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L’ancien ministre des Finances

L’ancien ministre des Finances, Houcine Dimassi a accordée à Africanmanager une interview dans laquelle il a fait remarquer que la rupture des échanges économiques et financiers avec la Libye n’est pas un phénomène nouveau, estimant, cependant, que l’actuelle rupture est beaucoup plus préoccupante car elle risque de durer beaucoup plus longtemps.

S’agissant de la totale fermeture des frontières avec la Libye, il a indiqué que cela constitue à son avis une très grave erreur politique et en fin de compte sociale et économique. Cette façon de gérer la crise est inacceptable d’abord pour des raisons humanitaires : fermer les frontières à des humbles civils qui fuient désespérément les terreurs de la guerre civile, revient à les exposer à des risques meurtriers. Interview :

La situation en Libye n’a de cesse de se dégrader, quels effets sur la Tunisie, notamment au niveau économique?

Les graves turbulences qui secouent actuellement la Libye auront certainement des impacts négatifs sur notre économie. En temps normal, la Libye constitue l’un de nos principaux partenaires en matière d’échanges économiques et financiers. En 2012, les recettes de paiements extérieurs provenant de ce pays ont atteint la consistante somme de 2 716 millions de dinars dont notamment 1 348 millions de dinars au titre des exportations de marchandises, 592 millions de dinars au titre des recettes touristiques, et 552 millions de dinars à celui d’opérations en capital et financières. Plus significatif encore est le solde positif des paiements extérieurs avec ce pays en faveur de la Tunisie ayant atteint en 2012 la coquette somme de 2 117 millions de dinars.

La rupture des échanges économiques et financiers avec la Libye n’est pas un phénomène nouveau. A cause de conflit purement politique avec Kadhafi, notre pays a eu à subir les méfaits de cette rupture surtout durant les périodes 1976-1981 et 1984-1987. Cependant, l’actuelle rupture est beaucoup plus préoccupante car elle risque de durer beaucoup plus longtemps. La guerre civile qui menace sérieusement notre voisin pourrait aussi le fragmenter en plusieurs principautés difficiles à contracter avec des durables et consistants échanges économiques. Bref, la perte de ce précieux partenaire risque de devenir structurelle alors qu’elle était auparavant conjoncturelle. Cette tendance dramatique pourrait rendre encore plus complexes nos actuelles difficultés économiques dont notamment l’ampleur sans précédent de notre déficit extérieur.

Le ministre des Affaires étrangères a évoqué la possibilité de fermer les frontières avec la Libye, vous êtes avec cette décision?

La totale fermeture de nos frontières avec la Libye constitue à mon avis une très grave erreur politique et en fin de compte sociale et économique. Cette façon de gérer la crise est inacceptable d’abord pour des raisons humanitaires : fermer les frontières à d’humbles civils qui fuient désespérément les terreurs de la guerre civile revient à les exposer à des risques meurtriers certains, d’autant plus que l’Egypte a déjà cloisonné ses frontières avec ce pays. Ensuite, il ne faut pas oublier que des milliers de Tunisiens sont encore en Libye. En cas de fermeture totale des frontières, ces derniers pourraient être victimes d’actions de vengeance et- de représailles. De même, la fermeture des trois points douaniers avec la Libye pourrait favoriser les infiltrations anarchiques à travers des centaines de kilomètres frontaliers qu’il est difficile, voire impossible de contrôler. Enfin, des décisions de ce genre doivent prendre en considération nos futures relations avec ce voisin qui demeure malgré tout vital pour nous. Les peuples oublient rarement ceux qui les ont trahis en périodes de menaces meurtrières. En tout cas, malgré le dur coût à supporter, notre pays a toujours ouvert ses frontières à nos voisins en périodes difficiles : pour nos frères algériens pendant la guerre de libération, et pour nos frères libyens pendant le conflit avec les italiens et la révolte contre Kadhafi.

Qu’est ce que vous proposez comme solution à cette crise ?

Evidemment par les temps qui courent, la gestion de cette crise n’est pas aisée. Notre contexte interne est lui aussi anormal sur tous les plans : politique, sécuritaire, social, et économique. De grandes vagues de réfugiés libyens, qui s’ajoutent aux précédentes, pourraient rendre la tâche pour nos gouvernants plus dure et compliquée (sécurité, compensation, éducation, santé, logement, etc.). Mais fermer les frontières sans discernement génère pour notre pays, actuellement et aussi dans le futur, de graves menaces et défis. La moins mauvaise solution consiste à laisser les frontières ouvertes et à serrer le contrôle aux trois points douaniers, surtout à celui de Ras Jdir, l’objectif étant de limiter au maximum l’infiltration des armes et aussi et surtout des terroristes. Pour rendre l’accueil des réfugiés libyens gérable, il est nécessaire cette fois-ci de faire appel, du moins momentanément, à l’aide extérieure (pays étrangers à l’aise financièrement et organisations internationales.). Tout seul, notre pays ne serait pas en mesure d’affronter ce défi, et ce pour plusieurs raisons dont notamment nos difficultés budgétaires et nos insuffisances en logements.

Khadija Taboubi

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