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Tunisie, PDG, entreprises publiques

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Il n’y avait pas grande foule

Il n’y avait pas grande foule, vendredi dernier, dans l’amphithéâtre du Centre des technologies de l’environnement, devant le ministre chargé de la Bonne gouvernance et du dossier de la corruption dans le gouvernement Jbali. Nombre de PDG de grandes entreprises publiques (EP), pourtant invités par l’ACEP (Association des chefs d’entreprises publiques) à cette rencontre, avaient préféré s’absenter. «Ils ont certainement préféré faire profil bas et ne pas s’afficher devant les médias, en ces temps troubles où leur image a été fortement écornée et où le poste de PDG est l’objet de toutes les accusations possibles », nous confie l’un des participants.

 

Etre PDG d’entreprise publiques, n’est plus en effet de tout repos, alors que les accusations, jamais dites franchement, de corruption est dans toutes les pensées des nouveaux gouvernants et que les changements dans ce corps de commis de l’Etat se succèdent, avec un ferme refus de toute explication.

Oubliés de toutes les négociations sociales, pestiférés après leur sortie de fonctions et malmenés financièrement à la retraite, les PDG restent toujours les moins payés de leur «caste», les plus enviés et les plus détestés, ceux sur les dos desquels le peuple casse tous les sucres et ceux qui, lorsqu’ils excellent, ne font que leur boulot et lorsqu’ils défaillent sont renvoyés sous les sifflets et sans aucun remerciement.

Ancien PDG de Tunisie Tradenet, de Tunicode et actuel DG de l’Office de la topographie, le président de l’ACEP Karim Gharbi a fait «Math Sup, Math Spé» et la prestigieuse Ecole des ponts et chaussés. Pour lui, l’objectif était «d’identifier et de partager notre vision pour moderniser la gestion des entreprises publiques qui ont beaucoup souffert de beaucoup de lacunes, comme l’interventionnisme des ministères, pour réclamer des aides logistiques ou des recrutements», nous dira Karim Gharbi en guise d’introduction à une réunion dont l’objectif était aussi de «dissiper chez les PDG des EP la peur de l’instabilité, avec un mandat clair, en dehors du contexte politique et une gestion, en dehors des menaces  et sereine qui fasse taire les bobards des listes », termine pour nous Karim Gharbi dont le discours devant le ministre a été beaucoup plus positif et constructif, à l’image des objectifs de l’association qu’il préside.

Des PDG qui travaillent, la peur au ventre !

La peur était pourtant perceptible dans les propos des PDG qui interviendront, durant cette rencontre. Le premier à ouvrir réellement le bal, sera Salah Belaïd. «Peux-ton parler de bonne gouvernance, lorsqu’un PDG est renvoyé alors qu’il travaillait encore dans son bureau ? », se demande le premier responsable de la société régionale de transport de Bizerte, avant de lancer que  «alors qu’il nous est demandé de mettre en place un contrat programme sur au moins deux ans, on entend parler, dans les coulisses, d’une liste de 6 PDG sommés de partir, la semaine dernière. On se demande donc si cela est de la motivation. Nous sommes obligés de prendre chaque jour des décisions importantes, dans une atmosphère de pluralité syndicale, et nous ne nous occupons plus de la gestion. La bonne gouvernance ne peut être une réalité que dans le cadre de la stabilité». Stabilité pour l’entreprise qui vit dans une conjoncture sociale caractérisée par les grèves et les sit-in et qui rend difficile l’évaluation de sa gestion, comme le souligne de DG du CHU de Monastir qui insiste sur la priorité de régler «cette situation de laisser-aller qui ne trouve personne pour y remédier et donner au dirigeant les moyens de travailler avant de l’évaluer ». Sécurité aussi, pour le fonctionnaire-PDG qui n’est plus à l’abri d’un « dégage », comme le souligne, presque amèrement, cet ancien Gouverneur, actuellement PDG de l’office des céréales. «Nous ne pouvons pas parler de bonne gouvernance, alors que nos entreprises vivent une situation d’instabilité inimaginable, avec des problèmes, non seulement sociaux, mais même avec nos partenaires. Quelle pourrait être ma responsabilité lorsque les transporteurs me bloquent l’entrée du port et que l’entreprise perd 25 mille dollars par jour en frais de navire ?», se demande  Amor Chouchène. Et le PDG de l’Office des céréales d’ajouter que «les PDG des grandes entreprises publiques, vivent au jour le jour, ne savent à quel moment on leur envoie quelqu’un ou un groupe de personnes pour leur crier : dégage. Nous avons besoin de sécurité et de sérénité ».

Ladgham qui souffle le froid et le chaud !

La peur était, il faut le dire, quelque peu justifiée. En effet, dès les premières lignes de son discours devant le PDG, le ministre Abderrahmane Ladgham jette un froid, même s’il avait essayé de brasser plus large dans son accusation dont il n’avait pourtant donné aucun indice chiffré. «La situation actuelle en Tunisie a révélé un manque de gouvernance au niveau administratif, financier et économique et qui n’a pas atteint que les structures de l’Etat, mais tous les secteurs».

Le choix, par le ministre, d’un tel début pour son allocution, était, peut-être fortuit. Il n’en donnait cependant pas l’air et ne contribuait qu’à mettre encore plus la pression pour des responsables, désignés et appelés au nom du devoir, qui n’en manquaient déjà pas, depuis le début de la révolution.

Ayant ainsi jeté un froid sur toute l’assemblée, Abderrahmane Ladgham souffle ensuite le chaud. Le ministre de la Bonne gouvernance et de la Corruption, n’était en effet pas venu les mains vides. Dans  son parapheur, une série de mesures dont certaines, si elles ne sont pas cyniques, sont au moins manichéennes.

Le ministre Ladgham compte ainsi  mettre en œuvre le rôle des Conseils d’Administration. Plus incisif que lui, le premier président de la Cour des Comptes, Abdelkader Zgolli, trouvait inacceptable, dans son intervention, qu’il n’y ait que le PDG à être sanctionné en cas de faute, alors qu’il avait déjà eu l’accord de son Conseil d’Administration, «et j’en connaîs plus d’un qui sont presque toujours absents aux réunions et ne lisent même pas leurs documents ».

Le ministre, qui ne parle pas de sécurité pour les PDG, qui n’évoque pas leurs salaires de misère par rapport à leurs responsabilités morales et judiciaires, qui oublie de dénoncer le recours au «Dégage» et qui ne parle même pas de leur assurer l’indexation sur les augmentations accordées aux fonctionnaires, ni  revoir leurs retraites et encore moins  prendre les mesures propres à préserver  la dignité d’un PDG à son départ, voudrait, cependant, mettre en place un système de contrat-programme. Il voudrait, comme expliqué dans son interview à AM, installer des comités de bonne gouvernance à l’intérieur des entreprises publiques comme une sorte d’œil de Moscou qui ne feront que troubler un peu plus le travail du PDG et le décrédibiliser face à ses employés.

La Tunisie, un pays où il vaut mieux ne pas être PDG. A moins d’être d’un parti au pouvoir !

Khaled Boumiza

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