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Noura Laaroussi, ANME

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Noura Laaroussi

Noura Laaroussi, directrice générale de l’Agence Nationale de la Maitrise de l’Energie (ANME) considère que l’absence d’un cadre règlementaire adéquat demeure le principal obstacle qui freine encore le développement des énergies renouvelables. Aussi le gouvernement est-il appelé à intervenir pour inciter les investisseurs à s’implanter en Tunisie afin de produire l’électricité et la vendre à la Steg. Interview :

Quelles sont les préoccupations de l’Agence Nationale de la Maîtrise de l’Energie ?

En ce qui concerne le développement des énergies renouvelables, le principal obstacle rencontré est d’ordre réglementaire. Notre règlementation ne permet pas aux investisseurs privés de s’implanter en Tunisie afin de produire l’électricité et la vendre à la Steg.

De même, la loi 2009 permettant la réduction de la consommation de l’énergie dans les entreprises reste une loi ambiguë qui manque de clarté. On n’a pas pu la mettre en application comme il se doit. C’est une question de relation entre les producteurs, la Steg et les entreprises qui consomment l’énergie.

En tant qu’ANME, en collaboration avec la Steg, la direction générale du ministère de l’industrie et les autres ministères, on a beaucoup travaillé sur le cadre règlementaire. D’ailleurs, on a préparé un projet de loi qui clarifie la loi 2009 concernant l’autoproduction dans une première partie. La deuxième partie de cette loi vise à encourager les producteurs privés à produire les énergies renouvelables qu’ils vendent à la Steg qui détient le monopole de la distribution et la commercialisation. La troisième partie concerne l’encouragement à la production de l’énergie renouvelable destinée à l’exportation.

Pourquoi on encourage ce processus ?

Les tarifs des énergies renouvelables en Europe sont très élevés, ce qui permet de compenser en quelque sorte le coût des énergies renouvelables produites pour le marché local afin d’essayer d’éviter une partie de la subvention de l’Etat.

On peut dire que le projet de loi est prêt. Cependant, il ne s’agit pas de promulguer une loi, il faut prendre les mesures nécessaires surtout celles techniques. Quand on va encourager l’investisseur privé à produire l’électricité, il va falloir fixer du seuil de production, de puissance pour l’énergie photovoltaïque qui devient plus au moins rentable, l’énergie éolienne et le CSP.

A indiquer que le seuil de production sera fixé en fonction de l’acceptation par le réseau de la Steg de cette production de l’énergie renouvelable. Le réseau de la Steg est pratiquement saturé, et ceci nécessite un renforcement, une extension et une adaptation aux énergies renouvelables.

C’est le travail que la Steg est en train d’effecteur pour nous dire, à moyen terme, quels sont les sites ou on peut implanter les projets de production des énergies renouvelables qu’on injecte directement sur le réseau. D’autre part, la Steg doit gérer de manière intelligente le réseau. Il y a l’énergie électrique provenant du gaz, l’énergie renouvelable qui est intermittente, notamment l’énergie éolienne. Donc, il s’agit d’un savoir-faire que la Steg doit l’avoir d’ici quelques temps pour pouvoir gérer son réseau et l’intermittence.

Un autre aspect sur lequel on est en train de travailler, celui l’aspect du coût de l’énergie. Actuellement, l’énergie éolienne est rentable et il n’y a pas de problème, juste la détermination des sites.

Pour l’énergie photovoltaïque, on aura la parité des réseaux, d’ici 2016, et il n’y a pas de problème à cet égard. Reste le CSP, le coût de production de kilowatt/heure est encore élevé, il revient un peu plus que deux fois une énergie électrique provenant du gaz. Nous allons commencer à préparer le dossier, mais le démarrage de la réalisation des projets ne commenceront qu’à partir 2020.

Pratiquement, tous les travaux sont prêts, il reste la décision du gouvernement concernant les objectifs qui émergent des différentes études menées par l’ANME.

Pour l’énergie renouvelable, on a fixé comme objectif un taux estimé à 30%, d’ici 2030, composé de l’éolien, du photovoltaïque et de CSP. L’Etat doit valider cet objectif en donnant les moyens nécessaires à la Steg pour le renforcement de son réseau afin de suivre ce processus.

Y a-t-il des concertations actuellement avec le gouvernement pour qu’il agisse rapidement ?

Nous avons fait participer le ministère de l’Industrie aux différentes étapes de travail.

Avec ce nouveau ministre et ce nouveau secrétaire d’Etat, le ministère est sensibilisé au problème du déficit énergétique, sachant qu’on s’attend à un déficit important d’ici très peu de temps. On les a sensibilisés sur le fait qu’on doit agir rapidement au niveau du cadre réglementaire. On s’est mis d’accord sur une échéance jusqu’au fin juin pour l’adoption de ce cadre réglementaire. C’est une échéance qui nous permet de faire en sorte que les textes soient prêts.

Au niveau projet, la priorité sera donnée aux photovoltaïques, au privé et à la Steg. Et c’est le rôle de la Steg, étant donné qu’elle a le monopole du réseau. Elle est appelée à faire toutes les études nécessaires de manière à accompagner la mise en place des énergies renouvelables. S’il y a un échec au niveau de la mise en place des projets de renouvelables, ce sera à cause du réseau de la Steg.

Parlons du secteur privé, avez-vous à une stratégie précise pour mieux l’inciter à investir dans le domaine énergétique ?

Les investisseurs privés sont en train de nous contacter en proposant des solutions et des projets qui pourraient être réalisés immédiatement. Mais, ceci reste tributaire d’une autorisation réglementaire.

Les investisseurs sont là, mais il faut que l’Etat mette en place une stratégie claire, une visibilité et une transparence surtout en matière du coût de kilowatt/heure, des tarifs de transport de l’énergie.

Pour 2012, y a-t-il des projets réalisés qui méritent incitations ?

A part le projet de la Steg des éoliennes à Bizerte, il n’y a pas des nouveaux projets. Mais, il y a des intentions d’investissements. Nous avons autorisé la cimenterie de Gabès pour la production de 45mégawatt à partir de l’éolien en deux phases. Le deuxième projet qui a fait l’objet d’une étude touche le secteur hôtelier dans le cadre de la nouvelle stratégie de promotion de l’industrie hôtelière. Il vise à produire de l’énergie à partir de l’éolien, et la puissance escomptée est de l’ordre de 300mégawatt.

Qu’en est-il du plan solaire tunisien ?

Le plan solaire est prêt. Mais, on ne peut pas communiquer sur ce plan en raison de l’absence d’un cadre réglementaire.

Evoquons la hausse des prix des carburants. Plusieurs experts prévoient que le recours de l’Etat aux ménages est justifiable puisque la Tunisie connaît un déficit énergétique. Que pensez-vous ?

En 2012, le déficit énergétique s’est élevé à 1,6 millions Ktep, en croissance de 60% par rapport à 2011, soit un million de ktep. C’est énorme. C’est pour cette raison qu’il faut communiquer. 60% de la croissance est imputée à une évolution de la consommation de la climatisation. Dans la consommation, ce n’est pas dans l’économie. Regardons dans les détails : on trouve que la consommation se situe dans les ménages et cette augmentation est due à la climatisation. Donc, le Tunisien se permet des conditions d’une vie meilleure sans avoir un souci sur l’économie de l’énergie. Et c’est grave. En fin du compte, il reçoit une facture très élevée, et la plupart du temps il rechigne à payer la facture. Ce qui crée un déficit budgétaire chez la Steg.

Comment combler ce déficit budgétaire ?

C’est par un équilibre du budget à partir du ministère des Finances. Chose qui crée une crise économique dans le pays. C’est pourquoi l’Etat a réfléchi sur l’augmentation des tarifs de l’électricité.

C’est une décision justifiable surtout que l’Etat a mené une politique sociale. Avant, on avait un excédent électrique. A partir de 2000, on a connu un déficit, lequel est comblé par l’importation. L’Etat n’a pas fixé des prix à la lumière des prix internationaux. Entre les prix internationaux et les prix locaux, l’écart s’est creusé. A titre d’exemple, la subvention accordée par l’Etat au titre de 2011 était de 1500 millions de dinars contre 2700 millions de dinars en 2012. C’est énorme.

Le Tunisien doit être conscient que l’écart qui se creuse davantage doit être comblé quelque part, et une partie de cet écart doit être supporté par le citoyen lui-même. Sinon et si on va continuer sur ce rythme, le déficit énergétique va augmenter et la subvention aussi. Dans ce cadre, l’Etat ne doit pas pouvoir trouver cette subvention, on va se retrouver avec une société d’électricité et du gaz en difficulté et on risque de ne pas avoir l’électricité.

Quel rapport entre les citoyens et la maîtrise de l’énergie ?

Les campagnes menées par l’ANME a permis d’économiser un million ktep. Si on n’a pas fait cet effort, le déficit énergétique aurait dépassé 2,6 million ktep. On peut dire qu’il y a une certaine sensibilité particulièrement chez les industriels. En effet, 1600 entreprises industrielles ont signé un contrat programme dont 70% dans le secteur industriel, soumis déjà à une concurrence rude depuis la signature de l’accord de libre-échange.

Vos prévisions pour cette année ?

On doit continuer notre travail pour la mise en place de la stratégie nationale de la maîtrise de l’énergie avec ces deux volets : efficacité énergétique et énergie renouvelable.

Pour l’industrie, on aura des actions innovantes. Concernant le bâtiment, nous menons une étude pour voir un peu l’évaluation de deux arrêtés : la réglementation thermique dans les bâtiments administratifs et les bâtiments résidentiels et collectifs. On va essayer de voir le degré de mise en application de ces deux arrêtés. Cette année verra la promulgation de deux autres arrêtés concernant les bâtiments du secteur hôtelier et celui du secteur de la santé dans les cliniques et les hôpitaux.

Aussi, une conférence se tiendra, le 25 avril prochain, pour sensibiliser plusieurs ministères, dont celui du transport, sur l’économie d’énergie et pour les responsabiliser concernant les objectifs.

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