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Lotfi Zitoun, Ennahdha, Nidaa Tounes,

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Un collègue avait dit de lui que c’est un homme dangereux. Nizar Bahloul n’avait pas tort. Dans une toute récente interview au journal La Presse de Tunisie du 13 septembre 2012

Un collègue avait dit de lui que c’est un homme dangereux. Nizar Bahloul n’avait pas tort. Dans une toute récente interview au journal La Presse de Tunisie du 13 septembre 2012, le conseiller politique de Hammadi Jbali a manifestement disjoncté, comparant le courant islamiste aux juifs, ceux [une partie du peuple tunisien au moins] qui les «persécute», à Hitler et parle à deux reprises d’holocauste et de «Mahraka». On avait dit de certaines de ses dernières déclarations qu’elles signaient un certain repli et un certain retour à la raison. Il n’en est apparemment rien au regard de ses derniers propos sur les colonnes du quotidien tunisien La Presse même s’il dira, comme l’on s’y attendait, que ses propos ont été retirés de leur contexte.

Cette interview est, à bien des égards, terrifiante, et on n’osera pas dire que Lotfi Zitoun est le pur produit d’un parti qui gouverne la Tunisie et applique le fameux adage : «j’y suis, j’y reste». Certains passages de cette interview appellent cependant quelques remarques.

– L. Zitoun le dit. Ennahdha a peur de Nidaa Tounes et du retour des anciens RCDistes, même plus blancs que blanc.

Questionné sur le mouvement de la jeunesse nahdhaouie «Ikbis», il en explique ses raisons d’être. «Il y a la résurgence des RCDistes, même au niveau de la base dans des régions isolées, ce qui a créé un sentiment de peur. Et quand il y a un grand corps politique, Nidaa Tounes qui exprime, bon gré mal gré, et selon l’appréciation générale, une volonté d’unification des rangs des RCDistes dans une nouvelle mise en scène, les jeunes ont réagi. C’est ce qui s’est passé dans certains pays de l’Europe de l’Est, d’ailleurs. Certains anciens partis ont injecté une nouvelle élite qui ne s’était pas compromise et de grandes compétences ont pu renaître». L’homme politique, manifestement de l’aile droite du parti Ennahdha, refuse ainsi toute résurgence d’un courant politique qui avait pourtant, même s’il a par la suite changé de nom et de pratiques, débarrassé la Tunisie du colonisateur. Un refus sans concession, quand bien même ce parti ferait sa propre purge !

Manifestement aussi maladroit, il ne se retient pas de dire la peur d’Ennahdha des RCDistes et des Destouriens et refuse qu’ils retournent à la vie politique, quels que soient les efforts de purge qu’ils pourraient faire. Cette confession de peur n’est-elle pas aussi un aveu d’impuissance ?

– Ikbis, 2ème révolutionnaire ou contre-révolutionnaire ?

De l’action d’Ikbis dont il ne nie pas être le père spirituel [du moins ne rectifie-t-il pas lorsque la journaliste lui demande s’il n’en est pas l’instigateur], Lotfi Zitoun dit qu’ils «ont commencé par faire pression et peuvent partir un jour vers d’autres horizons politiques s’ils ne sont pas satisfaits. Leurs objectifs font partie de notre programme. «Ikbis» exprime une nouvelle humeur de révolte chez les jeunes islamistes, et je répète, il ne faut ni les diaboliser ni les affronter, sinon, ils iront vers des courants radicaux. Il faut savoir les accueillir au lieu de les rejeter».

Et le conseiller politique du chef du Gouvernement tunisien d’ajouter, dans une menace à peine voilée, que «(…) Je répète si cette jeunesse désespère de l’expérience tunisienne, il n’y aura plus de transition démocratique, car cette jeunesse peut basculer dans la violence. La Tunisie deviendrait l’un des centres d’Al Qaïda ». Plus menaçant que cela, on ne peut plus !

– L’homme compare les islamistes aux juifs et ceux qui «les persécutent» à Hitler !

Revenant ensuite sur son démenti qu’il nous a communiqué au téléphone, Lotfi Zitoun revient sur l’affaire de sa chaîne TV affirmant que «Mme Zitoun a une autorisation de télévision et non pas une chaîne ». Il compare ainsi les recherches journalistiques à son propos à de la persécution. Il va ensuite plus loin. «Cette façon de perpétuer la persécution donne un alibi à la violence. (…) Cette diabolisation des islamistes me fait penser aux juifs qui sont très susceptibles à tout sentiment antisémite.

«(…) Ce discours ambiant pousse les islamistes à se défendre et à réagir. Le sentiment de persécution est très destructeur. Un imbécile a posté sur la page de Nidaa Tounes que si jamais ils reprenaient le pouvoir, les islamistes seraient jetés en prison. Je vous certifie que ce sera le slogan de la prochaine campagne d’Ennahdha. Les islamistes ne permettront plus jamais un autre holocauste. Il ne faut pas pousser le pays vers la violence, vers une nouvelle «mahraka» (holocauste).Les jeunes n’accepteront jamais de subir ce que nous avons subi ».

– La menace qui ne cache même pas son nom !

Et lorsque la journaliste de La Presse de Tunisie lui demande si c’est une menace, Zitoun ne dit pas que non, mais précise que « je suis en train de dire ce qui pourrait arriver. Cette diabolisation des adversaires pousse à la violence ». Il va toujours plus loin, menaçant de ce qui est arrivé en Algérie, lorsque le FIS (Front Islamique du Salut) avait été obligé de quitter le pouvoir. «Nous avons observé l’expérience algérienne. Quand la transition démocratique a échoué, qu’est-ce que ça a donné ? J’y ai vécu après le coup d’Etat et j’ai vu de mes propres yeux des tragédies. 200 mille Algériens ont péri » et de terminer sa phrase portant cette menace, plutôt directe, que «les armes sont à côté, en Libye, au Mali…. ». Dans l’orthographe française, les trois points de suspension marquent la fin d’un énoncé alors que la phrase n’est pas complète ; cela indique au lecteur que la phrase précédente aurait pu être poursuivie !

Et le ministre conseiller [ndlr : il a évoqué dans l’interview que le fait de ne pas être ministre, l’absout de la déclaration de ses biens !], de finir ses propos, encore menaçants, en se disant «prêts à signer demain notre sortie de la politique totalement avant qu’un seul Tunisien ne périsse. (…) Mais je répète, il ne faut pas pousser ces jeunes au désespoir». A bon entendeur, salut ?

Khaled Boumiza.

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