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Tunisie, Protéger, Révolution

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Docteur en psychologie

Docteur en psychologie, l’iranienne Yassman Montazami disait que «Bien peu pressentaient que leur joie serait de courte durée et que, passé l’euphorie révolutionnaire, ils seraient pourchassés comme des traîtres et, pour certains, tout simplement éliminés». Elle ne pensait pas si bien résumer, aussi, ce qui se passe dans d’autres «révolutions» que celle de son propre pays.

La semaine dernière, Kalthoum Badreddine, présidente de la commission de législation générale de l’ANC, déclarait que la commission examinera, la semaine prochaine, un amendement du décret-loi n° 87 relatif à l’exclusion des RCDistes de la vie politique en y ajoutant un alinéa à son article 7 stipulant l’interdiction à toute personne appartenant à l’ex-RCD dissous d’adhérer à des partis politiques. Elle évoquait aussi l’éventualité d’ajouter une proposition excluant les RCDistes d’accéder aux fonctions des corps de l’Etat (gouverneur, délégué…). Environ 60 000 ex-membres du RCD seraient ainsi concernés par l’exclusion de la vie politique pour cinq ans, comme le prévoit ce projet de loi proposé par le CPR et approuvé par la commission des droits, des libertés et des relations extérieures de l’assemblée nationale constituante. Certains médias y vont déjà de leurs pronostics, en incluant Béji Caïd Essebsi, Kamel Morjane, Mohamed Jegham, Hamed Karoui et Faouzi Elloumi.

– «les révolutionnaires pensent abolir les classes. Ils rétablissent une hiérarchie encore plus dure ». Eugène Ionesco

Exclus, il y a quelques décennies, de la vie politique tunisienne par Ben Ali comme par Bourguiba, les actuels dirigeants de la Tunisie, refont l’histoire et semblent décidés à noircir leur histoire comme l’avait fait Ben Ali. Juridiquement, l’exclusion est la privation de tous les droits civiques. Juridiquement aussi, celle-ci est possible, mais par le biais de la loi. Dans les démocraties, la justice est ainsi saisie du dossier de la personne convaincue de délit social ou financier et qui prononce un jugement punissant cette personne de prison ou d’amende. Si la justice estime que cette punition est insuffisante, elle peut prononcer une punition supplémentaire de privation des droits civiques. Sans ce passage par la justice, toute privation des droits civiques devient contraire à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et au Pacte International relatif aux droits Civiques et Politiques. Sous son règne, Ben Ali n’avait pas manqué de violer ces deux conventions internationales signées par la Tunisie. Avec ce nouveau projet de loi, qui sent mauvais la vengeance à plein nez, les nouveaux dirigeants tunisiens battent à leur tour en brèche ces deux conventions internationales. «En tant qu’État, signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), la Tunisie a le devoir de permettre aux citoyens de « prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l’intermédiaire de représentants librement choisis », sans discrimination et sans restrictions déraisonnables. La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, également ratifiée par la Tunisie, exige des États qu’ils garantissent que tout citoyen ait le droit de participer librement à la direction des affaires du pays ». Une telle loi préparerait le terrain à l’exclusion politique quasi totale de milliers de personnes sur la base de leur affiliation politique passée, a déclaré «Human Rights Watch», en octobre dernier. Après avoir ressemblé au Soudan, lors de l’attaque de l’ambassade US, la Tunisie ressemblera ainsi à la Gambie dans l’affaire Sir Dawda !

Après la fin de l’expérience islamiste, l’Algérie avait aussi introduit, en 2011, un tel projet contre les islamistes du FIS !

– «Il n’y a que deux grands courants dans l’histoire de l’humanité : la bassesse qui fait les conservateurs et l’envie qui fait les révolutionnaires ». Edmond et Jules de Goncourt.

Le projet de loi d’exclusion de tous ceux qui ont appartenu, de loin ou de près, au parti du RCD dissous et qui fait débat, depuis avril 2012, en Tunisie, intervient dans une conjoncture où la concurrence politique s’est presque limitée à la troïka gouvernante et le parti Nida Tounes, fondé par l’ancien premier ministre tunisien, Béji Caïed Essebssi.

Diverses tentatives avaient été d’abord faites pour le déstabiliser, notamment à travers son boycottage par Ennahdha, leader de la troïka, qui l’accuse de rassembler ses anciens ennemis du RCD, mais aussi à travers des procès ou des déclarations mettant en cause le rôle de Béji Caïed Essebssi dans des évènements antérieurs à ceux du 14 janvier 2011.

Nida Tounes continue pourtant à exister et à rassembler de plus en plus d’adhérents, rognant même sur les bases d’autres partis et allant même jusqu’à annoncer la constitution d’un groupe parlementaire Nida Tounes à l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) qui planche, depuis bientôt deux années, sur un projet de Constitution).

Nida Tounes prend aussi de plus en plus l’image de la seule alternative, même conjoncturelle, à l’islamisation radicale rampante de la société tunisienne et s’affiche de plus en plus, dans les sondages, comme le concurrent direct d’Ennahdha. Nous croyons ainsi savoir que le 11ème baromètre politique de l’agence 3C Etudes, devrait le placer à la 2ème position, talonnant Ennahdha d’une courte distance.

Tout cela, Ennahdha le sait. Elle sait aussi que Nida Tounes, sans Béji Caïed Essebssi, perdra beaucoup de son lustre et de son attrait. On comprendra ainsi, que derrière toute cette fébrilité autour du projet de loi pour l’exclusion des anciens RCDistes de toute activité politique, ce texte vise en premier lieu, si ce n’est en exclusivité, Béji Caïed Essebssi et Nida Tounes.

Ennahdha était en dehors des frontières de la Tunisie et ses membres vivaient chichement en Europe. Le CPR aussi. Ettakattol, issu de l’ancien MDS (Mouvement des Démocrates Socialistes), essayait tant bien que mal de vivoter à l’ombre de Ben Ali, faisant le dos rond et pliant pour ne pas rompre. Les trois avaient, soit enfourché le cheval de la révolution, soit pris le train en marche. Les trois doivent leur existence au processus démocratique mis en place par d’autres. Les trois avaient insisté pour gouverner au lieu d’écrire simplement la nouvelle constitution, simplement habités par l’envie de gouverner et de prendre la place de ceux que le peuple a démis. Le peuple qui constate chaque jour l’incapacité de la troïka à gouverner et à lui apporter emplois et prospérité économique, l’opposition qui pourrait aussi être tentée par le vide que pourrait créer l’affaiblissement de Nida Tounes, et enfin les partenaires de la Tunisie qui négocie un accord de libre_échange avec l’Europe où les conditions politiques ont un poids prédominant, les laisseront-ils faire ?

La première réponse pourrait venir du tribunal constitutionnel, auquel devrait recourir plus d’un ancien politicien tunisien, comme l’avait déjà annoncé Hamed Karoui, père du nahdhaoui Néjib Karoui. Wait and See !

Khaled Boumiza.

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