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Agriculture-Biodiversité: Face au danger des pesticides, il est temps d’ imposer les bonnes pratiques phytosanitaires

La 15e conférence des parties de la Convention sur la diversité biologique (CDB) des Nations Unies, qui se tiendra du 7 au 19 décembre 2022, à Montréal, au Québec, sera axée, cette année, sur la protection de la nature et les moyens de mettre un terme à la perte de biodiversité partout dans le monde.

L’une des causes principales de cette perte est l’usage de produits phytosanitaires de synthèse et des pesticides, notamment en agriculture.

A cet effet, l’adoption massive de pratiques issues de l’agroécologie et de l’agriculture biologique a été hautement recommandée par les membres de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

En Tunisie, les alternatives et les pratiques d’agroécologie existent. Pourtant, le pays continue d’opter pour l’importation des pesticides et herbicides, dont nombreux sont désormais bannis sur le sol européen.

Dans une interview accordée à l’Agence TAP, l’ingénieur agronome et diplômé de l’Institut National Agronomique de Tunisie (INAT), recommande d’ imposer désormais les bonnes pratiques phytosanitaires dans les fermes et de revoir cette utilisation qui «n’est pas du tout contrôlée ».

Interview :

TAP : Comment évaluez-vous l’utilisation des pesticides et herbicides dans l’agriculture en Tunisie ?

MKA : Le moins que je puisse dire est que l’utilisation des pesticides et herbicides n’est pas du tout contrôlée. En effet, la majorité des points de vente à l’intérieur du pays sont gérés par des responsables qui n’ont pas une formation agronomique.

En plus, le réseau des vulgarisateurs régionaux a perdu de sa proximité des agriculteurs à cause du manque de moyens humains et matériels, ce qui fait que l’agriculteur se trouve seul face à des technico commerciaux qui proposent des produits chimiques, leur seul objectif étant la vente. Ils n’offrent pas de conseils techniques personnalisés et spécifiques.

Pis encore, nous trouvons parfois sur le marché des pesticides introduits via le marché non organisé qui sont interdits d’utilisation en Tunisie et en Europe …

TAP : Les pratiques phytosanitaires basées sur les substances chimiques dans l’agriculture risquent de détruire l’environnement et la biodiversité. D’après vous, existe-t-il des alternatives ou des solutions naturelles pour éviter ce risque ?

MKA : Je dirais que les pratiques phytosanitaires basées sur les substances chimiques ont déjà détruit une grande partie de la biodiversité, de l’environnement et ont touché à la santé humaine par l’expansion de maladies graves.

Il est à préciser que la majorité de nos sols sont devenus squelettiques et sans vie biologique, à cause de l’utilisation non raisonnée des pesticides. Nous avons poussé trop loin l’intensification, mettant de côté tous les avantages que la nature nous procurait, je cite entre autres, la vie microbiologique utile dans les sols.

Bien sûr qu’il existe des alternatives et solutions naturelles qui peuvent être proposées à l’agriculteur en remplacement à certains pesticides. Il s’agit de produits de renforcement de l’immunité des plantes dont l’utilisation permet de stimuler leurs réactions d’auto-défense. Ces solutions doivent être utilisées le plus tôt possible dans le cycle du végétal pour accompagner la plante et lui permettre ainsi d’acquérir par sa force naturelle, une tolérance à certaines maladies fongiques.

Nous parlons ici d’une nouvelle approche basée sur l’information, la communication et la proximité de l’agriculteur, pour rassurer ce dernier dans ces nouveaux réflexes et nouvelles actions.

L’agriculteur tunisien connaît bien les problèmes auxquels il fait face souvent et connaît bien les limites des pesticides qu’il utilise et leurs impacts négatifs sur la santé et l’environnement. Il faut juste travailler avec lui sur la continuité, dans le cadre d’une approche gagnant/gagnant.

TAP : Que faire pour éviter la pollution des écosystèmes terrestres, aquatiques et atmosphériques par les pratiques phytosanitaires irresponsables en Tunisie?

MKA : Là, nous parlons d’un sujet assez complexe qui implique beaucoup d’intervenants. Pour être pratique et simple, je dirais qu’il est temps de généraliser, voire imposer les bonnes pratiques phytosanitaires dans les fermes et les contrôler à l’aval (sur le marché).

Il faudra créer un système de contrôle sur la qualité intrinsèque des fruits et légumes (analyse des résidus de pesticides), sur la base d’un échantillonnage au niveau du marché de gros et certains points de vente de la grande distribution, pour déjà avoir une idée claire des dépassements et du niveau de danger. Cette démarche peut être au début une approche discrète. Les frais des analyses pourraient même être prélevés d’un fond financé par une taxe sur l’importation des pesticides (même 100 millimes par kg ou litre de produit importé).

Une fois l’approche devient mature et les dépassements cernés, il faudra imposer un système de sanction pour les producteurs dont les produits dépassent les limites de résidus de pesticides autorisés.

TAP : D’après vous, est-il suffisant d’inculquer des pratiques écologiques aux agriculteurs pour minimiser les risques de l’utilisation des substances chimiques ? Que faire sinon ?

Inculquer les bonnes pratiques dans les exploitations agricoles est l’un des points importants à réaliser mais ce n’est pas suffisant.

Nous avons d’ailleurs depuis l’année 2006 proposé l’adoption d’un référentiel national des bonnes pratiques agricoles « TUNISIAGAP », inspiré de référentiels internationaux mais c’était peut-être prématuré.

Notre agriculture a besoin d’une mise à niveau profonde, pas des moyens matériels mais en priorité de la formation et de la sensibilisation sur les normes et critères de qualité. Une formation qui permettrait aux agriculteurs d’être éveillés et exigeants face aux distributeurs de pesticides.

Ceci améliorera certainement, la qualité de l’offre des pesticides et la qualité des solutions à apporter aux agriculteurs favorisant le respect de l’environnement, la santé et aussi la bourse des agriculteurs.

Je pense que les institutions de l’Etat devraient encourager toute solution qui œuvre au respect de ces 3 piliers (environnement/santé/rentabilité), même s’il s’agit de solutions pilotées par des structures privées.

Des solutions biologiques ont été déjà proposées à certains hauts responsables du ministère de l’Agriculture. Elles permettent non seulement une augmentation des rendements des céréales mais aussi, une tolérance à certaines maladies, donc la diminution de l’utilisation de pesticides et la baisse des charges des céréaliers.

Malheureusement, ces solutions n’ont pas trouvé une oreille attentive dans ces circonstances difficiles où l’amélioration de la production nationale de blé est d’une importance stratégique sans précédent.

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