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Le journaliste Brahim Oueslati

Le journaliste Brahim Oueslati, spécialisé dans les problèmes de la jeunesse et de l’emploi, nous a envoyé cette contribution sur la déperdition scolaire

Un chiffre annoncé tout dernièrement par le ministère de l’Education a sonné comme un échec de tout un système, près de cent mille (100.000) jeunes ont abandonné l’école au cours de l’année scolaire 2010-2011, montrant par la même que notre école va de plus en plus mal et qu’elle s’est enlisée dans une situation difficile à cause de l’inconstance des options et la contradiction des décisions successives. L’abandon ou le décrochage scolaire est le résultat d’une série d’échecs que vit l’élève sur les plans familial, scolaire et social. Il n’est pas un phénomène nouveau ni spécifique à un pays, il est plutôt international, chaque pays a une approche et des politiques qui lui sont propres.

La Tunisie a connu trois réformes de son système éducatif, guidées toutes par le même principe fondamental, assurer l’éducation pour tous. La première, œuvre de Mahmoud Messaadi, ministre de l’Education de 1958 à 1968, a été initiée durant les premières années de l’Indépendance, alors que le pays était confronté à deux difficultés majeures, un taux d’analphabétisme très élevé (87%) et un taux de fécondité très fort. Voulue et défendue par le Président Habib Bourguiba, cette réforme a été concrétisée dans une loi promulguée le 4 novembre 1958, obéissant à des principes fondamentaux dont notamment la démocratisation de l’enseignement, sa généralisation et sa gratuité.

Une année plus tard, le texte de la Constitution adoptée en juin 1959, est venu consacrer dans son préambule le droit à l’éducation, proclamant que « le régime républicain est le moyen le plus efficace pour assurer le droit des citoyens à l’instruction ». Cette réforme avait contribué à unifier et à tunisifier les programmes scolaires et à former, par la suite, des hauts cadres pour le pays nouvellement indépendant. Le taux de scolarisation qui était de 30% seulement pour les enfants en âge d’être scolarisé avait sensiblement augmenté en moins de dix ans frôlant les 70 %. Toutefois, cette loi ne pouvait plus s’adapter aux exigences des nouvelles étapes marquées notamment par l’apparition des nouvelles technologies, l’adoption de nouvelles méthodes pédagogiques et des transformations économiques et sociologiques importantes.

Plus de 30 ans après, une deuxième réforme a vu le jour, réalisée par Mohamed Charfi, ministre de l’éducation et des sciences de 1989 à 2004. Promulguée en juillet 1991, elle a introduit plusieurs nouveautés, dont notamment l’enseignement de base d’une durée de 9 ans, un cycle complet qui accueille les enfants à partir de 6 ans, dans l’objectif de « les former de façon à développer leurs potentialités propres et leur garantir, autant que faire se peut, un niveau minimum de connaissance qui soit à même de les préserver de la régression à l’analphabétisme et qui leur permette soit de poursuivre leur scolarité dans le cycle suivant, ou de d’intégrer la formation professionnelle, ou de s’insérer dans la société ». Entamé depuis l’année scolaire 1989-1990, l’enseignement de base, obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, devait permettre, notamment, de diminuer le taux de déperdition ou d’abandon scolaire.

Mais cette loi n’a pas duré longtemps. Dix ans après, une autre, conçue par Moncer Rouissi, ministre de l’éducation et de la formation professionnelle de 2001 à 2003, est venue l’abroger. Encore en vigueur, la nouvelle loi d’orientation de l’éducation et de l’enseignement promulguée en juillet 2002, a placé l’élève « au centre de l’action éducative ». Elle a défini le rôle de l’école comme « la cellule de base du système éducatif et une structure pédagogique à part entière » et doit « assurer les fonctions d’éducation, d’instruction et de qualification ». Les résultats obtenus au cours des années d’indépendance sont édifiants. « Les disparités régionales et du genre en termes de demande d’éducation sont presque éliminées, l’analphabétisation éradiquée pour la tranche d’âge 10-14 ans et l’universalité de l’éducation au premier cycle est atteinte »(1), avec une couverture totale de la population en âge d’être scolarisée, un taux brut de scolarisation de 100% et près de 7% du PIB consacré à l’éducation.

« Une maladie nosocomiale de l’école »*

S’il est un phénomène récurrent qui ronge l’éducation dans le monde, c’est celui de l’abandon ou du décrochage scolaire. Deux termes qui désignent « l’interruption temporaire ou définitive des études avant l’obtention d’une reconnaissance des acquis (diplôme, certificat, attestation d’études,…) de la part d’une institution d’enseignement». Véritable « maladie nosocomiale de l’école », d’après certains pédagogues, le décrochage « recouvre de multiples réalités allant de l’ennui sporadique en classe, à la phobie scolaire, en passant par l’absentéisme». Des études réalisées dans les pays de l’OCDE ont montré que ce phénomène, apparu au début des années soixante dix du siècle dernier, est la conséquence de « la détérioration des liens entre l’enfant, l’école et la société »(2). Il est le résultat de la conjugaison de plusieurs facteurs ayant trait, essentiellement, aux difficultés d’apprentissage et aux problèmes de comportement qui se trouvent « amplifiées par des facteurs liés tant à l’école qu’à la famille »(2). Les causes du décrochage scolaire peuvent, également, être liées à l’environnement social. « Les jeunes en décrochage scolaire appartiennent plus souvent à un milieu socio-économique faible ou à un groupe social vulnérable; en moyenne, le taux de décrochage scolaire en Europe est deux fois plus élevé chez les jeunes issus de l’immigration que chez les jeunes autochtones; en outre, les garçons y sont plus exposés »(3).

D’ailleurs en Europe, le taux moyen du décrochage scolaire (du primaire au secondaire) est de l’ordre de 13.5%, d’après les statistiques de 2012(2), avec des pics de 30% à Malte, 20 % en Espagne et au Portugal. En France, le taux se situe autour de 12% contre 17.5% en Italie. Dans les pays de l’Europe du Nord, le taux est bien plus bas et se situe entre 4 et 6% seulement. Plus près de chez nous en Algérie, on enregistre entre 500.000 et 560.000 déperditions par an dans les cycles primaire et secondaires(4). Au Maroc, la situation n’est guère meilleure puisque, chaque année, plus de 400.000 enfants quittent le système scolaire.

La Tunisie n’échappe pas à « cette maladie » et les chiffres sont inquiétants qui nous interpellent tous. Selon les statistiques publiées par le Ministère de l’éducation, au total, 99.647 jeunes ont quitté les bancs de l’école en 2010-2011 soit 20.1% de l’ensemble des élèves inscrits dans les trois cycles de l’enseignement : 10.030 au primaire (1.0%), 42.426 au préparatoire (9.0%) et 47.0194 au secondaire (10.1%). Une simple lecture des données statistiques fait ressortir que c’est au niveau des premières années du cycle préparatoire et du cycle secondaire que l’on enregistre les plus forts taux de décrochage avec 12.7% en 7ème année de l’enseignement de base soit 24.910 élèves et 14.1% en première année secondaire, soit 20.575. Cela signifie tout simplement que les enfants vivent mal le passage d’un niveau à un autre. Les taux de redoublement confirment cette tendance et qui sont respectivement de 22.8% en 7ème année de base et de 19.0% en première année secondaire, alors que les taux moyens sont de 17.6% et de 15.5%. Pour savoir si les taux d’abandon ont tendance à baisser ou le contraire au cours des dernières années, on doit prendre deux années de référence, celle de 1989-1990 qui a vu l’introduction pour la première fois de l’enseignement de base et celle de 1994-1995 qui a coïncidé avec la première promotion du cycle primaire dans sa nouvelle formule. On constate que le taux d’abandon au niveau de l’enseignement primaire a sensiblement baissé, passant de 7.0% à 4.4%. Cette baisse s’est confirmée au cours des années suivantes, descendant pour la première fois sous la barre de 2.0% en 2004-2005, année qui a enregistré un taux de 1.7%, pour tomber à 1.0% au cours de 2010-2011.

Pour la création d’une structure supérieure indépendante

Quand des milliers de jeunes quittent chaque année l’école sans aucune qualification et que des milliers d’autres trébuchent au cours de leur scolarité, c’est qu’il y a problème. Un problème touchant au fond même du système éducatif et à toutes les composantes de la vie scolaire, à savoir les parents, les enseignants et l’administration. L’école est un tout qui gravite autour d’un élément central qui est l’élève. Le manque d’équipements, le peu d’encadrement, l’absence d’activités ludiques, la non implication de la famille et de la société civile dans la vie scolaire, ne favorisent pas un climat propice à la réussite. En dépit des réflexions engagées depuis le début des années 1970 sur le phénomène de l’abandon scolaire et malgré la multitude des mesures prises pour en réduire les taux, les résultats sont là qui confirment les défaillances d’un système incapable d’apporter des remèdes aux maux de l’école. Que de consultations ont été réalisées et que de séminaires et ateliers ont été organisés et dont les recommandations sont restées sans aucun suivi. Un conseil supérieur de l’éducation a, même, été créé en 2000 (décret n° 2000-2260 du 10 octobre 2000) à l’effet de « donner son avis sur l’organisation de la politique nationale en matière d’éducation ainsi que sur les moyens susceptibles d’en assurer la réalisation », mais sans résultats concrets.

Certes, et il faut se rendre à l’évidence, il n’y a pas de solution miracle à l’abandon scolaire. Des pays mieux nantis que le nôtre n’ont pas réussi à juguler ce phénomène. Par contre, ils sont arrivés à trouver des solutions pour les décrocheurs, à travers la multiplication des filières de l’enseignement professionnel et sa valorisation. Ils ont mis en place des politiques portant de manière cohérente à la fois sur les différents types d’enseignement, le primaire, le secondaire, le professionnel et le supérieur, et engagé les fonds importants pour réduire au maximum, les taux d’échec et d’abandon scolaires et créer les structures d’accueil nécessaires pour éviter que les décrocheurs ne se volatilisent dans la nature. Des politiques qui, en s’attaquant aux causes du décrochage, ont pris en considération tous les aspects liés aux problèmes et aux préoccupations des jeunes, qu’ils soient de santé comme la consommation des stupéfiants et de l’alcool, ou des problèmes de violence et de délinquance ou encore la question pertinente du chômage. Pour éviter que l’école ne devienne une fabrique de chômage et de criminalité.

Les gouvernements successifs d’après le 14 janvier 2011, parce que provisoires, n’ont pas accordé une attention prioritaire aux problèmes de l’enseignement. Le droit à l’éducation ne figure même pas dans le préambule du projet de la Constitution. Aussi est-il impératif de penser à la création d’une structure supérieure indépendante chargée des questions de l’éducation et de l’enseignement, sous forme d’instance supérieure ou d’observatoire, au lieu et la place du conseil supérieur précédemment mentionné, et de la doter de tous les moyens nécessaires pour mener à bien sa mission. Cette structure, qui comprendra dans ses rangs des représentants de toutes les composantes de la famille de l’éducation et de l’enseignement, des syndicats et de la société civile, aura pour principales missions d’engager une réflexion profonde sur le système éducatif, proposer une nouvelle réforme intégrant tous les cycles et types d’enseignement, une réforme non figée s’adaptant à toutes les transformations dans un monde en perpétuel changement. Elle se penchera, également, sur l’élaboration des politiques efficaces de lutte contre l’abandon scolaire en préconisant des mesures de prévention, d’intervention et de compensation, examinera la faiblesse du rendement des institutions éducatives et de tous les maux qui affectent l’école comme la violence, l’alcoolisme et la consommation des stupéfiants. Elle veillera à la mise en place de stratégies d’action globales en faveur des jeunes et assurera la coordination entre les différentes structures en charge du secteur.

* Le terme « maladie nosocomiale » désigne toute maladie attrapée lors d’un séjour dans un milieu de santé et suspecte d’avoir été contractée dans cette structure. Par extension, il désigne ici un mal inhérent au système éducatif.

par -
Le journaliste Brahim Oueslati

Le journaliste Brahim Oueslati, spécialisé dans les problèmes de la jeunesse et de l’emploi, nous a envoyé cette contribution sur la déperdition scolaire

Un chiffre annoncé tout dernièrement par le ministère de l’Education a sonné comme un échec de tout un système, près de cent mille (100.000) jeunes ont abandonné l’école au cours de l’année scolaire 2010-2011, montrant par la même que notre école va de plus en plus mal et qu’elle s’est enlisée dans une situation difficile à cause de l’inconstance des options et la contradiction des décisions successives. L’abandon ou le décrochage scolaire est le résultat d’une série d’échecs que vit l’élève sur les plans familial, scolaire et social. Il n’est pas un phénomène nouveau ni spécifique à un pays, il est plutôt international, chaque pays a une approche et des politiques qui lui sont propres.

La Tunisie a connu trois réformes de son système éducatif, guidées toutes par le même principe fondamental, assurer l’éducation pour tous. La première, œuvre de Mahmoud Messaadi, ministre de l’Education de 1958 à 1968, a été initiée durant les premières années de l’Indépendance, alors que le pays était confronté à deux difficultés majeures, un taux d’analphabétisme très élevé (87%) et un taux de fécondité très fort. Voulue et défendue par le Président Habib Bourguiba, cette réforme a été concrétisée dans une loi promulguée le 4 novembre 1958, obéissant à des principes fondamentaux dont notamment la démocratisation de l’enseignement, sa généralisation et sa gratuité.

Une année plus tard, le texte de la Constitution adoptée en juin 1959, est venu consacrer dans son préambule le droit à l’éducation, proclamant que « le régime républicain est le moyen le plus efficace pour assurer le droit des citoyens à l’instruction ». Cette réforme avait contribué à unifier et à tunisifier les programmes scolaires et à former, par la suite, des hauts cadres pour le pays nouvellement indépendant. Le taux de scolarisation qui était de 30% seulement pour les enfants en âge d’être scolarisé avait sensiblement augmenté en moins de dix ans frôlant les 70 %. Toutefois, cette loi ne pouvait plus s’adapter aux exigences des nouvelles étapes marquées notamment par l’apparition des nouvelles technologies, l’adoption de nouvelles méthodes pédagogiques et des transformations économiques et sociologiques importantes.

Plus de 30 ans après, une deuxième réforme a vu le jour, réalisée par Mohamed Charfi, ministre de l’éducation et des sciences de 1989 à 2004. Promulguée en juillet 1991, elle a introduit plusieurs nouveautés, dont notamment l’enseignement de base d’une durée de 9 ans, un cycle complet qui accueille les enfants à partir de 6 ans, dans l’objectif de « les former de façon à développer leurs potentialités propres et leur garantir, autant que faire se peut, un niveau minimum de connaissance qui soit à même de les préserver de la régression à l’analphabétisme et qui leur permette soit de poursuivre leur scolarité dans le cycle suivant, ou de d’intégrer la formation professionnelle, ou de s’insérer dans la société ». Entamé depuis l’année scolaire 1989-1990, l’enseignement de base, obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, devait permettre, notamment, de diminuer le taux de déperdition ou d’abandon scolaire.

Mais cette loi n’a pas duré longtemps. Dix ans après, une autre, conçue par Moncer Rouissi, ministre de l’éducation et de la formation professionnelle de 2001 à 2003, est venue l’abroger. Encore en vigueur, la nouvelle loi d’orientation de l’éducation et de l’enseignement promulguée en juillet 2002, a placé l’élève « au centre de l’action éducative ». Elle a défini le rôle de l’école comme « la cellule de base du système éducatif et une structure pédagogique à part entière » et doit « assurer les fonctions d’éducation, d’instruction et de qualification ». Les résultats obtenus au cours des années d’indépendance sont édifiants. « Les disparités régionales et du genre en termes de demande d’éducation sont presque éliminées, l’analphabétisation éradiquée pour la tranche d’âge 10-14 ans et l’universalité de l’éducation au premier cycle est atteinte »(1), avec une couverture totale de la population en âge d’être scolarisée, un taux brut de scolarisation de 100% et près de 7% du PIB consacré à l’éducation.

« Une maladie nosocomiale de l’école »*

S’il est un phénomène récurrent qui ronge l’éducation dans le monde, c’est celui de l’abandon ou du décrochage scolaire. Deux termes qui désignent « l’interruption temporaire ou définitive des études avant l’obtention d’une reconnaissance des acquis (diplôme, certificat, attestation d’études,…) de la part d’une institution d’enseignement». Véritable « maladie nosocomiale de l’école », d’après certains pédagogues, le décrochage « recouvre de multiples réalités allant de l’ennui sporadique en classe, à la phobie scolaire, en passant par l’absentéisme». Des études réalisées dans les pays de l’OCDE ont montré que ce phénomène, apparu au début des années soixante dix du siècle dernier, est la conséquence de « la détérioration des liens entre l’enfant, l’école et la société »(2). Il est le résultat de la conjugaison de plusieurs facteurs ayant trait, essentiellement, aux difficultés d’apprentissage et aux problèmes de comportement qui se trouvent « amplifiées par des facteurs liés tant à l’école qu’à la famille »(2). Les causes du décrochage scolaire peuvent, également, être liées à l’environnement social. « Les jeunes en décrochage scolaire appartiennent plus souvent à un milieu socio-économique faible ou à un groupe social vulnérable; en moyenne, le taux de décrochage scolaire en Europe est deux fois plus élevé chez les jeunes issus de l’immigration que chez les jeunes autochtones; en outre, les garçons y sont plus exposés »(3).

D’ailleurs en Europe, le taux moyen du décrochage scolaire (du primaire au secondaire) est de l’ordre de 13.5%, d’après les statistiques de 2012(2), avec des pics de 30% à Malte, 20 % en Espagne et au Portugal. En France, le taux se situe autour de 12% contre 17.5% en Italie. Dans les pays de l’Europe du Nord, le taux est bien plus bas et se situe entre 4 et 6% seulement. Plus près de chez nous en Algérie, on enregistre entre 500.000 et 560.000 déperditions par an dans les cycles primaire et secondaires(4). Au Maroc, la situation n’est guère meilleure puisque, chaque année, plus de 400.000 enfants quittent le système scolaire.

La Tunisie n’échappe pas à « cette maladie » et les chiffres sont inquiétants qui nous interpellent tous. Selon les statistiques publiées par le Ministère de l’éducation, au total, 99.647 jeunes ont quitté les bancs de l’école en 2010-2011 soit 20.1% de l’ensemble des élèves inscrits dans les trois cycles de l’enseignement : 10.030 au primaire (1.0%), 42.426 au préparatoire (9.0%) et 47.0194 au secondaire (10.1%). Une simple lecture des données statistiques fait ressortir que c’est au niveau des premières années du cycle préparatoire et du cycle secondaire que l’on enregistre les plus forts taux de décrochage avec 12.7% en 7ème année de l’enseignement de base soit 24.910 élèves et 14.1% en première année secondaire, soit 20.575. Cela signifie tout simplement que les enfants vivent mal le passage d’un niveau à un autre. Les taux de redoublement confirment cette tendance et qui sont respectivement de 22.8% en 7ème année de base et de 19.0% en première année secondaire, alors que les taux moyens sont de 17.6% et de 15.5%. Pour savoir si les taux d’abandon ont tendance à baisser ou le contraire au cours des dernières années, on doit prendre deux années de référence, celle de 1989-1990 qui a vu l’introduction pour la première fois de l’enseignement de base et celle de 1994-1995 qui a coïncidé avec la première promotion du cycle primaire dans sa nouvelle formule. On constate que le taux d’abandon au niveau de l’enseignement primaire a sensiblement baissé, passant de 7.0% à 4.4%. Cette baisse s’est confirmée au cours des années suivantes, descendant pour la première fois sous la barre de 2.0% en 2004-2005, année qui a enregistré un taux de 1.7%, pour tomber à 1.0% au cours de 2010-2011.

Pour la création d’une structure supérieure indépendante

Quand des milliers de jeunes quittent chaque année l’école sans aucune qualification et que des milliers d’autres trébuchent au cours de leur scolarité, c’est qu’il y a problème. Un problème touchant au fond même du système éducatif et à toutes les composantes de la vie scolaire, à savoir les parents, les enseignants et l’administration. L’école est un tout qui gravite autour d’un élément central qui est l’élève. Le manque d’équipements, le peu d’encadrement, l’absence d’activités ludiques, la non implication de la famille et de la société civile dans la vie scolaire, ne favorisent pas un climat propice à la réussite. En dépit des réflexions engagées depuis le début des années 1970 sur le phénomène de l’abandon scolaire et malgré la multitude des mesures prises pour en réduire les taux, les résultats sont là qui confirment les défaillances d’un système incapable d’apporter des remèdes aux maux de l’école. Que de consultations ont été réalisées et que de séminaires et ateliers ont été organisés et dont les recommandations sont restées sans aucun suivi. Un conseil supérieur de l’éducation a, même, été créé en 2000 (décret n° 2000-2260 du 10 octobre 2000) à l’effet de « donner son avis sur l’organisation de la politique nationale en matière d’éducation ainsi que sur les moyens susceptibles d’en assurer la réalisation », mais sans résultats concrets.

Certes, et il faut se rendre à l’évidence, il n’y a pas de solution miracle à l’abandon scolaire. Des pays mieux nantis que le nôtre n’ont pas réussi à juguler ce phénomène. Par contre, ils sont arrivés à trouver des solutions pour les décrocheurs, à travers la multiplication des filières de l’enseignement professionnel et sa valorisation. Ils ont mis en place des politiques portant de manière cohérente à la fois sur les différents types d’enseignement, le primaire, le secondaire, le professionnel et le supérieur, et engagé les fonds importants pour réduire au maximum, les taux d’échec et d’abandon scolaires et créer les structures d’accueil nécessaires pour éviter que les décrocheurs ne se volatilisent dans la nature. Des politiques qui, en s’attaquant aux causes du décrochage, ont pris en considération tous les aspects liés aux problèmes et aux préoccupations des jeunes, qu’ils soient de santé comme la consommation des stupéfiants et de l’alcool, ou des problèmes de violence et de délinquance ou encore la question pertinente du chômage. Pour éviter que l’école ne devienne une fabrique de chômage et de criminalité.

Les gouvernements successifs d’après le 14 janvier 2011, parce que provisoires, n’ont pas accordé une attention prioritaire aux problèmes de l’enseignement. Le droit à l’éducation ne figure même pas dans le préambule du projet de la Constitution. Aussi est-il impératif de penser à la création d’une structure supérieure indépendante chargée des questions de l’éducation et de l’enseignement, sous forme d’instance supérieure ou d’observatoire, au lieu et la place du conseil supérieur précédemment mentionné, et de la doter de tous les moyens nécessaires pour mener à bien sa mission. Cette structure, qui comprendra dans ses rangs des représentants de toutes les composantes de la famille de l’éducation et de l’enseignement, des syndicats et de la société civile, aura pour principales missions d’engager une réflexion profonde sur le système éducatif, proposer une nouvelle réforme intégrant tous les cycles et types d’enseignement, une réforme non figée s’adaptant à toutes les transformations dans un monde en perpétuel changement. Elle se penchera, également, sur l’élaboration des politiques efficaces de lutte contre l’abandon scolaire en préconisant des mesures de prévention, d’intervention et de compensation, examinera la faiblesse du rendement des institutions éducatives et de tous les maux qui affectent l’école comme la violence, l’alcoolisme et la consommation des stupéfiants. Elle veillera à la mise en place de stratégies d’action globales en faveur des jeunes et assurera la coordination entre les différentes structures en charge du secteur.

* Le terme « maladie nosocomiale » désigne toute maladie attrapée lors d’un séjour dans un milieu de santé et suspecte d’avoir été contractée dans cette structure. Par extension, il désigne ici un mal inhérent au système éducatif.

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