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A peine un mois après sa constitution, après le refus du  premier  gouvernement par l’UGTT et différentes autres compositions politiques, celui  de transition de Mohamed Ghannouchi s’effrite juste après que ce dernier  a rendu le tablier sous la pression d’un second sit-in où l’empreinte de la centrale syndicale ouvrière était palpable, lâché, de surcroît,  par la majorité silencieuse et menacé publiquement sur la TV Nationale par un jeune de ce sit-in invité justement par cette chaîne TV.

Au lendemain de cette démission, l’un après l’autre, les deux ministres du gouvernement qui étaient en place avec Mohamed Ghannouchi sous Ben Ali, finissaient eux aussi par rendre le tablier. Afif Chelbi, ancien ministre de l’Industrie et de la Technologie  et Nouri Jouini ex-ministre du Développement économique, avaient pourtant fini par être approuvés par le reste du paysage politique de l’après Ben Ali, notamment après avoir annoncé leur démission du RCD, mais surtout pour leur parfaite connaissance des différents dossiers économiques,  indispensable pour un gouvernement de gestion des affaires courantes dans l’attente des prochaines élections.

Les démissions s’expliqueraient,  bien que personne n’ait fourni d’explication officielle, par le départ de Ghannouchi et par les pressions politiques qui pesaient sur eux du fait de leurs anciennes appartenances politiques.

Le reste du gouvernement n’en est cependant pas plus accepté que ceux là. Ahmed Néjib Chebbi, ministre du Développement régional commence lui aussi à pâtir d’un certain refus populaire ou du moins d’une certaine partie de la population tunisienne. Il viendrait ainsi, croyons-nous savoir, de se faire dégager d’un récent  meeting à Bizerte. Ahmed Ibrahim, ministre de l’Enseignement supérieur, aurait lui aussi connu le même sort lors d’un récent meeting à Sfax d’où il aurait été difficilement exfiltré par des membres de sa garde partisane rapprochée. Les deux sont de plus en plus accusés par des sources syndicales notamment de « servir un agenda politique personnel » et de profiter de leurs actuels postes ministériels pour préparer d’éventuelles  candidatures aux prochaines élections.

Du côté des technocrates indépendants, rappelés de leurs entreprises en appui au gouvernement de transition,  Sami Zaoui rejoint l’équipe des démissionnaires. Ce dernier nous l’a confirmé lundi après-midi. Cette troisième démission du gouvernement de transition sera ainsi la première du groupe des technocrates et elle pourrait être notamment liée au dossier Tunisie Télécom, bien que des sources proches du Secrétaire d’Etat aux TIC nous aient plutôt expliqué cette possible démission par la nature politique des dossiers qu’il avait à gérer dans un ministère technique. A l’image de Mehdi Houas, ministre du Commerce et du Tourisme qui a démenti toute intention de démission, les dits technocrates semblent plus détachés de l’ancien Premier ministre, croient en leurs potentiels technocrates et gardent la  tête froide, tranquillisés en plus par le très peu de remous fait autour d’eux par la centrale syndicale ouvrière, l’UGTT.

Cette dernière, et de l’avis d’un grand nombre d’observateurs de la scène politique tunisienne de l’après Ben Ali, semble désormais être le véritable pivot autour duquel tourne toute la vie politique tunisienne. Plus d’une tentative de déstabilisation du SG de l’UGTT, par différentes fuites et actions sur les réseaux sociaux et par des appels à des rassemblements et  manifestations (le premier Samedi dernier à la place Mohamed Ali même, siège de l’UGTT  contre Abdessalem Jrad, ont jusqu’ici avorté. L’homme média de l’UGTT, Abid Briki, est désormais de toutes les interviews et de toutes les réactions presse et radio, soutenant mordicus la démission de la totalité de l’actuel gouvernement et l’élection d’une Constituante comme seule issue possible.

L’UGTT tient, en guise de moyen de pression, la rue revendicatrice tunisienne. Plusieurs manifestations des deux dernières semaines ont été conduites par des cadres syndicaux et seraient même ébranlées, selon les témoignages télévisés de plus d’un témoin, à partir  des sièges régionaux de l’UGTT. Le premier sit-in devant la Kasbah aurait été aussi financé par le syndicat, selon plus d’une source concordante en Tunisie. De là à croire que l’actuel sit-in de la place du gouvernement à la Kasbah l’est aussi, il n’y a qu’un pas que beaucoup d’observateurs ont franchi à Tunis.

Il n’en demeure pas moins vrai que c’est l’UGTT qui a, la première, négativement réagi à la nomination du nouveau Premier ministre Béji Caïd Essebssi. C’est aussi la seule structure, politico-syndicale à parler d’un ton, plutôt cru, avec les gouvernements en place depuis le 14 janvier dernier. Beaucoup pensent désormais que l’unique défi du nouveau Premier ministre sera d’avoir ou de ne pas avoir l’UGTT à ses côtés. Beaucoup pensent aussi que l’UGTT est actuellement le seul élément perturbateur de toute la scène politique et économique et que son silence, au moins temporaire, pourrait largement contribuer à la relance, et de l’économie et de tout le processus politique de l’après Ben Ali.

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