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On aura beau se rappeler son excentricité avec son pull à boutons qui ne sied guère à l’image que s’était faite le Tunisien

On aura beau se rappeler son excentricité avec son pull à boutons qui ne sied guère à l’image que s’était faite le Tunisien, durant un demi-siècle, de son président ; ses blagues qui ne font rire personne comme lorsqu’il parle de sa collection de «burnous», sa manière de parler en cascade et en saccades, sa manière de parler de son poste de président provisoire en oubliant que pour la grande partie de son activité, ses partenaires de la troïka ne lui ont laissé que peu de prérogatives.

On aura beau aussi ne pas oublier ses mensonges presque convaincants lorsqu’il annonce que  l’avion de l’ancien présidentiel a été vendu et qu’il pousse l’effet d’annonce jusqu’à préciser le prix d’une vente qui n’a jamais eu lieu ; son entêtement à taxer  l’ancien premier ministre d’hérésie [même s’il trouve l’occasion de se rectifier ou de préciser sa pensée] ou encore sa manière de revenir sur ce qu’il maintenait, quelques jours auparavant, sur la question des 3 ans qu’il voudrait pour son mandat dont il accepte encore difficilement [ses rictus lorsqu’il en parle en essayant d’en rire, sont à ce titre très indicatifs] la limitation.

On aura beau remarqué, on aura beau dire, il était pourtant impossible, après avoir regardé attentivement l’interview qu’il avait accordée au Palais de Carthage à trois TV dans une atmosphère sournoisement pleine de tension [Nessma de Nabil Karoui s’était retirée pour protester contre la présence d’Attounissya de Sami Fehri, nous dit-on soutenue par l’équipe du président provisoire], de ne pas remarquer le chemin parcouru par le médecin opposant puis politicien, entre sa première et sa dernière interview.

L’homme n’a pas beaucoup soigné son image, mais peut-être le fait-il exprès dans une  envie d’un look de proximité et pour faire passer le message, visuel, d’un Marzouki Président homme du peuple. L’homme soigne cependant sa manière de s’exprimer et de communiquer, avec une fougue désormais plus mesurée, avec moins de gesticulation de la tête et des mains, comme lors de son premier passage chez «Assaraha Raha » d’Hannibal TV.

Marzouki change de cible et recréé son personnage de Président.

Le  contenu et la cible de sa communication ont aussi changé. Le nouvel homme politique, dans la nouvelle stature qu’il se donne malgré les restrictions du texte législatif, ne parle désormais plus aux intellectuels, mais au petit peuple, à Monsieur tout-le-monde et à ce monde rural qui est resté sur ses anciennes convictions des pouvoirs illimités du poste de président de la République qui peut lui résoudre tous ses problèmes.

Il n’a pas touché certainement pas, lui le laïque fils de yousséfiste et le rationnel qui a fait médecine, à la cible populaire d’Ennahdha. Il a aussi délaissé l’intelligentzia dont il sait parfaitement qu’elle est trop intelligente pour le prendre au sérieux et que, de toutes les façons, elle ne l’a pas élu et ne le fera pas. Marzouki a fini par comprendre, ou ses conseillers lui en ont-ils fait prendre conscience, qu’il doit désormais prendre pour cible les millions de gens, pas forcément religieux à la manière nahdhaouie mais déçus par Ennahdha et tous ceux qui ne sont retrouvés, ni dans les socialos du PDP, ni dans les «aristo-chats» anciens «expats» d’Afek Tounes et encore moins dans «El Kotb» dont les lumières se sont vite éteintes comme celle d’une étoile filante.
Le président, même provisoire, parle d’une manière non guindée, en dialectal comme les Tunisiens l’ont oublié depuis Bourguiba. Bourguiba, le Leader qu’il ne dénigre pas et dont il leur dit qu’il le respecte et lui doit beaucoup.

Moncef Marzouki, homme d’Etat, prend à chaque apparition TV davantage de confiance en lui-même jusqu’à parvenir à dompter trois journalistes dont deux au moins sont chevronnés. Plateau TV après plateau, Marzouki retrouve, de mieux en mieux, ses réflexes d’orateur qu’il avait acquis dans les «amphis» et les estrades des salles de classe. Et cela fait  de plus en plus plaisir à sa cible !

Le nouveau président, provisoire quand même [Rappelons- le lui malignement] arrive même à donner l’impression de parler avec les tripes et du fond du cœur avec une sincérité de plus en plus évidente, même lorsqu’il  s’étonne en faisant les yeux ronds ou encore en accompagnant des mains et des expressions de son visage, les affirmations concernant les efforts qu’il déploie à trouver des sous là où il n’y en a plus pour aider le peuple qu’il aime. Ce sont là les premiers points qu’il marque.

Cela était d’autant plus aisé qu’en face de l’orateur qu’est Marzouki et de la bonne communication que fait autour de lui son équipe, se trouve un Chef du gouvernement, non orateur, non communicateur, toujours absent des écrans TV et qui fait, peut-être, mal de choisir ses sorties média.  

Jbali communique, peu et mal et  perd des points.

Alors que Marzouki donne interviews, radios et TV, in comme out et n’arrête pas de faire parler de lui et de réagir à tout ce qui l’entoure, à partir de Carthage, comme de Nouakchott,  Jbali tient peu ou prou points de presse, donne très peu d’interviews, ne s’arrête devant les micros et les caméras des journalistes que pour exhiber son sourire qui ne donne aucune information pour les médias et se met ainsi dans la même situation média dans laquelle était le premier ministre de Ben Ali, à faire tout «le sale boulot» sans en tirer le moindre avantage média.

Une chose est certaine, Moncef Marzouki prend plus de temps TV que Hammadi Jbali. Ce dernier ne dit, en plus, rien, depuis qu’on lui a dit qu’il n’a pas de programme clair pour faire sortir le pays de la crise. Il travaille certainement dur et trime même peut-être. Mais il ne dit mot. 60 jours c’est une trop longue absence pour un peuple qui vit depuis le 14 janvier, d’images et de mots. 60 jours de gouvernement, avec une image déjà fortement perturbée par un parti dont le chef, Rached Ghannouchi, parle plus et se fait voir plus que le dauphin chef du gouvernement. Une image, celle de Jbali d’Ennahdha, perturbée aussi par les apparatchiks, un peu trop religieux, d’un parti qui n’arrive ni à les contrôler ni à les élaguer. Jbali et son équipe média ne font, pour l’instant rien, pour dissocier celle de Hammadi Jbali, le martyr de Ben Ali, la cheville ouvrière d’un gouvernement qui essaie de redresser le pays, du coureur de sprint qui essaie de vaincre le temps pour trouver les solutions au pays, dissocier cette image qui est peut-être la sienne, de celle d’un parti à la langue fourchue, aux rangs secoués par les dissidences (au moins philosophiques comme celles du Cheikh Mourou, ou de Sadak Chourou) et traversés par des salafistes que tout le monde craint.
Moncef Marzouki a aussi marqué des points, en réussissant à se donner les prérogatives, même virtuelles, que lui avait déniées le partage des pouvoirs avec Jbali et Mustapha Ben Jaafar. Il ne rougit ainsi pas à faire des annonces dont il connaît lui-même les limites et l’improbabilité de concrétisation. Il pourra toujours dire, comme lors de cette interview du mercredi 15 février 2012, qu’il a au moins le mérite d’avoir essayé.

Il  rencontre et le fait savoir, ambassadeurs, chefs d’Etat, rois et chefs de gouvernements, s’occupe du dossier économique même s’il reste de lointain impact comme celui du Maghreb Arabe. Il accompagne des délégations d’hommes d’affaires et leur ouvre les portes des ministères des pays où il va. Le président provisoire ne résout en fait rien des problèmes du quotidien des Tunisiens qui réclament emplois et plus de salaires à cor et à cri. Il n’en donne pas moins la forte impression et porte cela à son crédit, lui le chef de l’Etat qui n’a aucune prérogative décisionnelle, et non au crédit de celui qui gouverne et qui aurait dû, à la limite, faire lui-même tous ces contacts et toutes ces démarches éco-politiques au niveau local comme au niveau international.

C’est tout cela qui fait la nouvelle image de Moncef Marzouki, le président à qui tout le monde rappelle à l’exaspération qu’il est provisoire et n’a presqu’aucune prérogative, et Hamadi Jbali, gouvernant effectif mais effacé médiatiquement. Nous sommes de ceux qui croient que la Tunisie mérite mieux que ce qu’elle a. Nous croyons tout de même que s’il  y avait maintenant des élections et que Marzouki s’y présenterait, il l’emporterait haut la main !

Khaled Boumiza

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