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Hichem Djaïet, Tunisie

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100 jours

100 jours, c’est usuellement la norme universellement retenue pour juger les prestations d’un nouveau gouvernement où qu’il ait été formé, particulièrement dans les pays développés et ceux qui le sont moins où, uniformément, la démocratie a un sens aux yeux des élus et ceux qui les ont choisis.

Le gouvernement qui détient présentement et provisoirement les rênes du pouvoir en Tunisie s’achemine à pas feutrés vers cette échéance sans convaincre de la solidité de sa démarche ni administrer la preuve, encore moins la présomption qu’il ne va pas désappointer ceux qui lui ont accordé leurs suffrages autant que leur préjugé favorable. Témoin, ses balbutiements en boucle, ses fastidieuses lenteurs à trancher le nœud gordien d’un certain nombre de problèmes dont dépend la saine ordonnance du futur du pays, et enfin son impéritie à géométrie variable à fixer un cap clair et sans concession pour le mandat qui lui a été confié.

Il n’en fallait pas davantage pour que des voix élèvent ça et là lui indiquant la voie à suivre et les actions à développer afin que les choses aillent dans la direction la moins coûteuse possible. Abdelfattah Mourou, le chef historique du courant islamiste, dans une interview au journal Assarih, fait presque injonction au gouvernement de Hamadi Jebali de s’affranchir de la peur vis-à-vis des critiques et de passer à l’initiative, notamment dans le domaine de la sécurité. Il n’est pas possible de dialoguer avec les hors-la-loi, et il est du devoir du gouvernement de réprimer ceux qui coupent les routes et qui organisent les sit-in anarchiques qui perturbent l’appareil de production, affirme-t-il.

De même, ajoute-t-il, le gouvernement doit traiter avec sérieux les excès et dépassements du courant salafiste , notamment dans l’affaire du niqab dans la faculté de Manouba et concernant le mariage coutumier , qualifiant l’actuel gouvernement de « gouvernement de sursis à exécution ».

Enfin, Abdelfattah Mourou appelle le gouvernement à exercer ses prérogatives en leur entier et à ne pas céder à la peur et au chantage, et surtout à réaliser qu’il est naturel qu’il ait des adversaires.

Dans le catalogue des préconisations, il y en a encore de plus fortes et de plus directes, par exemple celles que l’on doit au penseur Hichem Djaïet qui, dans une interview au journal Al Maghreb, après avoir fait remarquer que les instances gouvernementales ne comprennent pas la situation actuelle, assène que le gouvernement a peur d’être taxé de répression, alors que la répression est nécessaire maintenant et jusqu’à ce que la situation dans le pays soit normalisée. Et d’expliquer que « celui qui, dans les administrations, ne défère pas aux ordres émanant du gouvernement, doit être limogé, et s’il proteste, il doit être jeté en prison » C’est que, estime-t-il, dès lors que le gouvernement se réfère et se fonde sur la loi, celle-ci doit être appliquée.

Hichem Djaïet pense que si le gouvernement ou plus précisément l’élite au pouvoir est faible, c’est parce que son raisonnement économique est classique, se demandant de quels investissements et de quel développement parle cette élite, ajoutant qu’il n’est pas possible d’attirer l’investissement et ni même contracter des crédits, car il ne faut pas compter sur l’Europe ni sur les Etats-Unis. En revanche, il y a d’autres pays importants comme la Turquie qui peuvent accorder à la Tunisie les crédits dont elle a actuellement besoin, outre le Japon et la BAD.

Le penseur tunisien affirme que la sécurité doit être rétablie, car elle détermine le processus de développement, lequel nécessite des années pour créer des entreprises et lancer des usines, alors que « nous avons sur les bras un million de chômeurs, et il est indispensable que nous leur accordions des indemnités, comme c’est le cas en France ». Il propose d’emprunter auprès des chefs d’entreprises tunisiens, car « les hommes d’affaires ont de l’argent », ajoutant que, du temps de Ben Ali, les hommes d’affaires contribuaient aux campagnes présidentielles par d’énormes concours financiers de peur de s’attirer les foudres du président déchu.

Précisant sa pensée, Hichem Djaïet a indiqué que l’emprunt auprès des hommes d’affaires locaux ne signifie nullement que l’Etat prenne de force les fonds à leur disposition, mais que cet argent lui soit accordé à titre d’emprunt pour être remboursé ultérieurement à un faible taux d’intérêt. Ce faisant, les hommes d’affaires voleraient au secours du pays, et ceci sert leurs intérêts par le biais, entre autres, de la stabilisation de la situation laquelle ne pourra être menée à son terme qu’après la distribution des allocations de chômage et l’intégration d’une partie des sans emploi dans certaines entreprises publiques comme la Compagnie de phosphate de Gafsa, même si cela se traduira par des pertes pour ces entreprises. Quant à la facture que coûtera cette proposition, Hichem Djaïet affirme que la facture sera payée par le prochain gouvernement ainsi que par le peuple, car, conclut-il, l’endettement est dans l’ordre normal des choses, et tous les pays du monde sont endettés.

Mohamed Lahmar

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