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Rached Ghannouchi, Algérie

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Les rapports de la Tunisie avec l'Algérie

Les rapports de la Tunisie avec l’Algérie , se sont parfois tendus , mais jamais détériorés . Pendant la guerre de libération (1954/1962) des tensions étaient déjà perceptibles, mais, à aucun moment, les Algériens n’ont senti qu’ils étaient trahis par leurs frères tunisiens. Le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA), et l’Etat -Major de l’Armée de Libération Nationale (ALN) siégeaient en territoire tunisien, et les représentants du FLN dans le monde étaient inscrits sur les listes diplomatiques tunisiennes.

Les directions des deux pays ont veillé à ce que les petits malentendus n’affectent pas les relations bilatérales. La Tunisie indépendante avait des problèmes avec les autorités révolutionnaires algériennes ,justement en rapport avec la lutte de libération des pays du Maghreb (crise yousséfiste ) , et les luttes internes entre factions algériennes , n’ont jamais été exploitées par la direction tunisienne , du fait que les élites des deux pays ont su voir loin , oublier vite et relativiser ,pour que ces vicissitudes n’aient pas d’impact sur les rapports bilatéraux . On avait affaire à des militants, qui , lors de toute négociation , s’attachaient aux intérêts de leurs pays respectifs , mais tenaient en même temps compte des intérêts de leurs interlocuteurs .

Les rapports entre politiciens, les humeurs personnelles avaient leur place, mais l’essentiel des dossiers était confié aux diplomates qui savaient par où commencer et où s’arrêter

C’était là le cadre des rapports tuniso-algériens avant le 23 octobre 2011, car, à partir de cette date , une nouvelle logique s’est installée ,côté tunisien , dans la gestion des relations bilatérales.

D’abord, on n’a plus affaire à l’Etat, ni à la diplomatie , mais uniquement à Rached Ghannouchi avec ses humeurs et allées et venues . Les observateurs ont vite décelé , à travers des signes qui ne trompaient pas ,des visées malveillantes envers notre voisin de l’ouest . Le premier de ces signes a été perçu en mai 2012, lors des élections législatives algériennes .Les bureaux de vote installés en territoire tunisien ont été, de l’avis du FLN, quadrillés par les militants nahdhaouis qui voulaient que l’électorat choisisse les listes islamistes. Le parti au pouvoir en Algérie a protesté contre ces pratiques par un communiqué, et la réponse d’Ennahdha n’a pas convaincu.

Le deuxième signe a été illustré par la vidéo diffusée au mois d’octobre 2012, dans laquelle Ghannouchi parlait à un groupe salafiste , et cite en exemple l’Algérie de 1990/1991. Ghannouchi finit par dire à ses interlocuteurs, et avec rancœur, que les forces laïques étaient tellement puissantes en Algérie, à cette époque, qu’elles ont ravi aux islamistes leur victoire certaine, avec un taux de réussite de 80% , selon son expression .

Quelques mois plus tard , les développements de la situation au Nord-Mali , ont été perçues , légitimement , par l’Algérie comme une tentative de l’encercler .Et l’acharnement de l’organisation internationale des frères musulmans à y prendre part par un soutien sans limite , ni nuance , aux djihadistes d’AQMI et autres salafistes, a fourni la preuve à l’Algérie qu’elle était visée par ces menées dans le but de la voir intégrer le printemps arabe . La position de la diplomatie tunisienne au sujet de l’intervention française, pour déloger les terroristes du Nord Mali , a surpris plusieurs observateurs .Et si ce n’était la pression exercée par Mutapha Ben Jaâfar , menaçant de rompre l’alliance au pouvoir , la position diplomatique tunisienne serait restée littéralement alignée sur celle du Qatar, et de Kardhaoui .

Les alertes adressées par les autorités algériennes sur le trafic d’armes mené à grande échelle dans la région , et sur les camps d’entraînement djihadistes en territoire tunisien , ont été démenties par le gouvernement tunisien , et classées par Ennahdha , au même titre que les déclarations de l’opposition tunisienne à ce sujet , comme une incitation à la lutte fratricide dans le camp islamiste tunisien.

Le mois de juin 2013, a vu la plus grande bourde jamais commise dans l’histoire des relations bilatérales . Rached Ghannouchi a commis la maladresse d’annoncer ,en territoire algérien , et dans le cadre d’une réunion de l’internationale islamiste, à l’occasion des 20 ans de l’ex-Hamas algérien , l’appui de la candidature de Abderrazak Makkari, chef du parti algérien de la Société de la Paix (islamiste) aux présidentielles de 2014.

Les observateurs ont vu dans cette initiative, une tentative de la part de Ghannouchi d’ouvrir une nouvelle page d’intervention de l’organisation internationale des frères musulmans dans les affaires intérieures algériennes. Le contexte était marqué par la maladie du président Bouteflika et la proximité des élections de 2014.Cette nouvelle stratégie “algérienne” des frères musulmans vise à consolider l’ancrage de l’islamisme algérien, contribuant ainsi à ce que ce pays rejoigne le printemps arabe. D’ailleurs, Ghannouchi a présidé, à la même occasion (mi-juin 2013) , une réunion en vue de fédérer l’islam politique algérien en plein éclatement.

Constatant les effets de sa bévue, Rached Ghannouchi a commencé par se renier, en niant s’être immiscé dans les affaires algériennes en proposant des noms qui se présenteraient aux présidentielles en cas de vacance du poste de président de la république algérienne avec la maladie de Bouteflika, pour souligner ensuite que même si la question était à l’ordre du jour, il n’a pas d’avis là-dessus, parce qu’il n’est pas un électeur algérien.

Prenant en compte que cette faute impardonnable va avoir des effets négatifs sur le parti, Ennahdha a dépêché Abdelfattah Mourou en Algérie pour la corriger. Mourou a assisté à une conférence organisée par le journal algérien “Al-Chourouk”(édition du 18/6/2013), dans laquelle il a reconnu que Ghannouchi était fautif d’avoir évoqué les présidentielles algériennes et de proposer un candidat islamiste au scrutin, et a indiqué que la simple évocation des scénarios des agendas de la politique algérienne porte atteinte à la dignité du peuple algérien.

Mourou a saisi l’occasion pour parler de l’influence de l’entourage de Ghannouchi, et lui a recommandé de se démettre s’il ne parvient pas à mettre fin aux interférences de son entourage.

La petite accalmie dans les rapports de Ghannouchi avec les autorités algériennes n’a duré que quelques semaines, et à peine ont lieu ces derniers développements de Chaâmbi que beaucoup d’hommes de médias proches d’Ennahdha s’en sont pris à l’Algérie.

Un journaliste proche de Rached Ghannouchi a même demandé de convoquer l’ambassadeur algérien, pour lui signifier la colère de la Tunisie, des suites d’un hypothétique interventionnisme de la part de son pays. L’Algérie a également essuyé des attaques de la part d’activistes sur face book , pour son supposé rôle dans la mort des soldats tunisiens tombés lundi 29 juillet .

L’Algérie , d’habitude attachée aux règles de la discrétion , a averti la Tunisie, avant l’embuscade criminelle , d’une attaque terroriste imminente et de grande envergure , et juste après l’acte terroriste, l’Algérie a publié des données sur ses auteurs , et même une liste nominative du groupe terroriste a été annoncée , hier jeudi . Ce qui indique que les voisins de l’ouest préfèrent prendre l’opinion publique à témoin.

La déclaration du parti Ennahdha, qui stigmatise les attaques des médias et des réseaux sociaux contre l’Algérie, serait-elle une pause qui annoncerait d’autres batailles entre le parti islamiste tunisien et notre voisin de l’ouest, l’Algérie ?

Aboussaoud Hmidi

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