La stratégie de lutte contre la corruption sera dévoilée, le 9 décembre prochain, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre la corruption, a annoncé Abderrahman Ladgham, ministre de la Gouvernance et de la Lutte contre la corruption, lors d’une conférence de presse tenue lundi 2 juillet 2012, au siège de l’Assemblée constituante au Bardo pour faire la promotion de la feuille de route et les grandes lignes de cette stratégie auprès des medias.
Six mois après s’être attelée à la mise en place de cette stratégie , la Commission nationale de lutte contre la corruption qui se chargera à mettre en place cette stratégie, composée de membres de la société civile et d’élus de l’Assemblée constituante ainsi que de plusieurs experts nationaux et internationaux, a reçu pas moins de 12000 dossiers de corruption dont elle a examiné 310 dossiers et traité 82. Sur ces 82 dossiers, 70 ont été déférés aux services concernées qui ont transmis au ministère de tutelle leurs conclusions au sujet de 23 d’entre eux. Le reste, soit 12 dossiers ont fait l’objet des réserves.
Dans ce cadre, le ministre n’a pas caché que la Commission de lutte contre la corruption rencontre plusieurs difficultés d’ordre politique, technique et administratif. « On est conscient de la corruption qui règne dans le secteur des marchés publics qui représente 18% du PIB du pays. Cependant, la mise en place de mesures concrètes nécessite un peu plus de temps », a indiqué le ministre.
Abderrahman Ladgham a relevé « l’absence d’une volonté politique et administrative et d’une structure de lutte contre la corruption. Pour faire face contre ce fléau, il a appelé à lutter, d’abord, contre la pauvreté, soutenant que « la corruption ne peut être jugulée si la pauvreté l’est aussi », a indiqué le ministre, appelant le gouvernement à appliquer la convention signée avec les Nations- Unis sur la lutte contre la corruption.
En effet, la feuille de route du ministère repose sur 4 principaux axes, à savoir l’élaboration d’une stratégie nationale relative à l’intégrité, l’accompagnement de la commission nationale de lutte contre la corruption dans ses travaux, la participation de tous les acteurs particulièrement ceux de la société civile et le renforcement des outils et des mécanismes de coopération, de coordination à travers la mise en place des plateformes de l’OpenData et de l’OpenGovernance. Il s’agit aussi de promouvoir les outils de sondage afin de mieux connaître les aspirations et les attentes des citoyens.
Le ministre de lutte contre la corruption a indiqué dans ce cadre qu’une convention de lutte contre la corruption va être signée, le 16 juillet prochain avec l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette convention va permettre à la Tunisie d’avoir les capacités nécessaires pour récupérer les fonds publics placés à l’étranger.
Depuis environ 2 mois, une convention similaire relative à la lutte contre la corruption et à la promotion de l’intégrité dans les pays arabes a été également signée entre la Tunisie et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Cette convention permettra l’utilisation des instruments visant à prévenir et à combattre la corruption et favorisera l’échange d’expertises avec les institutions internationales y afférentes en application des normes internationales. La convention vise aussi à évaluer l’état des lieux de la corruption et à mettre en œuvre les priorités établies par le PNUD à cet effet.
Quant à Mustapha Ben Jaafar, président de l’ANC, il a fait savoir que la corruption a des conséquences catastrophiques sur le climat des affaires. Selon lui, les causes de la corruption sont au nombre de cinq, à savoir, la falsification des élections, l’absence de la justice sociale, les disparités régionales et la détérioration du pouvoir d’achat. La troisième raison porte sur le délitement de la morale du fait de mauvais programmes culturels et éducatifs lancés par le régime déchu. A cela s’ajoutent la complexité des procédures administratives et la non application de la loi.
De son côté, Samir Annabi, président de l’instance nationale de la lutte contre la corruption a appelé à prévenir ce fléau de corruption. Selon lui, il n’est pas facile de lutter totalement contre la corruption quels que soient les outils mobilisés. « On doit ancrer toute une culture de transparence et de dialogue », a-t-il expliqué.
Khadija Taboubi
Tunisie : Que faut-il attendre de la feuille de route contre la corruption ?
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