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Tunisie : Ennahdha ou la quadrature du cercle !

Après avoir promis au peuple tunisien monts et merveilles, le mouvement Ennahdha se rend de plus en plus à l’évidence que le gouvernement qu’il a mis en place et dont il a confié la présidence à Hamadi Jebali a encore d’énormes progrès à faire pour répondre, ne serait-ce qu’à la portion congrue des attentes qui ne font que s’amplifier à mesure que se creuse l’écart qui la sépare de l’opinion publique.

Il ne faut pas être clerc en la matière pour comprendre que le gouvernement actuel est profondément enserré dans une sorte de quadrature du cercle d’où il a de moins en moins de chances de sortir alors que l’agitation prend de l’ampleur dans bien des secteurs et que l’opposition fourbit ses armes pour faire des misères à l’équipe au pouvoir et la vouer aux gémonies à la moindre bavure ou faux-pas dont elle est depuis un certain temps coutumière.

Point n’est besoin de recenser les « turpitudes », si l’on ose dire, dont le gouvernement se rend coupable chaque fois qu’il est en présence d’une situation susceptible de lui attirer les foudres de l’opposition et plus encore de la société civile. Mais, il est patent et dévastateur pour lui de faire régulièrement et toujours machine arrière, par souci de sauvegarder ses chances de se maintenir au pouvoir et surtout de les garder intactes en prévision des prochaines élections, souvent différées, et dont la dernière en date des échéances présumées et annoncées se situera « au plus tard en juin ou juillet 2013 », dixit Hamadi Jebali.

Devrait-on y voir un symptôme de l’indécision qui entache l’action du gouvernement, mais surtout le projet de société qu’il propose et les mécanismes qui s’y rattachent ? Le fait est que le gouvernement semble pris en tenaille dans un dilemme cornélien, alors que l’opposition a hâte de le voir s’emmêler les pinceaux pour pouvoir bien le décrédibiliser et révéler au grand jour son incapacité à gouverner et que, même parmi ses partenaires de la troïka, les gestes de désapprobation ne sont pas rares. Pis encore, de plus en plus nombreux sont les partisans d’Ennahdha qui s’irritent de voir leurs dirigeants tourner le dos aux valeurs fondatrices du mouvement, ce qui, à terme, pourrait amener l’instance dirigeante à se couper d’une partie de sa base.

Du réalisme politique, serait-on tenté de dire. Il n’en demeure pas moins que, à la cadence où vont les choses et les reniements, le jour ne serait pas loin où Ennahdha et le gouvernement qui en émane devraient réaliser que, pour les uns et les autres, la cause commencerait à être entendue. D’autant plus que l’éventail des choix est dramatiquement limité et que l’agitation sociale avec son cortège de dévastations économiques ne semble pas près de connaître un répit, si bref soit-il.

Pendant ce temps, l’autre « icône » de la troika, le président de la République provisoire, Moncef Marzouki, n’a de cesse de marquer de points, renforçant, ce faisant, son assise, en faisant cavalier seul et en se démarquant notoirement de ses partenaires. Ses activités prolifiques et ses interventions à tout bout de champ sont là pour le conforter dans son statut de fervent soutien de la Révolution, comme en témoignent ses luxuriantes initiatives et ses prises de position qui ne laissent pas indifférents les légions de mécontents qui croient encore aux « dividendes » de la Révolution.

En « tapant », par exemple, sur l’action du précédent gouvernement et, plus particulièrement sur Béji Caied Essebsi, l’actuel président provisoire ne peut qu’engranger des bénéfices dont il pourra se servir, à brève et moyenne échéances, alors qu’il nourrit encore et toujours le rêve secret de rempiler et de demeurer le locataire du palais de Carthage, pour deux ou trois années encore.

Comme il est aisé de le voir, la nouvelle donne politique qui est en train de se mettre en place n’est pas pour servir ni les intérêts ni les ambitions d’Ennahdha, croulant sous le faix de pressions toujours plus fortes , mais dépossédée de l’essentiel des moyens qui lui permettraient d’endiguer la vague de mécontentement qui ne cesse d’enfler, et de recharger ses accus en vue de la prochaine échéance électorale.

Mohamed Lahmar

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