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Les écoutes téléphoniques

Les écoutes téléphoniques, voici un sujet qui a toujours fait cauchemarder tous les politiciens, qu’ils aient été au pouvoir ou dans l’opposition. La pratique n’avait jamais été confirmée, car toujours liée à l’existence d’une police politique, tout aussi structurellement difficile à prouver. Pour le commun des mortels tunisiens, le sujet donne aussi du fil à retordre. Les Tunisiens ont une idée sur la question des écoutes téléphoniques qui relève plus du cinéma que du vécu. Ils croient toujours, en effet, au moindre grésillement, crachat sur la ligne, au moindre écho de voix, interruption répétée de la communication ou bruit bizarre entendu, qu’ils sont sur écoute.

Ceux qui l’ont réellement vécu, en parlent peu ou prou, parce qu’ils l’ont parfois vécu dans leur chair, comme cet industriel tunisien, pris dans un embouteillage dû au passage d’un cortège présidentiel de l’ancien président tunisien et qui, excédé, profère quelques grossièretés. Il aurait été, plus tard dira-t-on, quelque peu molesté par les sbires de Ben Ali. C’est l’une des rares fois où le sujet sera évoqué, et de manière officieuse, dans la Tunisie de Ben Ali. Le sujet était redevenu d’actualité, juste après la Révolution tunisienne, évoqué par quelques anciens opposants au régime de Ben Ali, mais n’a pas survécu au reste de la mouvance politicienne qui secoue depuis, tout le pays. En 2012, cette question aurait été confirmée par l’avocate et militante des droits de l’homme, Radhia Nasraoui, qui avait accusé la police politique de harceler les opposants et militants. Dernièrement, Oum Zied a accusé, sur sa page Facebook, un des opérateurs téléphoniques de la mettre sur écoute pour le compte d’Ennahdha. Elle aurait été cependant vite tranquillisée par l’opérateur et retiré sa déclaration. Nous avons enquêté à ce sujet, pour voir si les écoutes existaient toujours, comment elles se faisaient, qui les faisait, où elles se faisaient et par quels moyens techniques. Nous avons, pour cela, contacté tous les opérateurs téléphoniques, quelques experts. Tous ne voulaient en parler que sous le sceau de l’anonymat, obligation de réserve ou caractère critique du sujet, obligent. Le seul à avoir accepté d’en parler publiquement, c’est le ministre de l’Intérieur et ancien juge, Lotfi Ben Jeddou. A-t-il tout dit et en sait-il plus qu’il ne nous en a dit ? La question reste posée.

– Une pratique, vieille comme le monde.

Tous les spécialistes le disent, tous les pays la pratiquent, plus ou moins dans le respect de la liberté de leurs concitoyens. Wikipedia indique aussi que «les compagnies téléphoniques sont liées à la loi par des contrats ou licences qui donnent accès à l’écoute téléphonique aux autorités. Quand la commutation téléphonique était mécanique, un détecteur devait être installé sur la ligne par un technicien, qui liait ensuite les circuits pour router le signal audio de l’appel. Maintenant que la plupart des appels ont été convertis à la technologie numérique, l’écoute téléphonique est devenue beaucoup plus facile, parce qu’accessible par ordinateur. Si le détecteur est implanté sur un commutateur numérique, l’ordinateur de commutation copie et transfère simplement les données qui représentent la conversation téléphonique à une deuxième ligne ; il est donc impossible de déterminer si une ligne est sous écoute. Un détecteur bien conçu installé sur une ligne peut être difficile à détecter. Les parasites ou bruits que certaines personnes interprètent comme une écoute téléphonique sont simplement des diaphonies créées par le couplage de signaux provenant d’autres lignes téléphoniques. Les données sur le numéro appelant et appelé, l’heure de l’appel et la durée, sont généralement collectées automatiquement sur tous les appels et enregistrés au département de facturation de la compagnie téléphonique. Les services de sécurité peuvent accéder à ces données, souvent avec moins de restrictions législatives que pour un détecteur. Aujourd’hui, une liste de tous les appels à un numéro spécifique peut être obtenue dans un tri informatisé des factures téléphoniques ». Toutes ces informations, nous ont été confirmées par des spécialistes et des professionnels tunisiens.

– TT, Tunisiana et Orange donnent tous droits d’écoute au ministère de l’Intérieur.

Officiellement, aucun des trois opérateurs téléphoniques tunisiens (Tunisie Télécom, Tunisiana et Orange), n’a voulu avouer qu’il donne accès, direct et instantané, d’écoute de toute sa base de clients, au ministère tunisien de l’Intérieur. Nous avons pourtant pu avoir accès à l’une des conventions de licence entre l’Etat tunisien et l’opérateur. Elle est valable, nous en sommes sûrs, pour tous les opérateurs.

Dans son article 6.4 et sous le titre «défense nationale, sécurité, sûreté publiques et prérogatives de l’autorité judiciaire», on peut y lire que «le concessionnaire est tenu de prendre toutes les mesures pour se conformer aux prescriptions de la défense nationale, sécurité, sûreté publiques et prérogatives de l’autorité judiciaire, telles que stipulées par la législation et la réglementation en vigueur, et d’intégrer, à sa charge, dans ses installations, les équipements nécessaires à cet effet. Ce que devait acheter l’opérateur à sa propre charge, c’est un logiciel, coûteux, nommé LIC (Legal InterCeption). L’opérateur doit l’implanter dans son propre système pour permettre au système d’écoute du ministère de l’Intérieur d’avoir une copie de tout le trafic de chaque opérateur téléphonique, à travers une liaison en fibre optique, entre l’opérateur et la salle des écoutes du ministère de l’Intérieur. Avec tout cela, d’autres demandes en outils logistiques et autres, discutées, de vive voix et sans aucune paperasse, entre techniciens des deux parties. Les opérateurs qui refuseraient les conditions des services de sécurité, sont «punis». On nous cite, ainsi, le cas d’un ancien responsable, étranger, chez l’opérateur qatari, bien avant qu’il ne le devienne, qui avait refusé de donner accès, aux services du ministère tunisien de l’Intérieur, sur les plateformes Edg et GPRS lorsque l’opérateur avait commencé à commercialiser l’Internet mobile. Le lendemain, les services sont coupés jusqu’à ce que le ministère de l’Intérieur obtienne tous les droits de contrôle. Plus tard, ce refus coûtera même sa place en Tunisie à cet ancien responsable, de nationalité libanaise.

– Liaisons fibres optiques des 3 opérateurs vers le bâtiment des services communs.

Les liaisons en fibre optique, entre les 3 opérateurs et la salle des écoutes, qui se trouve dans le bâtiment des services généraux, Rue de Yougoslavie, juste derrière l’imposant siège du ministère de l’Intérieur, existent toujours et n’ont pas été coupées, contrairement à celles de la surveillance Internet entre l’ATI et le ministère de l’Intérieur. Cette liaison permet de ramener tout le trafic demandé de l’opérateur, permet l’identification, par le nom ou par le chiffre, l’écoute en temps réel ou l’enregistrement. Ajoutez à cela que chaque puce est identifiée par le numéro de la CIN de son propriétaire, vous verrez «Big Brother» dans toute son ampleur et ses grandes oreilles. Il est aussi un fait indéniable qu’aussi bien l’écoute que l’enregistrement, ne se font pas chez l’opérateur téléphonique, mais chez le service spécialisé du ministère de l’Intérieur.

– Le ministre confirme l’existence des écoutes, mais parle un langage de loi !

Le ministre de l’Intérieur, à qui on posait la question de l’existence ou non d’une cellule d’écoute au sein du ministère, Lotfi Ben Jeddou nous répond que «nous avons la direction de la police technique et l’écoute relève de ses prérogatives, mais uniquement sur décision de justice». Il nous cite ensuite le nom d’Imed Oun, directeur des services techniques au ministère de l’Intérieur, que le ministre nous conseille de voir, mais lorsque nous demandons d’aller visiter ce service, la mine du ministre devient plus gênée. Nous essayons d’en savoir plus, en avançant l’hypothèse de l’existence d’une grande salle des écoutes. Au détour d’une phrase, il nous lance que «ce n’est pas uniquement une salle ». Il affirmera cependant toujours que «nous ne faisons aucune écoute. Ces dernières ne se font que sur ordre, écrit, du juge d’instruction ou du procureur de la République et qui passe par plusieurs signatures dont la dernière est celle du ministre de l’Intérieur ». Il nous indiquera en avoir déjà signé lui-même, après ordres de juges d’instruction ou du parquet, mais uniquement dans de grandes affaires criminelles, jamais dans des affaires politiques. «Nous n’avons plus d’écoutes politiques, car il n’y a plus de délits politiques ou de détenus politiques. Les hommes politiques disent maintenant, publiquement, tout ce qu’ils veulent et il n’y a plus lieu de les mettre sous écoute.

Ben Jeddou va plus loin et affirme toujours que «même l’écoute, dans le cadre du travail de renseignement, ne se fait plus que sur ordres judiciaires, sauf comportements et dépassements personnels, et cela est difficile, car il y a un système de contrôle des uns par les autres et que tout est gardé dans les archives qui ne pardonnent pas».

– Est-ce vraiment fini et pourquoi ?

Sans vouloir mettre en doute les déclarations du juge Lotfi Ben Jeddou, ministre tunisien de l’Intérieur, ses propres services, comme certaines procédures des écoutes toujours en vigueur, pourraient bien le contredire. Des sources sûres au ministère de l’avenue Bourguiba, nous rapportaient que le service des écoutes se serait plaint auprès de l’ancien ministre de l’Intérieur, du projet du ministre des TIC d’introduire la portabilité des numéros téléphoniques. Un projet qui n’arrangeait pas leurs affaires et rendrait leur travail plus dur. Cette plainte n’aurait aucun sens, si les écoutes se faisaient désormais sur les seuls ordres de la justice !

Dans les pays démocratiques, nous disent les experts en matière d’écoutes téléphoniques, ces dernières se font dans deux centres différents, celui du ciblage ou «target» et celui des écoutes. Le premier, qui permet le choix du numéro ou de la personne à espionner sur les écrans reliés aux opérateurs, est généralement entre les mains du ministère de la Justice. Seule l’écoute, sans aucune possibilité du choix de la cible ou son changement, est mise entre les mains des services du ministère de l’Intérieur. Ce n’est pas le cas en Tunisie, nous assure-t-on. Les services du ministère de l’Intérieur ont toute latitude du «target» et de l’écoute, soit directe soit enregistrée. Notre spécialiste des écoutes suggère même, pour en finir avec la phobie des écoutes, de séparer physiquement, l’écoute du «target» et de remettre la clé des services techniques de «target», entre les seules mains de la nouvelle structure de cyber-sécurité. Le ministre de l’Intérieur le fera-t-il et ses services de la rue de Yougoslavie le laisseront-ils faire ?

Khaled Boumiza.

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