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Des parlementaires novices en défense et en sécurité et à la solde de leurs partis, selon Carnegie

Le contrôle démocratique de la sécurité et de la défense n’a guère progressé en Tunisie. En l’absence de mesures visant à associer davantage de parties prenantes dans les discussions sur ces deux domaines et à renforcer les capacités et les compétences des institutions civiles telles que le Parlement, la transition restera fragile, affirme la Fondation Carnegie pour la paix internationale, dans un article publié sur son journal en ligne Sada.

En 2014, l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a pris les premières mesures pour superviser et gérer le secteur en scindant son ancienne commission de la défense en deux, une pour la législation et une pour le contrôle , mais celles-ci n’ont pas été plus efficaces que la précédente, n’ayant nullement contribué à la réforme de la sécurité. Tout juste s’il s’agissait de procéder à l’audition des ministres de l’Intérieur et de la Défense et de quelques officiers à la retraite, lors de séances tenues en réaction à une urgence ou à un événement majeur ayant fait polémique dans les médias et chez l’opinion publique.

Cette attitude réactive peut s’expliquer en grande partie par le manque de connaissances des membres des commissions pour comprendre les affaires militaires techniques, ce qui complique les efforts de réforme du domaine de la sécurité. Selon l’ancien colonel Mahmoud Mzoughi, président de l’Association des officiers retraités de l’armée nationale, les députés ne sont pas suffisamment qualifiés pour réformer le secteur, notant que «dans les démocraties occidentales, les membres du comité de défense et des affaires de sécurité sont généralement des militaires ou des policiers à la retraite ou des universitaires spécialisés en géopolitique et en stratégies de sécurité dans des groupes de réflexion bien connus.

L’art de mêler les genres

Les cycles de formation organisés par l’Institut de défense nationale n’ont pas permis, ou si peu aux parlementaires d’aborder les réformes de manière stratégique et critique, étant choisis en fonction           de leur affiliation aux partis politiques dont ils promeuvent les programmes. De plus, il y a un risque élevé que la commission devienne plus politisée et commence à adopter des lois ou des politiques pour renforcer l’influence d’un parti sur l’armée. Selon Mezoughi, lors de ses consultations avec des officiers retraités sur des questions telles que l’octroi du droit de vote à l’armée et à la police, la commission n’a contacté que les membres de la coalition au pouvoir, dont Nidaa Tounes et Ennahdha. Et parce que la composition de la commission de 21 membres est déterminée par un quota partisan, la majorité des membres sont affiliés à la coalition au pouvoir, contribuant potentiellement à privilégier les actions à court terme pour renforcer le pouvoir de ces partis au détriment des réformes à long terme. Ces problèmes empêchent les deux commissions parlementaires de progresser dans la réforme de la sécurité et de la défense, qui s’imposent de toute urgence, tout d’abord pour restructurer les forces armées tunisiennes afin de les adapter aux nouvelles menaces.

En outre, souligne Carnegie, la persistance des violations des droits de l’homme dans le secteur de la sécurité, notamment la torture et les morts suspectes, souligne la nécessité de réformer le code de conduite de la police. Bien que la loi interdise de telles pratiques, aucune instance n’est spécifiquement chargée de contrôler la conduite des policiers. Faute de transparence et de corruption, le système policier est considéré par les Tunisiens comme l’une des institutions qui comptent parmi les plus corrompues du pays.

Bien que les citoyens fassent de plus en plus confiance aux forces de sécurité, selon l’indice de défense 2016 de Transparency International, les militaires courent également un «risque élevé» de corruption, en particulier en matière de marchés et de recrutement. Par conséquent, les priorités législatives actuelles du secteur de la sécurité pourraient également inclure la création d’organes chargés d’enquêter sur les allégations de violations des droits de l’homme et de corruption, ainsi que d’accroître la protection juridique des détenus, souligne Carnegie.

Des pistes de réforme

La Fondation recommande de réformer les commissions parlementaires elles-mêmes. D’abord, le regroupement des rôles de législation et de contrôle dans une unique commission de sécurité et de défense – tout en lui retirant la réforme fastidieuse de l’administration publique – lui permettrait d’utiliser plus efficacement le temps et les ressources. Etoffer son cadre juridique lui conférerait plus de légitimité en mettant en place des mécanismes pour évaluer les qualifications des parlementaires et les tenir responsables de l’exercice de leurs fonctions. Par exemple, reconnaître à la commission des pouvoirs d’investigation lui permettrait d’enquêter sur les faits de corruption et les violations des droits de l’homme commis plus particulièrement par les forces de sécurité intérieure.

Ce faisant, ce cadre limiterait la composition de la commission aux parlementaires ayant une solide expérience en la matière, afin de s’assurer qu’ils peuvent mener des recherches techniques sur la réforme de la sécurité et de la défense. L’extension de leur mandat à cinq ans au lieu d’une an actuellement leur permettrait de développer leurs connaissances en matière de sécurité et, surtout, de travailler sur des plans stratégiques à moyen et long terme.

Le Parlement pourrait également nommer des représentants de chaque branche de l’armée et de la police pour travailler conjointement avec la commission et mettre à contribution leur expertise pour aborder des réformes et des défis spécifiques, comme le fait le Parlement français. De telles réformes de la structure de la commission l’aideraient à établir un calendrier détaillé pour s’atteler aux questions urgentes sur la base d’une vision claire de la mise en œuvre des réformes, conclut Carnegie.

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Aux antipodes du catéchisme implacablement seriné par le Fonds monétaire international et autres institutions assimilées, fait de « recommandations » , en vérité des ukases auxquels les pays à la peine comme la Tunisie sont sommés de se plier, le think tank Carnegie pour la paix internationale vient de livrer une analyse sans concession mais aussi sans arrière-pensée où il avance des clés de lecture de la situation politique et économique, assorties de quelques préconisations et recettes qui aideraient le pays à se redresser.

Après une inédite période de formation d’un consensus politique, la Tunisie et ses partenaires internationaux ont lancé un nouveau mécanisme de coordination pour stimuler l’investissement à long terme et faciliter la croissance du secteur privé. Cependant, ajoute-t-il, pour que cet effort porte ses fruits, une approche « bottom-up » (de bas en haut) doit être également adoptée pour relever les défis les plus urgents tels que le chômage des jeunes, la corruption, la gouvernance centralisée et la méfiance des citoyens. Cela nécessitera la mise en œuvre de réformes économiques et politiques de portée générale qui démocratisent l’accès au marché, associent les acteurs locaux, et répondent aux besoins de tous les citoyens, en particulier ceux qui sont marginalisés dans les régions intérieures.

De nombreux Tunisiens continuent de se sentir exclus politiquement, socialement et économiquement. Pour eux, la révolution reste inachevée, et l’apologue de la réforme et du progrès a peu de crédit. Pour ces Tunisiens, la révolution n’a pas réussi à venir à bout des énormes inégalités entre les régions côtières et celles de l’intérieur, entre jeunes et vieux, et entre ceux qui sont bien introduits et ceux qui ne disposent pas des réseaux personnels et professionnels nécessaires pour réussir dans un système économique délabré par le népotisme et la corruption. Alors que les partis politiques peuvent travailler ensemble à l’enseigne d’un large consensus pour trouver des solutions économiques aux malheurs de la Tunisie, il existe des signes alarmants que les Tunisiens ont perdu foi en le processus: 95 pour cent des jeunes Tunisiens disent qu’ils ne font pas confiance aux partis politiques.

Remodeler l’Etat

Combler ce fossé entre le gouvernement et les citoyens sera essentiel pour entreprendre des réformes durables et consolider les principes démocratiques qui ont commencé à façonner l’expérience politique tunisienne. Dans la pratique, cela dicte de se doter d’un gouvernement qui soit capable de répondre aux besoins et aux attentes des citoyens tout en œuvrant à remodeler l’Etat et la société de la Tunisie en un ordre plus juste et en prospérité partagée. Le gouvernement tunisien actuel et son prédécesseur ont travaillé avec des partenaires internationaux pour restructurer l’économie grâce à des réformes législatives visant à attirer et à faciliter encore plus les flux d’investissements étrangers. Cette approche aura des avantages mais aussi des effets négatifs potentiels. La question est de savoir si cela est suffisant pour renforcer l’adhésion à l’ordre politique, économique, et social tunisien.

Le succès d’un partenariat pérenne avec les institutions et les gouvernements étrangers visant à assurer le développement politique et économique de la Tunisie ne dépend pas uniquement des mécanismes de coopération ou d’une réforme législative. Il y a une foule de défis ascendants, qui, à défaut d’être relevés conjointement par toutes les parties prenantes, risquent de compromettre la consolidation d’un système politique ayant vocation à répondre aux attentes des citoyens. Ces défis sont nombreux, mais les plus urgents à l’heure actuelle sont l’amélioration du ralliement des citoyens, la lutte contre la corruption et la décentralisation de la gouvernance.

La corruption est remédiable

Il existe de nombreuses façons de circonscrire la corruption où les efforts conjugués du gouvernement et des ses partenaires internationaux peuvent être d’un grand secours. Une façon est d’adopter une loi qui exige la divulgation publique des biens pour les élus de haut niveau, conformément à l’article 11 de la Constitution. Une autre est de travailler à la mise en œuvre d’une plus grande transparence fiscale, ce qui pourrait aider à l’amélioration de la mise en conformité fiscale. Une troisième option consiste à développer le dispositif d’enquêtes et de poursuites judiciaires à l’encontre des fonctionnaires ainsi que les acteurs du secteur privé qui se seront rendus coupables de corruption. De strictes lois appliquées avec vigueur contre le lobbying et le financement politique pourraient aussi réduire les risques de corruption.

Il ne fait aucun doute que les défis de la Tunisie exigent des solutions politiques et économiques bien pensées. Les politiques qui tendent à isoler les solutions économiques des tensions politiques peuvent sembler attrayantes, mais les deux sont intimement liées. S’attaquer au mécontentement politique est la clé du succès à long terme de la réforme économique.

Avoir à l’œil les financements !

Tunisie 2020, la conférence sur l’investissement prévue à Tunis les 29 et 30 novembre, offre un opportunité idoine pour les partenaires internationaux de la Tunisie pour réaffirmer leur soutien en tenant compte des besoins de financement des projets de développement qui soutiendront l’avenir politique et économique de la Tunisie.

L’investissement en Tunisie est aujourd’hui plus nécessaire que jamais, mais compte tenu de la situation politique fragile du pays, la nature de l’’investissement est aussi importante pour le succès que l’investissement lui-même. Dans le même temps, ces investissements peuvent aider à construire quelque chose de concret à la condition que les parties prenantes (gouvernement, parlement, entreprises , syndicats et société civile ) s’engagent à la transparence, aient à l’œil les financements et la passation des marchés, et évitent les conflits d’intérêt.

La route est difficile, mais la Tunisie a un atout unique hérité de sa révolution, qui est la capacité de sa société d’élaborer un consensus et un compromis. Ceci est plus crucial et urgent que jamais, conclut la note de Carnegie élaborée par trois de ses éminents chercheurs.

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L’attention attachée par l’Europe à son flanc sud est phagocytée par un désastre en cascade. En face de la guerre en Syrie, en Irak et en Libye, à la crise de la migration et à la prolifération du terrorisme, l’objectif tout-absorption de l’Europe est la stabilité. Dans la plupart des cas, cela revient à empêcher  que les mauvaises choses ne deviennent plus mauvaises encore.

Mais outre sa gestion des  crises,  l’Europe a besoin de penser beaucoup plus hardiment  à d’autres façons de faire pour anticiper l’agitation violente. Que dire de ces pays qui sont restés relativement stables et ont donc suscité  moins d’attention? Est-ce que l’Union européenne a encore  un objectif positif pour son flanc sud? Des interrogations auxquelles la fondation Carnegie Europe s’est attachée à trouver un début de réponse.

La Stratégie mondiale de l’UE lancée par son Haut Représentant Federica Mogherini en juillet 2016 entend construire une «résilience», qui se définit  comme «la capacité des États et des sociétés à réformer, à résister  et ainsi à sortir des  crises internes et externes”.

Pourtant, on n’y trouve que peu de trace dans les politiques européennes actuelles, qui sont en grande partie guidées par le souci de contenir les  retombées sécuritaires des conflits du Moyen-Orient.

La stratégie du raccourci

Les efforts de l’Europe pour soutenir la stabilité durable au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont souvent été contrecarrés par un compromis qui consiste à tolérer la paralysie intérieure pour le bien de la coopération régionale. Ce compromis, cependant, est une erreur.

En lieu et place, l’Europe doit investir beaucoup plus hardiment dans des pays comme la Tunisie, le Maroc et la Jordanie. Au fil du temps, ils pourraient devenir des « points d’ancrage solides» pour les relations de l’Europe avec le monde arabe et l’Afrique.

Les soulèvements de 2011 ont amplement démontré que les régimes qui se nourrissent du marasme et de l’inertie  ne sont pas aptes à constituer les principaux piliers de l’engagement européen au Moyen-Orient. Soutenir  de tels régimes pour le bien de leur influence régionale peut sembler un raccourci pour surmonter les impasses politiques aujourd’hui et,  en fait, en créer d’autres plus virulentes demain.

Aussi l’Europe a-t-elle  besoin de semer des graines plus résistantes en termes de partenariat. Elle peut commencer à le faire  en contribuant au renforcement des  acteurs régionaux de demain qui sont disposés et aptes à travailler avec l’Europe pour  un avenir durable.

Une stabilité intérieure durable est de nature à ouvrir la voie à un engagement régional accru et plus constructif pour ces pays. Les petits États dont le  capital géopolitique est limité peuvent jouer un rôle important au niveau régional. A cet égard, des sociétés résilientes pourraient devenir des atouts précieux en tant que partenaires régionaux pour l’Europe. Enfin, les Etats qui sont résilients  à l’intérieur sont mieux placés pour explorer de manière constructive les opportunités offertes par leur  propre voisinage  au travers des mécanismes de la coopération régionale.

Petits et néanmoins  essentiels

La Tunisie, le Maroc et la Jordanie, sans être des acteurs régionaux de premier rang, ont été considérés par  les milieux politiques de l’UE comme les  partenaires du Sud les plus prometteurs en termes de  capacité à se réformer.

La Jordanie et le Maroc, et plus récemment la Tunisie, sont regardés par l’UE comme les trois pays qui portent le plus d’espoir pour les relations euro-méditerranéennes. Mais tout en affichant une meilleure forme que la plupart de leurs voisins, aucun d’entre eux n’apparaît actuellement comme particulièrement résilient, pas plus qu’il n’est capable d’exercer une influence régionale décisive.

Les Européens ne parviennent pas à voir  la Tunisie sous l’angle du  bénéfice et ont grossièrement sous-estimé sa valeur pratique en tant que partenaire arabe démocratique en Afrique du Nord.

Pourtant, un examen plus attentif révèle un potentiel prometteur des relations entre les uns et les autres. Le relatif manque d’influence régionale chez ces  trois pays  a tout pour être un atout plutôt qu’une faiblesse alors que le risque mineur  de toute ingérence extérieure les rend des partenaires plus prévisibles pour l’Europe qui pourrait alors compter sur eux. Les  Européens, cependant, ne parviennent pas à voir la Tunisie en particulier  sous l’angle de leurs intérêts.

La rive sud a été le talon d’Achille de la politique étrangère de l’UE. Au cours des deux dernières décennies, les analystes ont proposé d’innombrables mécanismes d’allocations d’aide, l’accès aux marchés, des schémas  de mobilité et des programmes de coopération politique.

Au lieu de mesures audacieuses qui pourraient changer les choses dans les pays partenaires du sud, les nombreux remaniements boiteux des mêmes paramètres en place ont échoué à produire le saut qualitatif souhaité pour l’influence méditerranéenne de l’Europe.

Les  limites des relais  fragiles sont autant évidentes que les avantages potentiels de la résilience. L’Europe a eu visiblement du mal à s’adapter à la situation post 2011. Le statut spécial accordé à des partenaires prometteurs l’a été en demi-teinte et n’a pas été à la hauteur  de l’audacieux investissement politique et économique dans ces pays tel que l’exigerait un ancrage solide. L’UE ne doit que s’en prendre à elle-même.

L’investissement dans la stabilité

Si l’UE est sérieuse dans sa volonté de  construire une résilience fondatrice d’une  saine pérennité du gouvernement, des institutions de l’Etat et de la société  et d’un voisinage stable, elle est tenue d’assurer que ses actions contribuent à la résilience au niveau de ces trois volets,  également et simultanément.

La Tunisie est le pays où l’UE pourrait facilement faire plus, notamment en respectant les engagements financiers pris à la suite de la révolution tunisienne, en donnant une plus grande envergure politique à la Tunisie, en abandonnant  le protectionnisme agricole, en changeant la donne en matière de plein accès au marché la Tunisie, et ceci n’en coûterait que peu à l’Europe.

En canalisant autrement ses investissements en Tunisie et au Maroc, l’Europe peut encore contribuer à jeter les bases de partenariats sains dans la région, conclut Carnegie Europe.

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La Fondation Carnegie pour la paix internationale, basée à Washington,  a récemment publié plusieurs rapports et  tribunes libres qui  sonnent l’alarme et  proposent  ce qui équivaut à un grand marchandage pour «sauver» la Tunisie.

Un Livre blanc, intitulé «Entre Danger et Promesse : un nouveau cadre pour le partenariat avec la Tunisie », fournit une vue claire et convaincante des nombreux problèmes auxquels le pays fait actuellement  face à  l’intérieur comme  à  l’extérieur. “La situation en Tunisie est devenue dangereuse», préviennent  ses auteurs.

“Une combinaison de vents contraires internes et de tourmentes régionales  a douché  les espoirs des Tunisiens quant à  un nouveau contrat social consolidé. Malgré  notamment un large soutien et le consensus rhétorique, l’aide et les réformes n’ont pas pu matérialiser de manière visible pour les citoyens ordinaires, et la Tunisie a poursuivi sa descente aux enfers économiques, avec des tensions sociales, des troubles, et la montée de la radicalisation  “.

Résumant les craintes croissantes de certains Etats voisins, le rapport cite  un homme politique tunisien majeur  qui  souligne que , “si le monde ne se réengage pas maintenant sur les défis de la Tunisie,  alors que les dirigeants internationaux ne reconnaissent pas la réalité  de la crise, « peut-être que nous ne serons pas plus ici pour recevoir leur aide ». Dans ce cas,” les conséquences de la propagation de l’extrémisme, la migration clandestine vers l’Europe, et la vulnérabilité de la Tunisie aux chocs de ses voisins immédiats, la Libye et l’Algérie, se feraient  vite sentir. “

Gouverner et semer la ruine !

La solution préconisée par  Carnegie est, à certains égards, le point culminant de la grande frustration ressentie par les décideurs européens et nord – américains concernant  l’incapacité des Tunisiens à protéger leur propre pays en réformant les  structures du pouvoir de facto qui continuent de gouverner et de semer la  ruine. Comme l’un des auteurs du livre blanc, Marwan Muasher, l’a écrit dans un article avec  le président de Carnegie William J. Burns: “Bien que la révolution ait mis à niveau le  système politique de la Tunisie d’un régime autoritaire vers un gouvernement démocratique, son système opératoire  – ses institutions étatiques, ses lois, sa  bureaucratie, les tribunaux et la police – est resté en grande partie inchangée. Ils sont demeurés fidèles  à leur vocation originelle : s’emparer des  ressources de l’Etat et sans les distribuer. En conséquence, malgré les meilleures intentions de la nouvelle direction de la Tunisie, des milliards de dollars et des dizaines de projets  n’ont jamais été concrétisés, poussant les Tunisiens  dans la rue. Cela a rendu beaucoup plus difficile pour les dirigeants tunisiens  de s’assurer le soutien  du peuple  pour les nécessaires, mais douloureuses réformes économiques, ce qui  a ébranlé la confiance internationale dans le pays et sapé les efforts visant à obtenir un soutien international.

” Tout autant, les Tunisiens eux-mêmes y assument une  responsabilité importante. Trop peu a été fait pour juguler la corruption,  reconstruire la machine fragile de l’état, l’égalité  entre les sexes, venir en aide  aux régions et aux groupes traditionnellement marginalisés, et faire des progrès sur une longue liste de réformes législatives cruciales. À moins que les Tunisiens ne soient prêts à aborder ces questions frontales, aucun niveau de soutien international et aucune batterie  de gestes rassurants, n’auront d’effet durable”.

Ceci est, bien sûr, un avertissement sévère adressé à la classe politique tunisienne.

« Vous avez admirablement changé votre boîte à outils, reconnaît Carnegie. Et vous avez fait de grands progrès dans la tâche beaucoup plus difficile de forger un consensus politique entre les islamistes et leurs adversaires. Mais maintenant, vous faîtes face à la ruine et devrez avoir  le courage de réformer. Si vous faites cela, les puissances  étrangères  seront prêtes à vous aider à chaque étape du parcours. Si vous ne le faites pas, elles  ne seront probablement pas en mesure d’apporter  beaucoup d’aide dès lors que les investissements finiraient tout simplement  par être gaspillés », avertit Carnegie.

La confiance dans un « cercle vertueux »

Pour  éviter ce scénario, les trois auteurs du livre blanc de Carnegie – Marwan Muasher, Marc Pierini et Alexander Djerassi – proposent  que les dirigeants tunisiens poursuivent la réalisation de quelques gains rapides, de  projets pilotes et de  réformes claires (bien que très modestes), qui tous renforceraient la confiance des bailleurs de fonds extérieurs pour se réinscrire  dans un «cercle vertueux».

Le pays devrait mettre en place “un mécanisme rapide pour mettre en œuvre des projets visant à favoriser le développement économique et social et la création d’emplois», disent-ils. «Les nouvelles procédures de coordination interministérielle, les marchés publics  et la sécurité des projets de développement sont nécessaires pour traduire  le financement intérieur et extérieur en résultats concrets pour les Tunisiens, en particulier les jeunes et les couches de la populations  marginalisées.”

Une sensibilisation du public et un effort de dialogue plus inclusif pourraient également être nécessaires, ajoutent-ils, parallèlement  à un  plus grand soutien pour l’accroissement de la  capacité du Parlement (les députés ne disposent même pas de bureaux, beaucoup moins d’assistants et d’infrastructure informatique), ainsi que des «centres économiques d’excellence  qui seraient créés partout en Tunisie pour favoriser la décentralisation “.

Que des  mécanismes spécifiques finissent par être mis en place, l’essentiel demeure  le même: les Tunisiens doivent commencer à lutter contre la corruption endémique (les marchés gris et noir sont désormais considérés comme de plus grande taille que l’économie formelle) et ils doivent prendre des mesures concrètes pour commencer à s’échiner à  sortir du bourbier.” En l’absence de pareil  effort, “aucun niveau de soutien international ne sera utile».

Les  gouvernements occidentaux  ont l’obligation de lancer  un «plan Marshall»  fait de subventions et  prêts sans  intérêt, pour stimuler massivement l’économie et renforcer le secteur de la sécurité.

En d’autres termes, il est temps pour l’Occident de mettre la main à la poche  et de  laisser les Tunisiens choisir comment se  réformer.

Bien que cette approche puisse  être plus acceptable pour certains Tunisiens, elle souffre en fait du même problème qui entache le  “nouveau cadre de partenariat” de Carnegie: le sous-jacent déséquilibre structurel des faibles forces démocratiques en face des  réseaux parallèles à l’Etat  qui opèrent en toute impunité.

« Injecter de l’argent  dans un système qui a été, et est toujours, de facto contrôlé par un triangle d’airain : les  oligarques des affaires, les acteurs du secteur de la sécurité et les mafias traditionnelles (c’est-à-dire l’approche privilégiée par de nombreux nationalistes et gauchistes) ne ferait que gonfler la richesse et rentabilise celle  de ceux qui ont longtemps été prépondérants.

Après tout, l’Etat parallèle de la Tunisie est  exceptionnellement maître dans  l’art de la cooptation, de la subversion et réorientation, en particulier dans un climat de terrorisme et d’inquiétudes  européennes primordiales concernant les  flux de réfugiés, conclut Carnegie.

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