu’on entend Ameur Laaridh parler, comme il l’a fait, lundi dernier, à la TV nationale tunisienne, d’une année et demie au moins.

Dès l’article 3 de ce projet, on voit  que la Constituante n’aura aucun pouvoir sur le gouvernement, entre les mains d’Ennahdha. Selon cet article, «la Constituante a pour objet l’élaboration d’une nouvelle Constitution, l’exercice du pouvoir législatif, l’élection du président de la République et sa destitution, le cas échéant». Cette nouvelle assemblée n’a ainsi pas le pouvoir de révoquer le gouvernement, mais uniquement le contrôle de l’action du gouvernement.

A l’article 5, la nouvelle Constitution est votée article par article, en première lecture, par la majorité absolue, puis votée en totalité, en deuxième lecture, par la majorité des deux tiers. Il est ensuite indiqué, qu’en cas d’impossibilité de cette majorité des 2/3, il peut être voté par la majorité absolue. Cela veut dire, selon ceux qui sont contre ce mode, qu’en cas de divergence, le projet de Constitution passera quand même comme le voudra Ennahdha qui dispose à elle seule de cette majorité absolue des membres de la Constituante. Ennahdha fera ainsi ce qu’elle voudra et pourra passer outre tous ceux qui ne seront pas de son avis.

Marzouki, sans aucun pouvoir et Jbali omnipotent !

En face d’un Président de la République «fantoche», tel qu’il est imaginé par Ennahdha dans le projet de l’organisation des pouvoirs publics, et qui n’est qu’une chambre d’enregistrement de la volonté du chef du gouvernement (la Constituante, par exemple, aura même le droit de faire passer tout ce que le chef de l’Etat ne voudrait pas signer, et pour le reste, il devra toujours demander l’accord du Chef du gouvernement). Et si ce président ne convenait plus au gouvernement, Marzouki pourra toujours être démis de ses fonctions par l’Assemblée Constituante. Tout cela, si on ne retient pas, comme le dit actuellement la rue commère, qu’il sera flanqué d’un porte-parole d’un autre parti du triumvirat et probablement d’Ennahdha, pour le maintenir sous contrôle.
En face d’un Marzouki, remplaçable à souhait, il y aura un Hamadi Jbali, lieutenant de Rached Ghannouchi et un homme qui sort de 10 ans de réclusion dans un cachot individuel pour la  plus fonction de la direction des affaires de l’Etat. La proposition de  loi organisant les pouvoirs publics se prévoit de lui donner les pouvoirs, tous les pouvoirs les plus absolus. Et au contraire de Marzouki à qui on interdit tout cumul entre sa fonction de président de la République et celle de membre de la Constituante, il y aura un Hamadi Jbali à qui le projet permet, déjà, de transgresser la loi qui a institué même la Constituante, en l’autorisant à cumuler sa fonction rétribuée par l’Etat de premier ministre et sa fonction élective de membre de la Constituante, contrairement aux dispositions de l’article 19 du décret-loi du 10 mai 2011 relatif à l’élection de la Constituante. Ali Laaridh disait bien, lundi soir à la TV que «la Constituante sera souveraine». Ennahdha pourra, ainsi, transgresser la loi et pourquoi pas toutes les lois qu’elle voudra. Porte ouverte donc à tous les dépassements. Un bel exemple de démocratie !

Hamadi Jbali ne sera pas Premier ministre, mais Chef du gouvernement, avec le pouvoir de faire et de défaire les ministères, les secrétariats d’Etat, les cabinets, les entreprises et les institutions publiques et d’en fixer les prérogatives. Un vrai Louis XIV qui disait que «l’Etat, c’est moi ». Il aura aussi le pouvoir de désigner [Ah oui excusez du peu, de proposer à ses propres ministres] les responsables aux hautes fonctions, notamment les PDG [Gageons qu’il va y placer les siens]. Tout comme Zine El Abidine Ben Ali qui l’avait mis en prison, Hammadi Jbali s’octroie, selon cette proposition de loi qui fait certes encore l’objet de discussions et de divergences, tous les pouvoirs sur tous les rouages de l’Etat, nationaux et régionaux, les entreprises et les institutions publiques, y compris celle de la sûreté et l’ordre public.

Mainmise sur les finances publiques ?

Hamadi Jbali se propose même de faire plus et mieux que Ben Ali. Aux pires moments de sa dictature et de ses pouvoirs hégémoniques qui ont conduit l’Etat tunisien à l’état où l’a pris Ennahdha, Ben Ali n’avait pas osé remettre en question l’indépendance de l’institution financière, celle qu’on appelle «le gardien du temple», l’institution des institutions financières, le régulateur et le contrôleur de tout le secteur financier, la Banque Centrale de Tunisie (BCT). Le projet d’organisation des pouvoirs publics se propose, en effet, d’accorder à Hamadi Jbali, le nouveau Ben Ali de la Tunisie de l’après Ben Ali, le pouvoir de nommer le gouverneur de la BCT, faisant du coup du gouverneur de la BCT le préposé  à un département annexe du gouvernement et un agent d’application des volontés financières du gouvernement de Jbali, le dépouillant ainsi de toute indépendance et mettant, du même coup, tout le secteur financier sous la coupe du gouvernement. Une première dans les annales  démocratiques, même du tiers-monde et toujours au nom et par le biais de la démocratie !

Une chose avant de finir. Il s’agit de cette déclaration, lundi soir, à la TV nationale tunisienne d’Ali Laaridh, qui lance déjà l’idée de l’organisation en 2012 d’élections municipales avant même les prochaines élections législatives et présidentielles. Ennahdha avait pris la Tunisie par le haut, elle veut maintenant la prendre par le bas. Le parti islamiste tunisien tenterait-il ainsi de s’implanter dans les régions et les localités, avant d’être obligé de démissionner après la Constitution ?

Que fait l’opposition face à tout cela et à cette proposition de loi, illégale et indécente ? Pour l’instant, rien et l’omerta continue même de la part de ceux d’El Kasbah 1 et 2 etc. Selon des sources concordantes rapportées par notre collègue Businessnews, «les votes pour les articles 5 (vote de la Constitution) et 8 (un article qui confère le droit à la Constituante de donner le pouvoir judiciaire à Jbali) de la loi d’organisation provisoire des pouvoirs ont dévoilé la défaite d’Ennahdha. Mais cela pourrait bien n’être que du cinéma. Les jeux et les enjeux ont été déjà faits dans l’accord signé par le triumvirat et dont personne et surtout le peuple qui a mis son sort et son avenir entre les mains de ces 3 partis, ne sait RIEN. Pourquoi ces partis n’ont pas publié ce document pour que la Tunisie sache à quelle sauce elle va être mangée par Ennahdha et ses comparses ?

Khaled Boumiza 

Reseaux Sociaux

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