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Zaket, Tunisie

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Un groupe des députés à l’ANC a récemment déposé une demande au bureau d'ordre de la Constituante

Un groupe des députés à l’ANC a récemment déposé une demande au bureau d’ordre de la Constituante, afin d’inscrire sur l’agenda des commissions et de la plénière un nouveau projet-loi portant sur la création d’un fonds nommé «Zakat». Ce fonds se donnerait pour objectif de contribuer au développement social, à l’incitation à l’investissement, à l’impulsion de la machine économique et à l’accélération du rythme de croissance.

Ce projet vient renforcer la panoplie des mesures, prises par le gouvernement de la Troïka en faveur d’une économie islamiste, même parallèle. L’ANC a ainsi déjà adopté une loi sur l’émission de Sukuks islamiques le 17 juillet dernier, en plus d’une loi sur les Fonds d’investissement islamiques le 22 novembre 2013. A cela, s’ajoute l’examen d’un projet de loi sur la restauration des Wakfs (Habous).

Avec ces Fonds, le parti islamiste croit pouvoir impulser l’investissement et l’emploi, en redonnant vie à des institutions «islamiques» qui ne pourraient que développer la finance islamique.

Cette finance a connu un progrès, durant les deux dernières décennies, principalement au Moyen-Orient. Son taux de croissance varie entre 15 à 20 % par année à l’échelle internationale, selon Global Islamic Finance Magazine. Aucune faillite des banques islamiques n’a été enregistrée, même dans la foulée de la crise financière internationale.

Toutefois, l’industrie de la finance islamique est encore peu développée en Afrique du Nord. En Tunisie, elle ne représente que 2,5 % du secteur financier du pays. De plus, les experts économiques estiment que la contribution de la finance islamique dans l’économie tunisienne ne pourrait pas dépasser les 5 à 8%. Avec des prévisions assez modestes, la question qui se pose est la suivante : le recours au Fonds Zakat est-il justifié pour que la finance islamique soit instaurée en Tunisie ?

Certainement oui, nous a répondu Amel Amri, présidente de l’association TAIF et experte de la Chariâ, rappelant que le ministère des finances a fortement encouragé cette initiative de manière à promouvoir la finance islamique en Tunisie. «La commission de la Zakat a recommandé la création d’une institution spécialisée, nommée Bayet Zakat Tunisie » a-t-elle relevé, annonçant qu’une approche a été présentée en la matière. Amel Amri a mis l’accent dans ce contexte, sur le rôle stratégique de l’Etat au niveau du contrôle et de l’audit pour assurer sa réussite et sa neutralité. Elle a expliqué que «la Zakat n’est pas une nouvelle imposition, mais plutôt une obligation de l’islam imposée sur les personnes croyants ayant des revenus». Elle a dans ce sens remarqué qu’une partie de Zakat est destinée aux couches les plus vulnérables alors que la seconde partie est consacrée à l’investissement.

Le Fonds Zakat pourrait contribuer au développement solidaire

Pour Mohsen Hassen, économiste, le fond « Zakat » sera une institution basée sur la Charia, ayant pour but de collecter les dons financiers. Les bénéficiaires seraient certainement les pauvres, les régions marginalisées ou encore les chômeurs via la création de microprojets. « C’est une institution qui pourrait contribuer au développement solidaire dont le pays a besoin pour répondre aux multiples défis confrontés», nous a souligné Mohsen Hassen qui signale que l’Etat ne peut pas répondre à toutes les attentes ni s’occuper de tout le monde. L’économiste estime dans ce contexte que le développement a besoin, non seulement du Fonds Zakat, mais aussi d’un réseau d’instituions de financement et d’encadrement des petits promoteurs pour pouvoir relancer l’économie tunisienne. «Il ne faut pas que le Fonds Zakat se transforme en un monopole de collecte des dons financiers. Il doit être une institution contrôlée par l’Etat et la société civile». Une fois contrôlée par l’Etat et la société civile, cette institution pourrait promouvoir la finance islamique en Tunisie, en tant que complément de la gamme des produits de financement. « Ces produits sont confirmés comme étant des produits financiers qui ne génèrent pas de risques pour les banques. La crise économique internationale a déjà prouvé que la finance islamique est orientée vers la maitrise des risques» a expliqué Mohsen Hassen, déplorant son développement assez «limité» en Tunisie. D’après lui, la contribution de la finance islamique dans la phase de son instauration en Tunisie, ne pourrait en aucun cas dépasser les 8 ou 10%, puisque les produits sont encore inconnus par les clients qui ne sont pas convaincus, ni de l’utilité, ni de la rationalité de ce genre des produits. C’est pour cette raison que les institutions basées sur la charia en Tunisie devraient faire un effort pour leur promotion

On n’a pas besoin d’un secteur financier parallèle

Karim Ben Kahla, expert en économie, a abordé le sujet de la finance islamique sur un ton optimiste, considérant qu’il s’agit d’un instrument parmi d’autres qui obéit à certaines conditions. Face à une polémique suscitée par cette question, l’économiste a assuré qu’il ne s’attend pas à un progrès notable dans ce processus du fait que la finance islamique a été abordée de manière émotionnelle et non rationnelle. «Le débat actuel autour de la finance islamique reste encore passionnel et idéologique, bien qu’il ne s’agisse que d’un produit financier parmi d’autres», a indiqué Karim Ben Kahla dans une déclaration à Africanmanager. Dans pareille situation, Karim Ben Kahla souligne l’importance de procéder à une approche «laïque» pour pouvoir traiter la finance islamique en Tunisie.

Hafedh Zaafrane, expert international en économie, reconnait de son côté l’importance de la finance islamique, sachant que certaines économies ont pu afficher une croissance via l’instauration de cet instrument. Le cas de la Tunisie est cependant différent selon Zaafrane, qui insiste notamment sur cette conjoncture transitionnelle assez délicate. Il a dans ce sens relevé que «la finance islamique pourrait drainer de nouvelles ressources financières dans le contexte normal, mais cela est difficile en Tunisie en phase de transition où la majorité des gens croient qu’ils sont défenseurs d’une cause». Sur un autre plan, l’expert a déclaré que la Tunisie n’a pas actuellement besoin d’un secteur financier parallèle qui obéit à des critères idéologiques.

Wiem Thebti

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