Tunisie : Deux éclopés, un GUN défraichi et un champ de ruines…

Tunisie : Deux éclopés, un GUN défraichi et un champ de ruines…

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Les sondages de Sigma Conseil dévoilés le samedi 20 janvier 2018 le démontrent : Nidaa Tounes et Ennahdha, en instance de divorce, un hameçon factice auquel personne n’a vraiment mordu, tiennent encore le pays, mais de façon très ténue. Avec des scores très faibles en termes d’intentions de vote pour les prochaines municipales et législatives, ils pulsent encore mais sur un champ de ruines que le désenchantement de leurs électeurs a ravagé davantage. Et avec la masse d’abstentionnistes et d’indécis parmi les citoyens que les collaborateurs de Hassan Zargouni ont sondés, les deux ténors de la scène politique locale, dont la popularité s’est sérieusement érodée, ont du souci à se faire. Mais tout ce bouillonnement a une autre conséquence, encore plus grave car impactant la trajectoire du pays : Le socle du gouvernement d’Union nationale fond comme neige au soleil. L’équipe de Youssef Chahed n’est maintenant composée que d’éléments du mouvement Ennahdha, de Nidaa Tounes et du parti Al-Massar. Quant au Document de Carthage, qui est à l’origine de l’installation de Chahed à la Kasbah, de moins en moins de formations politiques lui sont fidèles. Le chef du gouvernement compte désormais ses soutiens sur les doigts d’une main : Ennahdha, Nidaa Tounes, Al Massar, Al Moubadara et de l’Union patriotique libre (UPL). Les difficultés du pays ne seront pas qu’économiques en 2018…

Après le mouvement Echaâb, le parti Al-Jomhouri et le parti Afek Tounes, Machrou Tounes vient de se joindre aux partis qui se sont retirés du Pacte de Carthage et du gouvernement piloté par Youssef Chahed. Pour le parti conduit par Mohsen Marzouk, le gouvernement actuel ne peut être qualifié de gouvernement d’union nationale dans la mesure où il est dominé par Ennahdha et Nidaa.
Il a, dans ce sens, appelé à réviser “le processus du Document de Carthage” et à former un gouvernement de compétences nationales. Le Document de Carthage est “dépassé“. Il ne peut plus représenter un cadre idoine pour l’application des accords convenus, d’après Machrou Tounes.
Selon lui, le gouvernement de coalition Ennahdha-Nidaa est désormais incapable d’apporter des solutions pour sortir le pays de la crise.

Début novembre dernier, “Al-Joumhouri” avait critiqué le Document de Carthage et quitté le navire de Chahed après avoir accepté la démission d’Iyed Dahmani, seul représentant du parti au gouvernement. Pour le parti, le gouvernement d’union nationale est désormais incapable de réaliser les priorités du Document de Carthage en l’absence d’une approche réformatrice cohérente.
Quant au mouvement Echaâb, il a estimé que le Document de Carthage a dévié de ses véritables objectifs. “La Tunisie a aujourd’hui besoin de nouveaux horizons pour jeter les jalons d’un projet national audacieux qui vient rompre avec la médiocrité et la mauvaise gouvernance et engager de grandes réformes de développement“, a-t-il affirmé. “Bien que nous ne soyons pas représentés dans le gouvernement, nous sommes directement concernés par la situation actuelle du pays“, a souligné le mouvement Echaâb.

Yassine Brahim, chef de file du parti Afek Tounes a estimé, quant à lui, que l’alliance entre Ennahdha et Nidaa a considérablement fragilisé l’unité nationale. La politique de consensus entre Ennahdha et Nidaa Tounes a échoué et vidé le Document de Carthage de tout sens, a-t-il affirmé.
Le 19 décembre 2017, le conseil national d’Afek Tounes avait pris la décision de se retirer du gouvernement. Les représentants du parti, deux ministres et deux secrétaires d’Etat ont choisi de démissionner du parti, mais ont été maintenus à leurs postes ministériels.

Après son retrait fin 2016 du gouvernement et du Document de Carthage, l’Union patriotique libre (UPL) avait rejoint le 13 novembre 2017 le Document de Carthage. Bien qu’il ne détienne plus de portefeuilles ministériels, l’UPL a annoncé son retour au Document de Carthage et son soutien au gouvernement d’union nationale. L’annonce a été faite à l’issue d’une réunion de concertation regroupant Nidaa Tounes, Ennahdha et l’UPL.

Le président de la République Béji Caïd Essebsi avait proposé, le 2 juin 2016, la formation d’un gouvernement d’union nationale qui bénéficie de l’appui de la majorité des sensibilités politiques et sociales.
Les concertations autour de l’initiative présidentielle avaient abouti, le 13 juillet 2016, à la signature du “Document de Carthage”, un document de synthèse qui définit les priorités du gouvernement d’union nationale.
Le document de Carthage a été signé par les partis de Nidaa Tounes, Ennahdha, l’UPL, Afek Tounes, Machrou Tounes, le mouvement Echaab, l’Initiative Destourienne, le Parti Républicain (Al-Joumhouri) et la Voie Démocratique et Sociale (Al-Massar) et l’Union générale tunisienne du Travail (UGTT), l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) et l’Union tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP).

Faut-il écouter Morjane ?

Le président du parti Al Moubadara, Kamel Morjane a déclaré le samedi 20 janvier 2018 à Nabeul que la Tunisie traverse une situation difficile. “Je n’aimerais pas être à la place du chef du gouvernement“, a-t-il lancé, soulignant que son parti s’attache aux objectifs du Document de Carthage et défend l’idée d’unité nationale et de consensus dont le pays a “fortement besoin“.
Présidant cet après-midi la commémoration du 66e anniversaire de la révolution du 18 janvier 1952, Morjane a estimé que la Tunisie a plus que jamais besoin d’une évaluation objective de la situation, en particulier de la part des parties qui veulent aider le pays et interagir positivement avec ce qui se passe.
Al Moubadara, a-t-il insisté, continue de soutenir le gouvernement et appelle toutes les parties à faire prévaloir l’intérêt national et à privilégier le travail consensuel. Le parti n’appuie pas non plus l’idée de changer le gouvernement tous les six mois ou tous les deux ans, d’autant, a-t-il dit, que la Tunisie n’a pas besoin de vivre des crises politiques successives.

Concernant le fait de confier à des membres du gouvernement la coordination des activités de leur parti lors des élections municipales, Kamel Morjane a estimé qu’une telle décision “est quelque peu difficile dans la mesure où le processus démocratique en Tunisie n’en est qu’à ses débuts“.
Si le chef du gouvernement est d’accord et juge que cela n’a pas de conséquences sur son gouvernement, c’est son droit. Mais il doit en assumer la responsabilité“, a ajouté Morjane.
Rappelons que Nidaa Tounes avait annoncé le 8 janvier 2018 la création d’un Conseil national en charge du suivi des élections municipales et de l’accompagnement des listes électorales du parti et la désignation de 29 délégués au sein des différentes coordinations régionales du parti pour assurer le suivi des élections municipales. Ce Conseil est composé, entre autres, de ministres et de secrétaires d’Etat en exercice, des conseillers à la présidence de la République ainsi que des députés à l’ARP. L’affaire a fait grand bruit et continue d’en faire, jusqu’à ce que l’ISIE (Instance Supérieure Indépendante pour les élections), en s’appuyant sur la législation en la matière, sorte du bois pour clamer haut et fort le bon droit de Nidaa Tounes à procéder de la sorte. Pas sûr que sa voix, même drapée avec la loi, aide à dépassionner le débat, surtout pour un organisme dont l’élection du président a été incroyablement compliquée, entre calculs, tambouille politicienne et psychodrames à l’ARP, jusqu’à jeter l’opprobre sur sa neutralité…

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