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Tunisie, Hassen Gayed, échéance électorale, Economie

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Hassen Gayed

Hassen Gayed, expert financier donne, ci-après,  son avis à propos de l’échéance électorale et son impact sur les perspectives à court terme de l’chaine économique actuelle. Interview

Quelques jours nous séparent  de l’échéance électorale. Comment appréhendez vous ce rendez-vous ?

Il est vrai que ce rendez-vous avec l’histoire est tant attendu par tout le peuple tunisien et que tous les efforts ont été déployés pour sa réussite. Toutefois, personnellement j’appréhende le 23 octobre avec prudence, car rien n’est clair et j’ai le sentiment que tout le monde ne partage pas la même vision quant à la finalité et l’objectif à atteindre par la constituante. Certains y voient  un moyen de gouverner, d’autres un moyen de faire projeter le pays  vers un palier supérieur en matière de démocratie,…il semble qu’on veuille brûler les étapes et chacun veut montrer qu’il est le meilleur alors qu’à mon sens, l’objectif de cette première échéance est de proposer au peuple tunisien un projet de constitution qui saura répondre à ses attentes en matière de démocratie, de liberté,…et qui permettra vraiment d’éviter les erreurs du passé. Ma peur est qu’une fois la constituante élue, on assiste à une querelle entre les différentes parties prenantes et qu’on perde de vue notre objectif. Aujourd’hui, le mot d’ordre est l’entente, mais cela peut basculer en une seconde. Espérons que nous ne serons pas en retard à ce rendez-vous,  et j’invite tout le peuple tunisien, malgré cette « ambigüité », à aller voter et laisser la passivité d’antan de côté.

 Avec le démarrage de la compagne électorale, beaucoup craignent que la situation devienne complexe, chose qui pourrait influencer notre économie. En tant qu’expert, pouvez-vous nous dresser un bilan de la situation actuelle ?

Je vais vous surprendre. Personnellement, je ne pense pas qu’actuellement l’économie tunisienne se comporte mal. Certes, nous n’affichons pas la croissance des années précédentes, mais ce n’est pas si catastrophique que cela puisse paraître. Les industriels continuent à travailler, les sociétés de services aussi, les investisseurs étrangers historiques sont là et n’ont pas plié bagages. Les banques assurent leur soutien à l’économie. Certes, nous avons des cas d’impayés, mais, d’un autre côté, je ne manque pas de pointer du doigt l’irresponsabilité de certains qui essaient de tirer profit de ce flou en créant une économie parallèle qui ne fait qu’aggraver les choses.

Personnellement, je travaille dans une multinationale de l’informatique, leader de son marché, et tout se passe normalement, nous avons même des projets d’expansion en Tunisie. Nous constatons une inflation, mais nous savons qu’une large partie s’explique par des considérations conjoncturelles. 

Alors, quelles sont vos recommandations pour assurer la stabilité durant cette période ?

Je pense que chacun de nous doit essayer de donner de son mieux au travail et éviter les grèves et revendications syndicales de trop (même si certaines sont compréhensibles) et essayer de ne pas freiner la roue de l’économie. Je prends comme exemple l’arrêt de l’usine d’Enfidha qui a obligé l’Etat à l’importation et bien sûr le gaspillage des devises. Je pense que chacun de nous se doit d’être responsable et se dire qu’il s’agit d’une période transitoire où on doit se serrer les rangs. Théoriquement, il ne devrait pas y avoir de troubles durant ces événements, si ce n’est des troubles causés par la panique des Tunisiens qui pourrait déséquilibrer la loi de l’offre et de la demande et, d’ailleurs, c’est ce que nous vivons réellement aujourd’hui.

Il est clair qu’aussi bien les responsables actuels, qui font pourtant ce qu’ils peuvent par ces temps difficiles que les prétendants aux responsabilités futures se devraient, se doivent encore plus que jamais d’être plus présents sur le terrain, de manière à trouver des solutions concrètes à l’ensemble des problèmes que connaît la Tunisie, comme le chômage et le déséquilibre régional. Qu’en  pensez- vous ?

Je partage partiellement cet avis. Il ne faut pas se leurrer ; ce genre de travail est lourd et nécessite de la planification et une stratégie claire qui prend nécessairement du temps.

Prenons l’exemple des régions. Pour y amener des investisseurs et des industriels, il faut tout d’abord leur préparer l’infrastructure adéquate, car tout le monde peut s’installer à l’intérieur du pays, mais quoi faire quand il ne peut pas liquider sa production à temps et dans des meilleures conditions ? Pour préparer cette infrastructure, il faut de l’argent qui malheureusement devient rare actuellement malgré les différentes aides des différents pays étrangers et organismes internationaux. Mais aussi il faut du temps car construire une autoroute ou une zone industrielle ;  cela prend du temps aussi. Toutefois, ceci n’exonère pas les responsables actuels ou futurs d’aller sur le terrain et faire leur propre diagnostic et comprendre les vrais problèmes pour trouver les bonnes solutions et définir les bonnes stratégies ou au moins laisser au gouvernement élu après les élections municipales et présidentielles une analyse approfondie de la situation qui pourra constituer une bonne base pour le futur.

Selon vous, y aura t-il une vision claire pour relever ces défis. Des réformes sérieuses pour sortir notre économie de son chaos ?

Je pense qu’avec les élections de la constituante, nous sortons d’une situation du « temporaire illégitime » au « temporaire légitime ». C’est pour cela qu’il faut que cette nouvelle période soit la plus courte possible, car qui dit engager des réformes économiques dit une planification à moyen et long terme, et cela ne peut pas être fait par un potentiel nouveau gouvernement de sensibilités politiques différentes avec des visions économiques différentes. Moi, je pense que le rôle de ce nouveau gouvernement, s’il s’advient à être modifié, est de limiter les dégâts et essayer de stabiliser la situation économique et ne pas la régresser, ce  qui, en soi, est un acquis si on arrive à ne pas  régresser d’ici la fin de la mission de la constituante. Il ne faut pas oublier que même si on était dans une situation calamiteuse auparavant mais nous avons quand même les bases d’un Etat, puisque, faut-il le rappeler, que malgré tout, on continue à travailler normalement et les services vitaux à l’économie sont bien rendus. Moi, je dirais qu’un gouvernement composé de technocrate pour les ministères impactant directement l’économie : finances, transports, commerce…serait une bonne chose, puisque ces personnes seront là pour faire un travail de réflexion de fond et seront loin de toute influence politique pour orienter l’économie dans un sens ou dans l’autre.

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