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Jalloul Ayed, Finances, Tunisie

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Bruits de bottes et de chaussons commencent à se taire dans la Tunisie de l’après Ben Ali. Et si  l’on commence dans certains ministères à faire les comptes de la révolution, on commence aussi à y préparer les scénarios de sortie de crise, toute révolution n’étant une réussite que par une bonne sortie économie qui remettrait le pays sur pieds pour en faire le vrai exemple pour tous ceux qui penseraient à chasser les tyrans et les despotes, même éclairés, dirait un révolutionnaire qui l’est tout autant.

En Tunisie et plus précisément au ministère des Finances, le temps est ainsi au travail. Le nouveau ministre, Jalloul Ayed, technocrate certes, mais très bon connaisseur du domaine financier le dit : «Je ne suis pas venu  pour être un simple teneur de plume ou de la comptabilité nationale, mais surtout, pour faire un état des choses, étudier la situation dans quelques secteurs et puis  travailler sur quelques réformes à laisser en recommandation pour le prochain gouvernement qu’il appliquera ou rejettera, selon sa prochaine orientation politique». Et d’ajouter encore, en bon technocrate, dans un entretien pour Africanmanager, que «ce passage vers la démocratie que vit la Tunisie est quelque chose d’exceptionnel  [Ici, on ne fait pas de politique. Mon seul parti, c’est mon pays, dit-il]. Mais il faudrait qu’on se penche très rapidement sur la question économique et financière, condition sine qua none pour la réussite de la transition, car la démocratie, toute seule, ne fait pas manger du pain».

Un déficit budgétaire attendu de 5 % et pas d’augmentation du prix des carburants.

Pour l’instant, le ministre Jalloul Ayed travaille, certes dans l’urgence, mais pas que cela. «Le plus grand challenge maintenant, c’est  de répondre aux pressions sociales, notamment en termes de salaires, de compensation et de coût de réparation des dégâts pour les entreprises. Mais cela, tout en gardant les équilibres budgétaires pour les maintenir dans des proportions « manageables » et surtout ne pas compromettre l’avenir et ne pas léguer au prochain gouvernement un déficit t ou des charges qui deviendraient trop lourdes à gérer», précise-t-il. Son objectif en matière de déficit budgétaire est qu’il ne dépasse pas 5 %. Ce chiffre s’explique par «les pressions que nous avons subies , dont essentiellement l’impact de la Révolution et de la conjoncture régionale sur l’économie » qu’il  estime jusque là à 2,3 milliards DT.

Entretemps, vient l’effet  de l’augmentation du prix international du pétrole sur la Caisse générale de compensation. Un impact de 920 MDT, dont 400 MDT pour les carburants et où chaque dollar supplémentaire coûtera 23 MDT additionnels à la Caisse.  «On n’est pas encore alarmiste et nous gérons en suivant la situation », dit le ministre qui reste optimiste et affirme même que «la Tunisie n’est pas aujourd’hui, comme le disent certains, dans une situation de désespoir ou de panique. On n’est pas dans une situation de cessation de paiement, ni dans l’immédiat, ni dans le moyen terme, et je vous affirme que cela ne sera pas le cas. On est très calme, on prépare des lignes stand-by sur lesquelles on peut tirer et on se prépare à tous les scénarios possibles». Cela explique donc l’absence de toute augmentation des prix des carburants en local dans l’immédiat. «Ce n’est pas à l’étude, cela dépendra des autres sources de pression sur le budget », affirme même Jalloul Ayed qui  annonce, à   l’occasion, la bonne nouvelle des recettes fiscales qui, jusqu’aux 2 premiers mois de l’année, n’ont baissé que de 10 % ».

Se pose alors, en face de ce déficit budgétaire, la question de son financement. Réponse : « Ce sera sur le marché de la dette locale, par les ressources spéciales auprès de la BM, de la BEI et de la BAD et en actionnant les lignes des garanties ».  Le ministre tunisien des Finance, qui assure qu’il «gère jusqu’ici dans des proportions maîtrisées », exclut toute sortie sur les marchés financiers  internationaux avant la fin de cette année, et cela  si les conditions macro-économiques s’améliorent, quand  les agences de notations réviseront à la hausse leurs notations et si les conditions de marché s’améliorent aussi. «Le montant dépendra de l’appétit du marché et de nos besoins propres », nous précise-t-il.

Des mesures urgentes pour le retour de la confiance chez les investisseurs.

Pour l’instant, la priorité du ministre et du gouvernement transitoire, c’est les régions. «Le développement économique a été inégal en Tunisie et le débat qui se pose maintenant doit porter sur  quel modèle économique adopter pour redistribuer la richesse et les opportunités et réduire ce gap », explique-t-il. Pour lui, «l’approche doit être repensée. On est en train d’essayer de donner des éléments de réponse et on va initier quelques mesures dans ce sens, car chaque jour compte pour nous ».

Dans quelques jours donc, de nouvelles  mesures devraient être annoncées «pour réactiver l’économie dans les régions  les moins développées », annonce le ministre tunisien des Finances. Ces mesures comprennent des incitations fiscales pour redynamiser l’investissement. «On est en train de [à ce propos] repenser le rôle  de la micro finance et la micro assurance en revoyant le cadre réglementaire et incitatif dans lequel évoluaient ces structures dans les régions, de redéfinir  le rôle des Sicars et du private equity, avec l’idée d’accompagner les petites entreprises pour leur  donner de meilleures  conditions de succès, et cela en coopération avec les opérateurs en place, assurer une meilleure proximité aux promoteurs dans les régions ». Le ministre Ayed indique ainsi avoir déjà donné instruction à la BFPME pour mener une étude assez approfondie pour créer  de pôles bancaires au niveau de trois régions de Gafsa, Sidi Bouzid et Kasserine et de créer une synergie entre la BTS et la BFMPE. «On va annoncer une batterie de mesures en incitations fiscales, améliorées par rapport à ce qui existait et accordées pour toute l’économie », dit-il. 

Optimiste jusqu’à dire qu’il existe  «une chance inouïe de faire de la Tunisie le Singapour de la Méditerranée » et qu’elle est «capable de devenir un paradis sur terre », affirmant même que «ce n’est pas un optimisme béat, et je ne l’aurais pas dit, si je ne le croyais pas ». Jalloul Ayed reste quand même réaliste. «O n ne peut pas préjuger de la réussite de telles mesures, mais notre devoir en tant que ministère des Finances, c’est de fournir  à l’investisseur les conditions les plus optimales qu’on puisse supporter au niveau du budget, rétablir la confiance et ouvrir une nouvelle fenêtre pour l’investissement ». Le ministre indique ainsi s’être déjà  réuni plusieurs fois avec quelques hommes d’affaires clés pour les écouter, les tranquilliser et leur dire que le gouvernement  est avec eux. Même chose avec les institutions financières internationales, «et pas plus tard qu’hier (le jeudi 11 mars 2011), j’ai parlé avec la sous-secrétaire du trésor américain, les gens de la BEI viendront prochainement, ceux de la Banque mondiale et de la Bad aussi »

A suivre : Le «Plan Marshall  tunisien pour les Tunisiens.

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