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La Tunisie officielle s’était soulevée et vite rassise

La Tunisie officielle s’était soulevée et vite rassise, comme le formule si bien un dicton de chez nous, lorsque l’un des députés de la Constituante avait traité la Tunisie de «République bananière» à propos d’une décision alors prise par le président provisoire Moncef Marzouki. «Nous sommes dans une République bananière et vous représentez le peuple de cette république », avait alors affirmé le député du parti Républicain Mahmoud El Baroudi à l’adresse de l’ANC, lors la séance plénière du jeudi 19 juillet 2012. Par cette expression, on désigne généralement un régime républicain, mais où il y a abus de pouvoir.

Malgré le tollé général, Baroudi, plus est un opposant, n’a pas retiré ce qualificatif et ne s’en était pas excusé. Avec un recul de plus d’une année et malgré le côté, à la limite sacrilège de l’expression, il est temps, nous semble-t-il, d’y revenir et de se demander si Baroudi n’avait pas raison ?

Deux faits, l’un risquant très probablement d’arriver et l’autre risquant probablement d’arriver, font que nous y revenions :

– La Constitution & élections : «pas trop vite le matin, doucement l’après midi»

A peine votée, la nouvelle Constitution de ce qui devrait être la 2ème République de la Tunisie de l’après Ben Ali, risquerait fort d’être violée ou tout au moins révisée. Le 26 mars dernier, Chafik Sarsar, président de l’ISIE refusait de valider la date des prochaines élections, telle que décidée par l’ANC. «Nous attendons pour cela la loi électorale. Si cette loi est, par exemple, adoptée en avril, cela décalera tout le processus, où cette loi donne le top au décompte du temps nécessaire pour le processus. Il faudra aussi mettre en place une instance provisoire de contrôle de la constitutionnalité des lois, et cela influe aussi sur le timing du processus », indiquait Chafik Sarsar à Africanmanager. Et le président de l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante des Elections) tunisienne d’ajouter que, dans l’espoir de voir l’ANC débattre de cette loi aussi vite que possible, «l’on ne peut cependant en aucun cas retarder les prochaines élections au-delà de 2014, à moins de commencer la 2ème République par une révision de sa constitution, ce qui est pratiquement impossible. «On peut changer la date, mais il faudrait pour cela violer la Constitution. Les dispositions transitoires de la nouvelle Constitution stipulent clairement l’organisation des prochaines élections, ce qui en fait une date inchangeable, surtout qu’il y a aussi injonction, même pour l’ANC de ne pas changer cette Constitution. Il faudrait donc que tout le monde soit conscient de la responsabilité de faire réussir les élections en 2014». Qui l’a réellement entendu ? La loi électorale est en effet encore en discussion, dans un «pas trop vite le matin, doucement l’après midi» général.

Si les élections se font à temps, elles seront certainement bâclées, au vu du temps nécessaire à leur bonne préparation qui n’est déjà pas respecté. Si elles ne se font pas, d’ici fin 2014, il faudra retourner à l’ANC pour amender la nouvelle Constitution. Si la Constitution est amendée, cela sera une première mondiale, puisqu’elle le sera avant même d’entrer en application. Et si les élections sont faites, sans amendement de la Constitution, le leader du Printemps arabe commencera sa 2ème République dans la violation de sa loi fondamentale !

Si ce n’est pas cela «la République bananière» !

– Une justice que tous les politiciens disent indépendante et à laquelle on demande de se démentir !

Deux ans et quatre mois après la «Révolution» pour l’emploi et la dignité de l’emploi, il ne reste plus grand monde des anciens oligarques de l’ancien régime derrière les barreaux. Tout le monde ou presque est désormais hors de prison. Leurs avocats l’ont toujours dit, les dossiers d’accusation contre tous les anciens ministres de Ben Ali étaient presque vides. A moins de leur faire des procès politiques, leur sortie de prison était presqu’attendue. Beaucoup des dossiers des hommes d’affaires et des familles de l’ancien président tunisien relèvent certes de la corruption et d’autres malversations. Tout, les juges le disent en aparté, a été pourtant fait selon les lois en vigueur. C’étaient, certes, de mauvaises lois, elles n’en étaient pas moins des lois avec toute la force de la loi !

Une dizaine, presque, d’anciens responsables de l’époque de Ben Ali, avaient quitté les prisons, sans que cela offense quiconque. La levée de boucliers ne s’est faite qu’à l’occasion des verdicts contre Rafik Haj Kacem et Ali Seriati notamment.

C’est pourtant la justice que tous les politiciens, notamment ceux d’Ennahdha et du reste de la Troïka disaient et affirmaient être indépendante, qui venait de se prononcer. Au moins un ministre d’Ennahdha s’en était «assuré», lorsqu’il était à la justice et l’avait même «épurée» de ceux qu’il considérait, alors, comme étant non indépendante au moins.

C’est pourtant la même Ennahdha qui rue maintenant dans les brancards et traite cette justice, sa justice après épuration par l’un des siens, de non indépendante. Dans un communiqué, au nom de sa «Coalition pour la réussite du processus démocratique», elle demande la «révision des verdicts, à travers un procès juste et équitable».

Ainsi et du coup, ou parce qu’il s’agit d’un dossier social qui pourrait impacter ses chances aux prochaines élections, le procès qui a duré des années entre expertises et contre-expertises et des dizaines d’avocats dont d’anciennes figures du mouvement islamiste tunisien, Ennahdha et beaucoup d’autres partis réclament que la justice soit transgressée, celle-là même qu’ils qualifiaient il y a quelques temps de juste, impartiale et indépendante. Un coup de semonce pour la justice militaire et pour tout le corps militaire, à entendre certains commentaires. Il y a de quoi faire retourner tous nos martyrs (Que Dieu les ait dans son immense miséricorde et dans son infinie clémence) dans leurs tombes ! Ils ne méritaient pas tout cela, et ce n’est certainement pas pour ce genre de République qu’ils ont donné leurs vies.

Si ce n’est pas, cela aussi, de la «République bananière» !

Khaled Boumiza.

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