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Au terme d’un épisode de 50 jours d’étrange accalmie

Au terme d’un épisode de 50 jours d’étrange accalmie, les Sit-inneurs de la Télévision Tunisienne viennent de passer à l’acte. Ils s’en sont pris violemment au personnel d’Al Wataniya, physiquement et verbalement. Non contents d’inonder les journalistes et techniciens de vertes et de pas mûres , ils ont changé leur fusil d’épaule pour se livrer à des voies de fait en règle sur ceux qu’ils considèrent comme les ennemis tout désignés du mouvement Ennahdha dont ils se réclament ouvertement et pour lequel ils prennent régulièrement fait et cause.

Apparemment excédé par cet accès de violence ou, selon d’aucuns, feignant de l’être, le non moins nahdhaoui ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh, s’est résolu, à son tour, à passer à l’acte en décidant de lever le sit-in, «après consultations avec le ministère public qui avait toléré, auparavant, la poursuite de ce rassemblement à condition que cette action ne perturbe pas l’ordre public », a tenu à préciser le porte-parole du ministère de l’Intérieur.

En attendant que le ministre prenne l’autre résolution d’ordonner l’assaut et de démanteler ce sit-in qui n’a que trop duré, les « assiégés » de la Maison de la Télévision continuaient, à l’heure où ces lignes sont écrites, de se morfondre dans leur dépit de ne voir rien arriver, mais surtout de ne rien repérer chez les autorités, qui puisse mettre fin à l’inertie et à cette tolérante attitude dont ces dernières font montre depuis le déclenchement du mouvement.

Sans doute la nécessité se ferait-elle sentir de faire un diligent tour de la question avant de se résoudre à franchir le Rubicon, toutefois, il ne serait pas interdit de penser que ce sit-in fait office de caisse de résonance des vues et préconisations émanant du sommet de la hiérarchie du mouvement islamiste et relayées par l’entourage d’icelui, notamment Ameur Larayedh qui exige la privatisation des médias publics, singulièrement la Télévision tunisienne, sans autre forme de procès.

On ne peut être que confondu devant semblable plaidoyer qui est regardé par maints observateurs comme le symptôme précurseur du projet prêté au gouvernement de mettre la main sur les médias publics et sur le plus influent d’entre eux, Al Wataniya, qui semble jusqu’ici, rétive à tout contrôle de l’équipe au pouvoir. La campagne dont elle est invariablement l’objet, orchestrée à maints niveaux de la hiérarchie islamiste, est là pour accréditer l’intention, tantôt feutrée, moins rarement explicite, de ramener cet important média dans le giron d’Ennahdha. D’ailleurs, la virulence des attaques répétées visant les journalistes d’Al Wataniya, accusés d’être le « dernier carré » du RCD, et de «menées contre la volonté du peuple» a fini par persuader les plus incrédules que tel est le dessein du parti islamiste. Il n’y a qu’à voir, à cet égard, la vive réaction de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) qui a mis en garde contre toute éventuelle privatisation des médias publics, pour mesurer l’étendue des inquiétudes suscitées par les “déclarations de plus en plus insistantes” de certains dirigeants du parti islamiste Ennahdha. “Les pays démocratiques ne cèdent pas leurs médias audiovisuels publics au capital privé”, assène l’INRIC, résumant le tollé provoqué par ces déclarations.

Au demeurant, la levée de boucliers a été si forte que le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des dossiers économiques, Ridha Saïdi, s’est vu obligé de démentir et d’affirmer que «le gouvernement actuel n’a aucune intention de privatiser les médias publics et chercherait plutôt à les réformer et les développer ». Voire ! Mais comment, dans quel but et à quel prix ? S’il est envisagé de faire œuvre de réforme en «épurant les médias publics des «cellules dormantes» qui s’y enserrent, cela ne pourrait se faire qu’au moyen d’une purge dont le grand nombre ferait inéluctablement les frais et priverait les médias publics de ceux qui sont habités par l’obligation ardente de leur garantir neutralité , professionnalisme et savoir-faire, trois valeurs garantes et fondatrice d’une presse qui ne soit pas aux ordres et qui se fait un devoir de dire son fait au pouvoir, s’il lui arrivait d’en faire à sa seule tête et de faire cavalier seul dans la gestion de la chose publique. La volonté d’épuration est en tout cas visible dans les appels répétés de Rached Ghannouchi à lui fournir la liste des «Fassidine » ou corrompus avec l’ancien régime de Ben Ali. Une volonté, maintenant relayée publiquement par le Président provisoire de la République, avec ses attaques contre la presse nationale tunisienne, lors du dernier séminaire de Doha. S’étant désormais rallié au gouvernement, comme l’a déjà dit Abderraouf Ayadi SG du CPR, Moncef Marzouki, semble lui aussi convaincu de l’idée de s’approprier «l’appareil de propagande» que le Gouvernement d’Ennahdha voudrait faire des Médias publics et d’utiliser, pour ce faire tous les moyens, y compris la menace de vente !

S’il s’agit d’amener l’Etat à se désengager du secteur des médias, principalement l’audiovisuel en les ouvrant au capital privé, forcément les investisseurs acquis au pouvoir en place, il y a fort à parier que le résultat sera encore plus dévastateur, comme en témoignent les expériences de maints pays au sortir de règnes dictatoriaux où les médias sont tombés dans l’escarcelle de patrons de presse à la solde des gouvernants du moment. De surcroît, même les pays avancés ne se sont nullement hasardés à céder leurs médias publics, comme c’est le cas en France, en Italie et surtout en Grande-Bretagne où le précurseur en chef de la privatisation des médias publics, Rached Ghannouchi, a passé le clair de son exil, et où il s’est certainement instruit de l’école de liberté, de neutralité et de rigueur qu’est la BBC.

Mohamed Lahmar

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