AccueilLa UNELa classe moyenne tunisienne périclite, dévastée par une rampante paupérisation!

La classe moyenne tunisienne périclite, dévastée par une rampante paupérisation!

La  classe moyenne en Tunisie est en voie de disparition  sous l’effet de décennies de récession économique. Elle est aujourd’hui aux prises avec une nouvelle crise, alors que la Tunisie envisage des mesures d’austérité qui consisteraient à supprimer la compensation des produits de première nécessité, comme l’alimentation et le carburant, au profit de versements directs en espèces aux pauvres.

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La semaine dernière, une délégation officielle tunisienne en a discuté à Washington DC avec le   Fonds monétaire international mais aussi d’un prêt d’un montant maximal de 4 milliards de dollars en contrepartie duquel elle a proposé une série de réformes et de mesures d’austérité visant à soutenir l’économie, qui s’est effondrée au cours des années qui ont suivi la révolution de 2011.

Le package comprend des réformes promises depuis longtemps par la Tunisie dans des accords d’aide similaires, notamment l’amélioration du recouvrement des impôts, la réduction de la masse salariale du secteur public et la refonte des subventions. Mais un document ayant fait l’objet d’une fuite et révélant que le plan apparent prévoyait de supprimer complètement les subventions alimentaires selon un calendrier serré qui laisse peu de possibilités a provoqué une onde de choc dans un pays qui souffre déjà de la crise économique actuelle, relève  le site «The National», qui ajoute que selon le plan, les réductions commenceraient en juin et les subventions sur les produits de base comme la farine, le sucre et l’huile seraient entièrement supprimées en trois ans.

Une « saignée médiévale »

« Cela équivaut à une saignée médiévale, dans l’espoir de guérir l’infection plus grave qui sous-tend ce problème », a déclaré Fadhel Kaboub, professeur associé d’économie à l’université Denison dans l’Ohio, qui suit de près l’économie tunisienne. « Cela va causer de la douleur pour les personnes les plus vulnérables en Tunisie, et cela ne s’attaquera pas aux racines du problème ».

Cité par The National, il a rappelé que des décennies de mauvaise politique économique axée sur les exportations à faible valeur ajoutée et l’externalisation de la main-d’œuvre ont laissé la Tunisie dans une impasse. Un déficit commercial massif s’est développé au fil des ans, laissant la Tunisie « sans sécurité alimentaire ni sécurité énergétique, et avec des trous massifs dans notre balance commerciale ».

Ce déficit a affaibli la monnaie tunisienne et a obligé le gouvernement à subventionner les produits de base importés pour maintenir les plus pauvres à flot. Mais le gouvernement affirme aujourd’hui que les subventions profitent indûment aux riches comme aux pauvres, et que des versements directs en espèces aux familles les plus pauvres serviraient mieux l’économie.

Bien des voix s’élèvent pour s’interroger sur l’efficacité et la mise en œuvre de ces paiements en espèces. « La proposition a besoin de repères clairs pour l’éligibilité et d’une grande base de données transparente du niveau local au niveau national », a déclaré Aram Belhadj, professeur d’économie à l’Université d’économie et de gestion de Nabeul en Tunisie.

« Mais qu’on le veuille ou non, la subvention est un outil pour protéger la capacité d’achat des gens, et ne peut pas être remplacée par des transferts en espèces. »

Les paiements seront attribués par le biais d’un système d’enregistrement électronique qui reste à mettre en place. Afin de lutter contre l’évasion fiscale qui sévit depuis longtemps dans le pays, seules les personnes ayant payé leurs impôts à temps et dans leur intégralité recevront leurs distributions.

Bien que les critères d’éligibilité n’aient pas été établis, de nombreux Tunisiens de la classe moyenne – ceux dont le salaire se situe entre 500  et 1 500 dinars tunisiens  par mois – craignent de ne pas être retenus, mais de ressentir tout de même la pression.

C’est la classe moyenne qui trinque !

The National  cite le cas d’un ménage composé d’une  étudiante et d’un conseiller fiscal qui  affirment que leur budget suffit à peine à couvrir les frais de nourriture, d’électricité, de transport et de médicaments pour le frère de l’épouse  qui vit avec eux.

« Il n’y a pas de sécurité, ni financière ni sociale », dit l’épouse  « C’est l’ambiguïté qui nous touche. Et si l’un de nous avait une urgence médicale ? Comment trouverions-nous l’argent pour la couvrir ? »

Diplômés de l’enseignement supérieur, tous deux occupant des emplois de cols blancs, même à temps partiel, sont considérés comme appartenant à la classe moyenne. Mais l’augmentation du coût de la nourriture leur met la pression au quotidien.

« J’ai été choquée par le prix d’un litre de lait hier », a-t-elle  déclaré « Avant, il était de 1 120 millimes  et maintenant il est de 1 350 millimes. S’ils suppriment les subventions, tout le monde va vivre dans la pauvreté. »

L’étude la plus récente de l’Institut tunisien d’études stratégiques (ITES), qui relève de la présidence de la République tunisienne, a montré que la classe moyenne tunisienne s’est réduite, passant de plus de 70 % de la population en 2010 à 55 % en 2018. La pandémie n’a fait qu’accélérer cette tendance.

En janvier, des milliers de jeunes sont descendus dans la rue pour protester contre la marginalisation économique et le chômage, avec une verve jamais vue depuis la révolution de 2011. Avec les coupes proposées, beaucoup craignent que ces protestations ne fassent qu’augmenter.

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