AccueilMondeL’Administration Biden change de ton avec Israël

L’Administration Biden change de ton avec Israël

L’intervention de l’armée israélienne à Gaza – qui a fait plus de 17 000 morts, selon le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas – a entraîné un changement de ton à Washington ces derniers jours.
Cela a d’abord commencé le 2 décembre, quand la vice-présidente américaine Kamala Harris a déclaré lors d’un discours à la COP28 que « trop de Palestiniens innocents ont été tués. (…) Israël doit en faire plus pour protéger les civils innocents. » Trois jours plus tard, le porte-parole du département d’État américain affirmait que les États-Unis « continueront à surveiller ce qu’il se passe et à faire pression pour qu’ils (les Israéliens, NDLR) fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour minimiser les dommages causés aux civils. »
Cet appel en faveur des civils à Gaza a franchi un nouveau palier, jeudi 7 décembre, quand Joe Biden « a insisté sur la nécessité absolue de protéger les civils et de séparer la population civile du Hamas », selon un communiqué de la Maison Blanche. Le même jour, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a affirmé lors d’une conférence de presse à Washington : « Il reste un écart entre (…) l’intention de protéger les civils et les résultats concrets que nous constatons sur le terrain », formulant l’une des critiques les plus explicites de l’administration Biden à l’encontre d’Israël de ces deux derniers mois.
Ce changement de ton de la part des plus hauts responsables américains s’explique par « un début de frustration », selon Jean-Loup Samaan, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et au Middle East Institute de l’université de Singapour : « Ils ont l’impression que leurs demandes – formulées jusque-là sans que ce soit public – n’ont pas été écoutées, notamment en ce qui concerne la protection des civils dans le sud de Gaza ».
Cité par RFI, le spécialiste des pays du Golfe voit aussi dans ces expressions publiques « la volonté de mettre davantage de pression par des déclarations qui font un peu plus état des désaccords » avec Israël.
L’inquiétude de l’administration américaine quant à la conduite d’opérations militaires meurtrières pour les civils de Gaza n’est pas nouvelle. Cette question avait déjà été mise en lumière avec la démission, mi-octobre, du directeur du bureau militaire du département d’État – qui est notamment chargé du transfert d’armes américaines à l’État hébreu. Josh Paul avait alors justifié son départ dans une lettre publiée sur le réseau social Linkedin « en raison d’un désaccord politique concernant la poursuite de notre assistance létale à Israël ».
Ce même département d’État est aussi divisé en interne : « Des dizaines d’employés ont signé des mémos internes » pour exprimer à Antony Blinken leur « sérieux désaccord avec l’approche de l’administration Biden » sur la campagne militaire d’Israël à Gaza, a rapporté mi-novembre le New York Times.
Au-delà de ce désaccord sur la question des civils palestiniens, les États-Unis entendent aussi infléchir la position d’Israël sur l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza. Joe Biden a d’ailleurs insisté jeudi auprès du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sur le fait qu’ »une aide beaucoup plus importante devait être autorisée », selon la Maison Blanche.
La demande américaine n’est pas restée longtemps lettre morte : un haut responsable israélien a annoncé jeudi que l’État hébreu allait ouvrir dans les prochains jours le passage de Kerem Shalom. Ce point de passage, fermé depuis le 7 octobre, doit permettre d’augmenter le nombre de camions pouvant entrer dans la bande de Gaza. « Cette annonce est une manière pour Israël de répondre aux pressions américaines », note Jean-Loup Samaan.
Autre point de friction entre Washington et le gouvernement israélien .Washington défend une solution à deux États. « La meilleure voie, peut-être même la seule », affirmait encore début novembre Antony Blinken. Mais Benjamin Netanyahu reste fermement opposé à toute forme d’État palestinien.
Ces désaccords politiques « augmentent la nervosité » de Washington, résume Jean-Loup Samaan.
Lors de sa visite au Proche-Orient la semaine dernière, Antony Blinken a exposé aux membres du cabinet de guerre israélien la position de l’administration Biden, à savoir que la guerre « devrait prendre fin dans quelques semaines et non dans quelques mois », a rapporté jeudi le Wall Street Journal.
« C’est une façon de préparer l’opinion publique américaine en train de basculer de façon négative sur le soutien à l’effort de guerre israélien », reprend le chercheur. « C’est aussi un message adressé à Israël. C’est la première fois que les Américains annoncent une temporalité pour cette guerre, et c’est une façon pour Joe Biden de dire que son soutien au gouvernement Netanyahu va avoir une limite dans le temps, au début de l’année 2024 – même s’il peut encore se passer beaucoup de choses en un mois de guerre. »
« La pression la plus concrète serait de ne pas livrer prochainement des munitions en Israël, ce qui poserait un vrai problème notamment pour les opérations aériennes israéliennes. Mais on n’en est pas là », conclut Jean-Loup Samaan. « Le soutien américain reste très fort et ne va pas s’arrêter après cette guerre. »

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