La “chambre noire”, ou les vestiges d’une promesse de campagne non tenue

La “chambre noire”, ou les vestiges d’une promesse de campagne non tenue

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La “chambre noire” au ministère de l’Intérieur est soit le secret le mieux gardé de la République, soit la plus grosse coquille vide. Cela dépend du bord d’où on appréhende la chose. Le collectif de défense de Chokri Belaïd et de Mohammed Brahmi n’en démord pas : Il y a une grosse anguille sous roche et les autorités trainent les pieds pour éventrer l’affaire par crainte de ses déflagrations; du côté des autorités “Rien à signaler” pour le moment, et tout ce que déballent les défenseurs de la mémoire des martyrs ne serait que supputations, conjectures, interprétations et autres joyeusetés. Seules les investigations permettront de faire la lumière sur cette ténébreuse affaire. Le ministre de la Justice, Karim Jamoussi, l’a d’ailleurs indiqué devant les députés ce lundi 19 novembre 2018 : “le dossier relatif à l’ouverture d’une enquête sur les révélations faites par le collectif de défense des martyrs Chokri Belaid et Mohamed Brahmi est actuellement entre les mains de la chambre d’accusation“. Manipulation et manoeuvres dilatoires, une fois de plus, crie le collectif de défense; le gouvernement chercherait à couvrir des gens bien logés dans les arcanes du pouvoir, des nahdhaouis, selon eux. Les raisons de la gêne, de l’embarras des autorités, en Tunisie comme devant les partenaires étrangers, résident dans le fait que ce dossier a encore des zones d’ombre, qu’aucun gros poisson n’ait été pris dans les filets de la justice, depuis 2013, alors que c’était un des engagements de campagne électorale de l’actuel président de la République en 2014.

La version officielle

S’exprimant aujourd’hui lors de la séance de questions adressées aux ministres de la Justice et de l’Intérieur au sujet des révélations du collectif de défense, Jamoussi a ajouté que le ministère public près le Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme a ouvert une enquête, le 8 octobre dernier, sur ces révélations.
Le doyen des juges d’instruction a été chargé du dossier de l’affaire avant d’y renoncer et de renvoyer au ministère public, a-t-il relevé.
Sur “la chambre noire” du ministère de l’Intérieur, Karim Jamoussi, a déclaré que le premier juge d’instruction près le Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme s’est rendu le 9 novembre au ministère de l’Intérieur et a saisi les documents.
Les documents saisis sont, actuellement, au siège du Pôle judiciaire de lutte contre le terrorisme, a-t-il noté.
D’après lui, l’enquête se poursuit en attendant que le juge d’instruction examine les documents saisis et prenne les décisions appropriées.
Le ministre de la Justice a, dans ce sens, précisé qu’au cas où le juge d’instruction découvre de nouvelles données d’une importance capitale il les soumettra, dans ce cas, au procureur de la République qui prendra les mesures nécessaires.

Le 22 octobre dernier, a-t-il ajouté, le collectif de défense a porté plainte devant la justice militaire au sujet de l’existence d’une organisation secrète.
La justice militaire a décidé de confier le dossier de l’affaire au procureur de la République près le Tribunal de première instance de Tunis.
Il a affirmé que le département de la Justice se tient loin de toute ingérence dans cette affaire pour préserver la confidentialité des recherches et ce conformément aux dispositions de la Constitution.

L’autre son de cloche

Ridha Raddaoui, membre du collectif de défense de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi, a menacé, ce lundi, de publier des documents liés à l’affaire dite de la “chambre noire” au sein du ministère de l’Intérieur et de l’organisation secrète du mouvement Ennahdha au cas où le ministère de la Justice n’enquêterait pas sur les documents récemment saisis.
Dans une déclaration aux médias, en marge de la séance plénière consacrée au dialogue avec les ministres de la Justice et de l’Intérieur, Raddaoui a déclaré que “le département de la Justice sera contraint de dévoiler les circonstances de l’affaire et le contenu des documents dans la mesure où ces documents appartiendront au peule tunisien“.
Et d’ajouter “si ces documents ne seront pas traités avec tout le sérieux requis, le collectif de défense passera à la diffusion de l’information en signe de respect du droit des Tunisiens à la vérité“.
Selon l’avocat, les documents en question contiennent des données d’une importance capitale qui pourraient mettre en péril la sécurité et la sûreté nationales. Il a précisé que les scellés évoqués par le comité de défense ont été inventoriés en 2016 alors qu’ils sont déposés au ministère depuis le 19 décembre 2013.

C’est du lourd, du très lourd, et le temps qui passe ne fait pas les affaires de la crédibilité de la justice, du pouvoir, de la jeune démocratie. Il est temps qu’on sorte de ce dossier et que la vérité, quel qu’en soit le prix, éclate. Si des personnalités, quels que soient leurs rangs, doivent payer pour leurs crimes, qu’il en soit ainsi; si elles doivent être définitivement blanchies, au regard des documents entre les mains des juges, qu’il en soit ainsi. Mais le statu quo ne peut plus durer!

SL/TAP

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