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Tunisie, médias, ennahdha

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«Nous vous ordonnons de frapper les médias»

«Nous vous ordonnons de frapper les médias», s’écriait, vendredi dernier, celui que la jeunesse nahdhaouie d’Ikbis avait choisit comme Imam de la prière organisée sur le parvis de la Kasbah, Habib Ellouze figure phare de la défense de la Chariâ et hôte d’Ennahdha pour tous les prédicateurs radicaux qui ont visité la Tunisie. L’appel à la violence d’Ellouze contre les médias, est aussitôt relayé par un «Allahou Akbar (Dieu est Grand)» qui a parcouru toute la foule des pratiquants comme un assentiment général et une complète adhésion à l’appel de l’Imam. Les fous d’Ennahdha sont ainsi lâchés contre la presse.

L’appel est ainsi lancé et entendu. De là à le voir traduit en acte, le pas a déjà été franchi dans beaucoup d’autres cas avec les journalistes et les hommes de médias. De là aussi à voir installer une potence à La Kasbah, le pas est vite franchi pour tous ceux qui avait vécu le cauchemar du règne du FIS en Algérie et ceux qui constatent le comportement d’Ennahdha, parti au pouvoir et parti-pouvoir, avec les salafistes. Elle ne blâme même pas et ils sont remis en liberté chaque fois qu’ils sont arrêtés !

Ce que fait la jeunesse nahdhaouie d’Ikbis, appelle certaines remarques :

– Zitoun, l’homme des missions impossibles d’Ennahdha.

Comme l’a clairement dit l’initiateur de la relance de la guerre d’Ennahdha contre le secteur de l’information, ce sont essentiellement les journalistes qui sont la cible d’Ikbis et donc d’Ennahdha. «Il n’y a pas de médias qui couvrent les activités du Gouvernement et ses réalisations. Il ne parlent que de ses travers », disait Lotfi Zitoun devant les foules, furieuses contre les journalistes, à la Kasbah. Il ne faisait que reprendre les termes des attaques de Rached Ghannouchi contre les médias et la chaîne TV publique en particulier, accusés de ne pas couvrir les activités du gouvernement et de donner une ampleur démesurée à d’autres activités et qui accusait la presse de non-patriotisme et d’être partisane, à la défaveur d’Ennahdha.

En mars dernier déjà, à l’émission «Ma Wara’a Al Hadath » sur la Wataniya 2, Lotfi Zitoun disait que la presse «tombe dans le sensationnel et la déformation des faits» créant un véritable effet boule de neige et accusait les médias qui auraient «déformé les faits auxquels ils ont donné une ampleur démesurée». Le même conseiller du chef du Gouvernement tunisien, était intervenu, lors du sit-in devant le siège de la chaîne TV nationale, s’imposant comme la personne chargée du dossier des médias au gouvernement Jbali.

Le 6 juillet dernier encore, il en voulait à la presse tunisienne de faire office d’opposition radicale. «Le paysage média ne contient pas de reliefs politiques au seins des médias tunisiens, nécessaires au processus démocratique. La tendance qui prévaut actuellement au sein des médias est celle du rôle de l’opposant, parfois radical », disait-il au micro de Shems FM.

A la mi-août, lors d’une rencontre avec les partisans d’Ennahdha à Mahdia, il déclare que «le gouvernement est confronté à l’obstacle représenté par les médias corrompus qui jouent le rôle de l’opposition».

Jusque là, la hache de guerre entre Ennahdha et les médias n’était qu’à demi enterrée. Ni Rached Ghannouchi qui devait préserver son image de «Big boss», ni Hammadi Jbali qui devait préserver son image de chef de Gouvernement, les deux au-dessus des querelles, n’avaient pas réussi à domestiquer des médias qui ne les aidaient pas dans leur mission de donner une image démocratique et centriste à un mouvement politique islamiste et radical de par son histoire et qui le cache.

– Ikbis, pour donner du volume politique à une affaire personnelle.

C’est alors à Lotfi Zitoun que sera confié le dossier de la bataille contre la presse. Il la lancera en août dernier, en annonçant son intention de publier la liste noire des journalistes. Interviendront alors deux évènements qui mettront le feu aux poudres. D’abord, l’affaire des guignols de Sami Fehri, ensuite la découverte de sa TV Zitouna et sa dispute avec le journaliste Nizar Bahloul. La question de la liste devient alors une affaire personnelle.

Dans une interview à Jawhara FM que Zitoun démentira, Walid Mejri rapporte les propos d’un responsable voulant garder l’anonymat, selon lesquels Lotfi Zitoun aurait dit, en réplique Hamadi Jbali qui se demandait s’il ne fallait pas abandonner la nomination du directeur général de Dar Assabah, que «s’il le faut, je publierai une liste noire des journalistes tous les jours, et je prouverai par tous les moyens leur complicité avec la police politique, quitte à trafiquer leurs dossiers, comme le faisait sid’hom [Traduisez leur seigneur] Ben Ali auparavant».

Entretemps, mobilisation avait été faite des jeunesses nahdhaouis au sein du mouvement Ikbis (Serrez la vis), pour donner un contenu politique à sa guerre contre les médias et lui donner ainsi une légitimité. Le 28 août dernier, le conseiller de Jbali en apportera la confirmation. Le journal « La Presse » écrivait alors que «Lotfi Zitoun, joint par La Presse, précise que l’assainissement du secteur est une des revendications de la révolution doublée d’une revendication populaire». Suivent alors tous les déplacements du conseiller politique du chef du Gouvernement à La Kasbah par deux fois, à Sfax devant le siège de la radio régionale, à Moknine et le samedi à Kalaa Kébira.

– Pendez-les, haut et court !

Force est de noter l’absence de réaction, par rapport à cette campagne, dite «de purge» des médias, de la part du chef du Gouvernement, du Gouvernement dans sa totalité, de la troïka et d’Ennahdha en particulier. Un silence qui vaut consentement, selon les observateurs. Cela explique l’inquiétude des organisations internationales et des ONG, de l’issue de cette campagne liberticide.

Ainsi, telle que totalement laissée entre les mains des Ultras d’Ennahdha, la campagne de purification et de purge des médias risque fort de passer de la phase Ikbis, à la phase d’asphyxie de la liberté de presse par de nouvelles lois plus répressives où le contrôle deviendra la règle, pour aboutir à la phase où chaque journaliste ou chaque média qui oserait enfreindre ces règles, sera pendu haut et court sur la potence des lois islamiques. Le nouveau discours de la préservation de la Révolution, après celui à la concrétisation de ses objectifs. Ceci n’est pas fortuit et risque bien d’amener à trucider la liberté de la presse en Tunisie, dernier bastion de la résistance aux visées hégémoniques du parti islamiste actuellement au pouvoir en Tunisie.

Khaled Boumiza

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