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Le Front Populaire (FP) vient de créer l’évènement. Il a présenté

Le Front Populaire (FP) vient de créer l’évènement. Il a présenté, après quelques semaines de labeur, un budget pour l’année 2014 qu’il qualifie d’alternatif, mais ce qui était réellement alternatif dans cette proposition, ce n’était pas tant le budget lui-même que le modèle de développement auquel il renvoie.

En fait, ce n’est pas la première fois que l’opinion publique tunisienne entend parler de la nécessité de revoir son modèle de développement. Déjà en 1980 , date à laquelle la gauche venait de sortir du calvaire des années 1960/1970 et n’était pas tout à fait mûre pour ce genre de préoccupations , c’était la Banque Mondiale qui avait initié ce débat , et la note d’orientation du 6ème plan quinquennal (1982/ 1986) rédigée par Mansour Moalla, alors ministre du Plan et des finances, prônait, déjà, autant que le permettaient les dispositions de l’époque générées par le cataclysme des évènements de Gafsa , un modèle de développement plus équilibré , performant et tourné vers les régions intérieures. Mais les choses ne sont pas allées comme il se devait, et, au bout de quatre années, le pays était en faillite. Le sujet était presque tombé dans les oubliettes jusqu’à l’avènement de la Révolution, et l’extrême-gauche fut la première à évoquer cette nécessité en parfaite intelligence avec le processus de la Constituante qu’elle a presqu’imposé à tout le monde.

Le fiasco de cette extrême-gauche aux élections du 23 octobre 2011 , lui fait oublier ce thème , et la pousse à se rabattre sur les thèses classiques du radicalisme : coup d’arrêt des privatisations , renationalisation des sociétés déjà privatisées et opposition à tout nouvel emprunt ; et s’inspirant de l’expérience de quelques pays latino-américains et surtout de celle l’Equateur de Rafael Correa , l’extrême-gauche appelle les autorités à cesser de payer la dette extérieure , invoquant son caractère odieux . Les leaders de cette gauche extrême, font l’amalgame (peut-être à dessein ) entre endettement et corruption sous le régime déchu , et trouvent dans le CPR et Wafa , pour un temps, un allié précieux, et l’initiative du Président Marzouki , du 27juin 2012 de ne pas signer deux lois relatives à des accords avec le Fonds monétaire international (FMI) participait, à l’évidence, de ce radicalisme classique .

La révision du modèle de développement n’était pas, il est vrai, l’apanage de l’extrême-gauche. La troïka en a parlé au moins à deux reprises. Une première fois, entre le 23 octobre et le 26décembre 2011, lors des tractations pour les portefeuilles ministériels. Les leaders de la coalition en formation affirmaient que les discussions qui s’étaient éternisées, se focalisaient sur l’élaboration d’un nouveau modèle de développement qui réponde aux attentes des masses et surtout aux jeunes des régions intérieures. Toutefois, les observateurs ont fini par se rendre compte que l’enjeu portait sur les avantages et le partage des postes entre alliés et amis .Le sujet a été évoqué une deuxième et dernière fois , lors de la discussion du projet du budget 2012 préparé par le Gouvernement de Béji Caïd Essebsi qui a été taxé d’être le prolongement des choix de Ben Ali en matière de développement et de ne pas être suffisamment un budget révolutionnaire . Mais, depuis, ce sujet a été définitivement abandonné par la troïka, et on n’a plus entendu parler de révolution adossée à un quelconque modèle de développement.

Cependant, la nouvelle version de ce thème a été mise en avant par le FP qu’il a assortie d’une petite nuance par rapport à la littérature latino-américaine de 2011, insistant, cette fois, non pas sur le refus pur et simple de payer la dette, mais uniquement sur une suspension du paiement pour trois ans. Ce moratoire a, en fait, une double fonction : d’abord, permettre l’élaboration d’un audit de la dette de Ben Ali, et ensuite, donner un répit au pays dans l’espoir d’une amélioration de la situation économique.

A vrai dire, les deux parties qui ont appelé à la révision du modèle de développement (troïka et extrême-gauche) n’avaient manifesté ni assiduité dans l’effort ni rigueur dans la démarche pour apporter une quelconque contribution positive, critique et circonstanciée sur le sujet. Ils omettent, carrément, de structurer le modèle de développement proposé autour de trois volets forcément complémentaires .D’abord, comment il crée la richesse nationale, ensuite, comment il est financé , et enfin comment il se positionne par rapport à l’économie mondiale qui est devenue un levier important du développement des nations ? Et si le modèle critique n’apporte pas des réponses pratiques, complémentaires et harmonieuses à ces trois questions, il ne peut être qualifié d’alternatif.

La première question porte sur le ressort de la création de la richesse, et le schéma de sa distribution entre différents opérateurs économiques, couches sociales et régions, la deuxième a trait aux sources de financement de la dynamique de production, et la troisième concerne le positionnement de la machine de production nationale par rapport au système économique mondial interconnecté. Ce système est formé de 4 grands flux : les flux financiers qui cherchent les grands bassins de production mondiale caractérisés par la productivité , la valeur ajoutée et partant le profit , ceux des services et marchandises qui sont attirés par les foyers de la grande consommation et du niveau de vie élevé , les flux des compétences et de la matière grise qui cherchent un environnement de créativité et des moyens technologiques de haute facture , et enfin les flux touristiques qui cherchent loisirs et bien-être . Tout modèle de développement doit être bien préparé pour permettre à la machine de production de chaque pays de profiter de ces 4 flux pour attirer les capitaux , les technologies , les compétences , les masses touristiques et exporter le maximum de produits et services vers les marchés mondiaux .Et l’ouverture à l’économie mondiale est devenue une nécessité vitale pour chaque économie nationale , parce que justement la dynamique économique mondiale constitue un grand levier pour la création de la richesse à l’échelle nationale .

Le modèle de développement tunisien, faut-il le rappeler, a toujours été basé sur l’emprunt, et l’endettement était bien étudié et destiné dans sa totalité à l’investissement, mais, depuis la révolution, les choses ont changé et les différents gouvernements ont commencé à le diriger vers la consommation et les salaires. La responsabilité de ce choix n’incombe pas exclusivement à la troïka, car les syndicats et l’extrême-gauche y ont contribué grandement.

Mais il ne suffit pas de dire que le gros des emprunts était destiné à l’investissement pour exonérer le modèle de développement d’avant la révolution de toute critique, car et à titre d’exemple, l’investissement dans les activités à haute valeur ajoutée n’était pas suffisant, et les raisons de cette carence étaient délibérées.

Or, le modèle de développement adopté jusque-là en Tunisie, et malgré ses insuffisances évidentes qui ont abouti à la révolution du 14 janvier 2011, a la vertu de doter le pays d’un positionnement distingué et l’a préparé à bénéficier au maximum des avantages qu’il procure. Et ceux qui critiquent ce modèle de développement, en premier lieu l’extrême-gauche, le font parce qu’il emprunte de l’argent de l’extérieur et les islamistes, eux, parce qu’il donne une grande part au secteur du tourisme, sans que ni les uns ni les autres n’apportent de réponses aux trois questions fondamentales, pas plus qu’ils ne donnent l’impression de comprendre que les énormes investissements consentis dans ce modèle doivent être valorisés, et encore élargis. Mais cela n’empêche pas d’explorer d’autres voies en vue de rendre plus efficient ce modèle et d’œuvrer à y intégrer des couches, régions et groupes qui en étaient longtemps exclus.

Aboussaoud Hmidi

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