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Tunisiana, Qtel, Caïed Essebssi,

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Recevant, mardi dernier, le président du Conseil d’Administration de Qtel, l’actionnaire majoritaire (75 %) de Tunisiana qui avait racheté, l’année dernière, l’entreprise avec Sakher El Materi et Hamdi Meddeb de chez Orascom Télécom, le Premier ministre tunisien Béji Caïed Essebssi avait, apparemment, conclu un «accord bilatéral » avec le Cheikh Abdallah Ben Mohammed Ben Saoud Al-Thani, permettant à Qtel de d’augmenter sa part dans la compagnie privée de téléphonie mobile  Tunisiana. Du même coup et dans le même accord, Qtel obtenait  l’accord du gouvernement tunisien pour l’obtention de deux licences à la fois, celle du 3G et celle du 4G.

La décision du Premier ministre tunisien appelle cependant plus d’une remarque. D’abord sur la forme. La décision elle-même, même si on ne sait pas encore ce que veut dire «augmenter la part de Qtel » et jusqu’à quel point, cela signifie-t-il  la vente des 25 % de Sakher El Materi ? Ces parts sont certes désormais confisquées. Ceci n’est cependant vrai que dans les faits. Ces parts ne seront réellement propriété de l’Etat tunisien pour qu’il puisse en disposer librement qu’une fois le rapport de la commission de confiscation terminé et conclu. La période des 6 mois, précisée dans le décret-loi de la confiscation, court encore et cette décision court-circuite donc le travail de cette commission, normalement indépendante. La décision de Caïed Essebssi sur le changement de l’actionnariat fait aussi le pont et court-circuite le conseil supérieur de l’investissement qui ne s’est pas réuni, n’a pas délibéré et n’a rien décidé. Elle fait aussi le pont sur les intérêts des créanciers de Sakher El Materi et maintenant de l’Etat. Le pool bancaire que préside Attijari Bank, qui a déjà fait saisie sur les actions de Princesse Holding , propriétaire des 25% et qui a déjà  signé des contrats avec plein de clauses,  ce pool est le mandataire de  ces créanciers qui n’ont pas été consultés non plus.

On se rappelle certes l’un des mots préférés du Premier ministre du gouvernement tunisien de transition qui est celui du «c’est moi qui décide». Il nous semble, cependant, que la Tunisie désire rester un Etat de droit et des institutions !

Dans un récent communiqué, «Qtel déclare être prêt, dès à présent, à effectuer les changements au niveau de l’actionnariat de Tunisiana en fonction de ce que le nouveau gouvernement de Tunisie décidera » et précise que «tout changement au niveau de l’actionnariat de Tunisiana nécessite l’accord préalable des autorités gouvernementales de Tunisie. Qtel commencera les discussions sur ce sujet dès que le nouveau gouvernement le souhaitera ». Telle qu’elle se présente  actuellement, la décision de Caïed Essebssi nous semble donc  improvisée, précipitée et manquant  de précision.

A quelle sauce sera mangée Tunisiana par Qtel et que fait Caïed Essebssi des règles de la concurrence ?

La décision du Premier ministre tunisien n’est pas non plus exempte sur le plan du fond. Permettre à Qtel de racheter les 25 % de Tunisiana, fera de celle-ci une entreprise totalement étrangère, alors que la démarche était jusque-là [et à juste et bon titre selon nous] de faire participer le secteur privé tunisien aux grands projets. Complètement étrangère, Tunisiana aura toute latitude à rapatrier le total de ses bénéfices au Qatar. De l’argent gagné en Tunisie, puisé dans les poches des Tunisiens et qui s’en ira à l’étranger. On avait défendu cette antithèse [la thèse étant de laisser tout le bénéfice aller hors des frontières tunisiennes] à l’annonce de la concession Orange et on reste sur nos positions qu’on considère plus nationalistes que la décision du Premier ministre, si le gouvernement  venait à décider la vente totale des 25 % à Qtel, ce que nous n’espérons pas !

Le pool bancaire tunisien qui avait financé l’achat de ces 25 % à 1,200 milliards DT, avait négocié le débouclage des prêts par l’entrée sur la bourse tunisienne de Tunisiana. Une bourse tunisienne qui se plaint toujours du manque de profondeur, avait applaudi la première intention de Tunisiana d’aller sur la cote qui avait été arrêtée par le Conseil supérieur tunisien de l’investissement et regretté la décision d’arrêter le processus d’introduction de Tunisie Télécom sur la BVMT. La Tunisie de l’après Ben Ali, ne gagnerait-elle pas plus d’argent à réévaluer Tunisiana et à mettre les 20 ou 25 % sur la bourse de Tunis ? Tunisiana n’en deviendra que plus tunisienne ! Béji Caïed Essebssi avait-il pris connaissance des contrats du pool bancaire ? Avait-il pris en compte les  intérêts de la Tunisie, de la bourse de Tunis et des épargnants en bourse, avant de décider du sort de 25 % d’une entreprise qui gagne des dizaines de milliards par an, lors d’une simple entrevue ? Nous espérons que oui et restons confiants dans sa gestion, comme la plupart des Tunisiens !
L’entrevue de Caïed Essebssi avec le Cheikh qatari, avait aussi donné à Qtel ce que ne lui permettait pas jusque-là, sa licence dans les textes : non seulement le 3G, mais même le 4G d’un seul coup. Cela, alors qu’Orange Tunisie, autre entreprise confisquée et dont le sort n’est pas encore tranché, attend toujours ce que sa licence lui permet et souffre des atermoiements de l’INT (instance nationale des télécommunications) pour la voix sur IP et ceux  de Tunisie Télécom pour  le dégroupage qui lui ouvrira les portes de la téléphonie fixe, auquel Orange a tout aussi droit.

L‘accord, dans une entrevue à huis-clos, sur 2 nouvelles licences d’un coup, pour Tunisiana, appelle aussi à s’interroger sur le sort du concept du respect des règles de la concurrence entre toutes les parties prenantes dans un secteur donné, pour ce cas, celui de la téléphonie. Accorder la 4G à Qtel, alors que Tunisie Télécom, entreprise nationale faite avec un investissement public et des deniers publics, n’a même pas encore terminé le lancement de son 3G et alors qu’Orange se ressent encore des agissements de ces mêmes  autorités tunisiennes, pour avoir son dû et ce en contre partie de quoi ses anciens propriétaires, dépossédés par l’Etat l’ont déjà payé. Cela  ne nous semble pas équitable dans cette nouvelle Tunisie, issue d’une Révolution dont la justice pour tous a été LA demande principale ! Que leur répondra alors Caïed Essebssi ? Que devront  leur répondre l’autorité de régulation qu’est en principe l’INT et le Conseil de la Concurrence lorsqu’ils s’y adresseront ?

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