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Le retour à la question des prix

Le retour à la question des prix, à l’occasion de ce haut-lieu de la consommation qu’est le mois de Ramadan, ne peut se faire sans le passage obligé par cette constatation de la Banque Centrale de la Tunisie, sous forme de cri d’alarme. «Au niveau de l’évolution des prix, le Conseil [ndlr : d’administration de la BCT réuni le 25 juin] a exprimé ses craintes quant à l’apparition de signes de résurgence des tensions inflationnistes après une certaine période de détente. En effet, l’indice général des prix à la consommation a poursuivi sa hausse en mai 2014 pour le deuxième mois consécutif pour atteindre 5,4% en glissement annuel contre 5,2% le mois précédent, sous l’effet de l’accélération des prix des produits alimentaires, des produits manufacturés et des services».

A la lecture du tableau ci-dessous de l’évolution des prix, le constat devient plus accablant. La première remarque à faire est que les hausses, certes sur une année (mai 2013-mai 2014), arrivent à une pointe de 7 points, malgré une moyenne de 2.8 points pour les 12 groupes de produits qui composent ledit «couffin de la ménagère». Des hausses, force est d’abord de le constater, calculés sur la base de données qui datent de 2005. Nous sommes en 2014 et beaucoup de choses ont changé dans ce couffin, sans que l’INS ne se décide à corriger ces informations, somme toute fausses au vu de la date de la base du calcul qui est en retard 9 années entières. Certains économistes disent que l’INS ne veut pas en tenir compte pour ne pas assombrir le tableau des prix.

Comme chaque année en pareille période, le gouvernement, quelle que soit sa nature, sonne le branle-bas de combat, organise réunions et CIM, pour sortir annoncer des mesures qui n’apportent rien de nouveau. Il en a, par exemple, toujours été ainsi de l’ouverture de points de ventes du producteur au consommateur dans les zones qui sont loin d’être déshéritées comme le Grand-Tunis et qui se vident généralement au bout de quelques heures. Il en a aussi toujours été ainsi des stocks stratégiques en œufs et en viandes et d’une intensification des opérations de contrôle. Tout cela est dit, chaque année, dans une sorte de langue de bois conventionnelle.

Force est cependant de constater que la ministre, quoique fille à papa Mansour -comme elle déteste être appelée ainsi- du commerce Najla Harrouch a fini par s’affranchir de cette langue de bois et asséner une vérité. Au cours de sa toute première interview à une radio privée, la ministre a rappelé que la politique économique en cours dans la Tunisie de l’après révolution conduite par le parti de droite Ennahdha, est celle de «la liberté des prix. Les prix encadrés (ndlr : c’est-à-dire sous contrôle du ministère et de ses centaines de contrôleurs) ne représentent que 13 % de l’ensemble des produits. Le reste est totalement libre». Même si elle est de La Palice, cette vérité, malheureusement non développée par la ministre, limite énormément le champ d’action du ministère.

On est en effet loin de l’époque où le ministre du Commerce, Mondher Zenaidi, pour ne pas le nommer, pouvait baisser les prix d’un tel ou tel produit sur un simple coup de téléphone à l’industriel ou au grossiste concerné. Il est désormais loin où ce même ministre n’aurait pas froid aux yeux pour dire aux producteurs et aux agriculteurs qu’ils en font trop et n’aurait pas peur de forcer les chambres froides pour briser la chaîne de stockage de spéculation. Ce n’est pas pour diminuer de l’importance de l’actuelle ministre, mais les temps ont négativement changé. Najla Harrouch avouera quand même, au cours de la même interview, que «nous n’avons pas les moyens de comprimer les prix. L’idée que le ministère du Commerce peut le faire est vieille». L’aveu d’échec est cinglant. Il a tout de même des relents de vérité et ce n’est pas peu.

La ministre avait auparavant expliqué pourquoi elle restera toujours incapable, comme ceux qui lui succèderont, de maîtriser à elle seule la folle chevauchée des prix. Elle évoquait ainsi la hausse des composants importés à un euro fort. Des composants, mais aussi des intrants comme le coût de l’énergie, du transport et autres que l’Etat tunisien tout entier ne contrôle pas. Najla Harrouch glissera, timidement certes, et on peut le mettre sur le compte de son peu d’expérience, un petit mot sur la nécessité d’augmenter la production pour baisser en partie les prix. C’est le CA de la BCT qui le dira mieux qu’elle. «Pour le secteur industriel, l’indice de la production a enregistré un repli en mars 2014 (-0,8% en glissement annuel), sous l’effet de la contraction de la production aussi bien dans les industries manufacturières que non-manufacturières, et ce, parallèlement à la baisse de la plupart des indicateurs avancés de l’activité dans le secteur au mois de mai de la même année». Nous ajouterons à tout cela cette question : Pourquoi voudrait-on que l’employé augmente sa productivité alors qu’il est payé à ne rien faire autre que les grèves (+36 % de journées perdues de travail en mai selon le ministre des affaires sociales) et qu’on lui accorde même des augmentations ?

Khaled Boumiza.

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