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Il est agronome de formation, fils d’un agriculteur et qui s’était essayé, en 2011, au syndicalisme agricole où il a été membre du comité exécutif de l’UTAP. Il quitte l’organisation syndicale agricole, lorsque son ami de classe lui propose le fauteuil de secrétaire d’Etat à la Production agricole qui le mènera vers celui de ministre du Commerce.

Jeune Quadra, Omar Béhi maîtrise manifestement son dossier, suit la mercuriale, et connait bien ses chiffres et récite, avec précision, les performances du secteur dont il a la charge et reste dans les pas de son chef, Youssef Chahed, qui se montre franchement optimiste sur le développement de l’économie. Avec lui, Africanmanager a parlé des nouveaux chiffres du commerce extérieur, de l’inflation et… des voitures. Interview :

Les premiers chiffres, officiels mais non encore publiés par l’INS, indiquent une nette amélioration des échanges commerciaux de la Tunisie, avec une hausse de 39 % des exportations et de 25,5 % des importations et une amélioration de 7 points du taux de couverture. Comment expliquez-vous ces chiffres du 1er mois de 2018 et sont-ils conjoncturels ou constituent-ils un véritable trend qui s’installe ?

Les chiffres sont clairs. Ils indiquent une hausse de 39,4 % des exportations qui ont atteint 3,1 Milliards DT. Elles proviennent des 3 grands postes qui sont les IME où on est passé de 950 MDT à 1,270 Milliards DT, le textile où nos exportations sont passées de 500 à 750 MDT et des produits alimentaires, huile et dattes, où on est passé de 250 à 500 MDT. Une hausse sensible d’une moyenne de 250 MDT par produit et c’est de bon augure pour l’année 2018 qui sera, on l’espère, une bonne année pour l’exportation.

Pour les exportations, quelle est la tendance selon les chiffres dont vous disposez et les carnets de commandes dont vous avez certainement connaissance ?

Nous tablons sur une hausse de 20 % pour 2018, pour atteindre les 50 Milliards d’exportation en 2020, à travers les mêmes trois moteurs de l’exportation que sont le textile, les IME et l’agroalimentaire.

Il y avait le secteur des mines, qui est désormais à l’arrêt avec les grèves qui reprennent de plus belle en 2018. On se demande jusqu’où et combien les exportations vont pouvoir tenir sans l’apport de l’industrie phosphatière ?

Le secteur du phosphate est effectivement à l’arrêt. Nous sommes en pourparlers pour essayer de trouver un accord. Le ministre et le Secrétaire d’Etat y travaillent d’arrache-pied. J’estime, à ce sujet, qu’il faut un peu de bon sens pour tout le monde. Le secteur a en effet beaucoup recruté. Depuis 2011, le Groupe Chimique qui employait 9.000 personnes en compte maintenant 26.000. En 2010, on produisait 8,5 millions de tonnes par an. En 2017, on a à peine dépassé les 3 millions de tonnes en 2017. La baisse est importante. Cela a un impact négatif, alors qu’il pourrait aider à la reprise dont on voit désormais les prémices.

En face, vous ne maitrisez pas totalement l’évolution des importations

Ce qui est bien, c’est qu’on a déjà inversé la tendance. Désormais, les importations augmentent à un rythme moindre que celui des exportations. Il s’en est suivi une amélioration du taux de couverture. On est ainsi passé de 64 % en janvier 2017 à pratiquement 72 % en janvier dernier. Je voudrais faire noter que le taux de couverture s’est amélioré de 10 points chez les entreprises du régime général ou on-shore. Je noterais aussi que la baisse des importations n’a pas touché les matières premières et les semi-produits qui sont nécessaires pour l’industrie et l’export. Les mesures que nous avions prises, il y a quelques mois, depuis octobre 2017, pour la maitrise des importations et qui étaient derrière cette baisse des importations ont touché les produits finis et des produits non-essentiels, ainsi que la déclaration du pays origine de l’importation. Tout cela a participé à la baisse des importations et même contribué à une relative stabilisation du cours du DT au cours des trois derniers mois et n’a pas dépassé la barre symbolique des 3 DT pour 1 € et c’est une bonne chose. J’insiste pour dire que nous ne sommes pas pour l’interdiction des importations et que nous pensons que la meilleure façon d’améliorer la balance commerciale, c’est de booster l’exportation. Les exportations s’améliorent donc et si cela continue, que les réserves en devises s’améliorent et que la situation générale de l’économie s’améliore, nous pourrions même revoir les mesures prises pour limiter les importations et même les abandonner.

L’autre ratio qui échappe toujours au contrôle, du gouvernement et du ministère du Commerce, c’est celui de l’inflation. La Tunisie avait terminé 2017 avec 6,4 % et il paraitrait qu’en janvier elle atteindrait un nouveau pic de 7 % !

Pour l’inflation de janvier 2018, le chiffre officiel de l’INS indique une inflation 6,4 % et c’est logique avec l’augmentation de 1 % de la TVA qui a un impact de 0,8. L’inflation n’est pas supérieure à 7 % et c’est déjà une bonne chose, grâce au travail des équipes de contrôle au rythme d’une campagne par semaine depuis janvier.

Désormais, nous sévissons par la loi qui nous permet de fermer les boutiques des contrevenants et les empêcher de s’approvisionner en denrées subventionnées. Nous avons pris 40 décisions de fermeture et 40 décisions d’interdiction d’approvisionnement pour des grossistes notamment au cours du seul mois de janvier.

L’inflation est d’abord un effet de manque de production et de baisse de productivité. Cela, sans oublier l’inflation importée par la dépréciation du DT. Stabiliser le Dinar, comme on le fait maintenant, augmenter les exportations comme on y réussit et d’essayer la productivité du travail.

Les prix n’ont pour autant pas baissé, puisque l’inflation continue sa hausse !

Je ne suis pas d’accord. Les prix des fruits et légumes ont baissé. Celui de la tomate, par exemple, a baissé de 55 % par rapport à l’année dernière, celui du piment a baissé entre 35 et 50 %, celui des petits pois de 35 %, celui des œufs et de la viande de poulet est stabilisé, celui des viandes rouges a légèrement augmenté et on essaie de réguler avec l’importation.

D’où vient donc la hausse de l’inflation ?

Je n’ai pas dit qu’il n’y a pas d’autres augmentations, comme celui des produits industriels sous l’effet de la loi de finance et l’augmentation des prix de l’énergie. Il y a aussi l’inflation importée. Nous ne sommes pas bras croisés. Nous sommes actifs et réactifs, par le contrôle et l’importation régulatrice. Nous manquons cependant d’effectif, puisque nous ne disposons que de 400 contrôleurs sur le terrain pour tout le pays.

Le chef du gouvernement avait rencontré, il y a quelques semaines, les premiers responsables des grandes surfaces. Est-ce que vous avez pu remarquer une baisse des prix de leur part ?

L’effort, en matière de baisse des prix, est à fournir sur toute la chaîne de distribution, de l’agriculteur aux commerçants. Pour les grandes surfaces, il faut qu’elles maîtrisent à fond leurs marges, sinon on risque d’avoir des tensions inflationnistes et elles font des efforts. Nous leur avons demandé, par exemple, pour les fruits et légumes d’appliquer une marge maximale de 15 % à partir de la mercuriale de Bir El Kassaa (Marché de gros de Tunis), et ils le font. Nous leur fournissons aussi de la viande importée pour une vente à 17 DT pour la viande désossée et 11,7 DT le Kilo pour la viande non-désossée. Elles s’y tiennent et nous restons en discussions avec elles.

Nous apprenons que la stratégie du gouvernement, en matière de prix, est d’aller vers la vérité des prix avec un meilleur ciblage des aides aux plus démunis. Confirmez-vous cette démarche ?

Il s’agit en fait de faire un meilleur ciblage de la compensation et de revaloriser en même temps les prix. Il ne s’agit pas d’aller directement vers la vérité des prix. Les prix augmenteraient alors, beaucoup et dans un court laps de temps et ce n’est pas notre objectif.

Il y a actuellement un travail d’identification des cibles prioritaires de la compensation, par le ministère des Affaires sociales. Nous savons par ailleurs qu’il y a 250 mille familles nécessiteuses, 750 milles personnes bénéficiant déjà du ticket réducteur de la CNAM, ce qui fait déjà un peu plus de 2 millions de personnes, mais nous ciblons une population plus large, avec un ciblage plus équitable, pour la distribution directe de la compensation en prévision de la revalorisation des prix.

De combien pourrait être le montant de cette compensation directe ?

C’est en moyenne 100 DT par habitant à l’échelle de la Tunisie. Tout le pays n’étant pas que des nécessiteux, la compensation directe par personne sera nettement supérieure à ce montant et nous voudrions débuter cette opération en 2018 pour les produits de 1ère nécessité, comme le pain, l’huile, le sucre, le lait, le thé, le café et les pâtes alimentaires. Une fois terminé le ciblage, les prix de ces denrées pourront être revalorisés.

Certaines études tunisiennes vous déconseillent pourtant ce système et alertent sur une possible explosion sociale si vous mettez en exécution…

Nous planchons, pour l’instant, sur tous les scénarios en coopération avec les organisations nationales, pour choisir la meilleure solution pour réformer un système de compensation qui a démontré ses limites.

Beaucoup aussi en veulent au ministère du Commerce, pour la multiplication des Franchises, jugées comme étant un gaspillage de devises par les Fees qu’elles génèrent et comme danger pour le petit commerce.

Il y en a en fait une trentaine et j’ajouterai que beaucoup sont libres, comme pour l’habillement, ne sont pas sujettes à autorisation. Dans une logique de libre-échange, il y a des règles de jeux qu’on se doit de respecter aussi. Celles des produits agroalimentaires sont sous autorisation. Mais importer une marque est aussi une marque de notoriété pour les étrangers et les touristes et cela existe un peu partout dans le monde. Il est vrai aussi que la franchise n’est pas toujours un signe de réussite. Certaines ont même fermé, même dans l’alimentation.

Si on est dans une logique de libre-échange, pourquoi alors le ministère du Commerce astreindrait-il les concessionnaires automobiles à un quota annuel d’importation avec toute une administration qui y est consacrée ?

Les importations de voitures représentent un montant annuel de quelque 1.400 MDT dans le circuit officiel. Ce n’est pas peu et c’est en devises. C’est aussi une consommation qui impacte l’épargne, sur l’inflation et sur l’économie tunisienne en général. A travers ce système de limitation de l’importation, en fonction de l’historique et des ventes de chaque opérateur, nous essayons juste de maitriser ces dépenses en devises. Et d’ailleurs, cette distribution se fait par les concessionnaires eux-mêmes à travers leur Chambre syndicale. Il y avait, avant 2010, un système de compensation. Il nous faut un système d’équilibre pour nos importations. D’ailleurs, l’augmentation du nombre des concessionnaires n’est pas une bonne chose sans valeur ajoutée pour le pays. Et je suis dans une logique d’encouragement à ceux qui font de la valeur ajoutée. Il faut faire un lien et pourquoi-pas penser à rétablir le système de la compensation. Nous y pensons, bien qu’il ait des procédures à voir avec l’OMC, mais je pense que c’est la bonne solution.

Vous dites que vous voulez diminuer l’importation des véhicules. Vous fermez pourtant toujours les yeux devant le marché parallèle dans ce domaine et qui ne représente pas peu !

Il y a en fait entre 15 et 16 mille qui entrent par la voie des systèmes, du RS et du FCR. Il y a une orientation, chez le gouvernement, de revoir tout cela et de mieux contrôler le FCR.

Khaled Boumiza

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La maitrise des ressources humaines et la réduction de la pression exercée sur la fonction publique, sont autant de défis qui n’auront pas d’incidence sur la qualité des services présentés aux citoyens et ne peuvent pas nuire à l’administration, a affirmé Fadhila Dridi, Directrice générale de la fonction publique dans une interview accordée à l’agence TAP.
Face à l’important recrutement réalisé depuis 2011, il est question de veiller à la bonne gestion des ressources humaines et au redéploiement des effectifs en cas de besoin afin de pallier le manque dans certaines administrations, a-t-elle indiqué.
Selon Dridi, passer de 450 mille fonctionnaires en 2011 à 640 mille à l’heure actuelle a eu un impact négatif sur la fonction publique et le cout des salaires, de manière amenant le gouvernement à opter pour la maitrise de l’augmentation des effectifs et la réduction du montant des salaires de 14% dans le produit intérieur brut (PIB) à 12.5% à l’horizon 2020.
“La Tunisie arrive en tête des pays dont la masse salariale est élevée, ce qui a conduit le gouvernement à s’employer à réduire ce pourcentage à travers la limitation des recrutements et des promotions”, a argumenté la Directrice générale.
“La période transitoire et la satisfaction des revendications sociales qui s’en sont suivies ont miné en grande partie les efforts consacrés à la réforme du secteur de la fonction publique”, a-t-elle fait remarquer, précisant que le nombre total des fonctionnaires s’élève à 640 mille tandis que le nombre de départs à la retraire n’a pas changé par rapport au passé : entre 5 mille et 10 mille.

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La présidence du gouvernement prendra des mesures exceptionnelles et draconiennes pour maîtriser les dépenses de fonctionnement et réduire celles des rémunérations.

Dans un document officiel cité par hebdomadaire Assabah Ousbouii, l’accent est mis sur les mesures relatives aux primes et indemnités avec une réduction des primes des heures supplémentaires et à la rationalisation de la prime de rendement qui sera liée effectivement aux prestations livrées.

De même, la présidence du gouvernement a décidé de prendre des mesures exceptionnelles concernant essentiellement l’arrêt des recrutements à l’exception de ceux des diplômés des  écoles de formation , la réduction du nombre des élèves des établissements de formation  et le non recours au remplacement des fonctionnaires ayant fait valoir leur droit à la retraite, outre la décision de ne pas pourvoir à la vacance des postes due à la démission de leurs titulaires, leur décès ou leur détachement.

Selon le document de la Primature, la masse salariale devra être ramenée à 12% du PIB à l’horizon 2020 contre 14% actuellement.

Il est à rappeler à cet égard que la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, avait vivement critiqué, lors d’une réunion tenue en présence du gouverneur de la Banque centrale de Tunisie et du ministre des Finances, à l’occasion de sa dernière visite en Tunisie, l’augmentation de la masse salariale dans le pays qui compte parmi les plus élevées au monde, comme elle avait reproché au gouvernement de ne pas avoir utilisé les fonds induits par la baisse des cours mondiaux du pétrole à des fins d’investissement mais pour augmenter les salaires dans la fonction publique.

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