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Tunisie, Intelligence Economique, Fethi, Ben, Mimoun

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A l’occasion de la tenue du séminaire de présentation du Réseau de veille et d’intelligence économique à l’initiative du ministère du Commerce et de l’Artisanat

A l’occasion de la tenue du séminaire de présentation du Réseau de veille et d’intelligence économique à l’initiative du ministère du Commerce et de l’Artisanat, Fethi Ben Mimoun, président de l’Association tunisienne d’Intelligence Economique (ATIE), a accordé à Africanmanager l’Interview que voici :.

Qu’entend-on par intelligence économique ?

L’intelligence économique vise la maîtrise de l’information économique stratégique. Elle désigne un ensemble coordonné d’actions de collecte, d’analyse , de valorisation , de diffusion et de protection d’informations utiles aux acteurs économiques, entreprises, Etat, collectivités locales, pôles de compétitivité et établissements de recherche, afin de renforcer leur compétitivité. Elle permet d’apporter une réponse au dilemme de l’abondance de l’information à laquelle fait face tout décideur. Elle permet une gestion optimale de l’information stratégique.

La démarche de l’intelligence économique repose sur trois piliers, à savoir la veille stratégique en ce qui concerne les évolutions économiques d’intérêt majeur et la sécurité économique des entreprises et la protection de leur patrimoine physique, humain et immatériel (propriété intellectuelle, déstabilisation, réputation et image, intrusion dans les SI). Le troisième pilier concerne le développement de l’influence ou le soft power, et ce via des actions externes de communication et de lobbying visant à impacter le marché.

Je tiens à signaler, à ce niveau, que l’intelligence économique n’est point un gadget managérial semblable à ceux produits par l’industrie managériale de temps à autre. Elle consiste en un ensemble de savoirs, d’outils, de pratiques et d’attitudes que tout professionnel est censé avoir et acquérir. Elle est par essence transversale. Elle est un état d’esprit qui doit imprégner toutes les spécialités et filières (économistes, gestionnaires, ingénieurs, informaticiens, pharmaciens, juristes). Elle n’est le monopole d’aucune d’elles. Elle est aussi transdisciplinaire. Elle mobilise un large éventail de savoirs qui va des sciences de l’information, les outils du data mining par exemple, aux sciences humaines de l’intelligence culturelle.

La Tunisie a-t-elle saisi l’importance des enjeux liés à l’intelligence économique et comment se présente la situation en la matière?

L’intelligence économique en Tunisie accuse un retard évident par rapport à d’autres pays. Elle est loin de constituer une veritable politique publique conceptualisée, formalisée, institutionnalisée qui allie acteurs publics et privés dans le cadre d’une vision partagée basée sur une stratégie de croissance et de compétitivité globale. Sa pratique est encore embryonnaire, parcellaire et très éparpillée. Elle est essentiellement pratiquée par certaines grandes entreprises et certaines institutions publiques ou privées telles que le CEPEX, la FIPA ou l’IACE. Il s’agit, à vrai dire, d’une veille relative à leurs domaines de compétence plutôt que d’une démarche d’intelligence économique qui est beaucoup plus offensive. Certaines universités commencent à s’y intéresser et à proposer une formation post universitaire en la matière, mais je pense que nous sommes encore loin de nos besoins en cadres formés à cette discipline. Nous sommes également loin de l’engouement suscité par l’intelligence économique dans le monde. Chaque année, plusieurs masters en intelligence économique sont mis en place en Europe, par exemple.

Je tiens à faire remarquer que nous vivons actuellement une surpolitisation à outrance du débat national, au détriment d’un vrai débat sur les enjeux économiques majeurs qui vont engager l’avenir de notre pays. Ceci est compréhensible eu égard au caractère historique et fondamental de la transition démocratique que nous vivons actuellement. Ce qui m’inquiète aussi, c’est le recul avéré de la culture, du savoir et de la rationalité dans notre société, ce qui affecte forcement notre intelligence collective, notion qui est au cœur de la problématique de l’intelligence économique. Nous assistons à une véritable régression aussi bien au niveau des thématiques débattues que des comportements des individus. Je suis, par exemple, sidéré de voir le nombre de jeunes et d’adultes victimes de la croyance de l’astrologie, qui croient que celle-ci est une science et qui la confondent avec l’astrophysique. Facebook est témoin de ces errements !

Quels sont les obstacles qui freinent la mise en place d’une véritable politique d’intelligence économique ? Que faut-il faire pour y pallier ?

Les obstacles sont multiples. L’approche collaborative est déficiente à tous les niveaux. Nous avons un secteur public et un secteur privé qui, s’il ne s’ignore pas superbement, collabore très peu, et plutôt par nécessité. Ils sont dans un rapport complexe imprégné d’un mélange de méfiance, de clientélisme et de défiance. De même, les entreprises tunisiennes n’ont pas de tradition de collaboration ou de mutualisation de leurs expériences ou de leurs compétences sur les marchés extérieurs. Nos administrations aussi sont très cloisonnées et continuent de fonctionner en silos et ce, au niveau de tous les segments d’un même département ministériel. Une véritable muraille de Chine se dresse parfois entre les directions générales relevant d’un même département. Une conception étriquée et caricaturale du secret professionnel couplé à un déficit chronique de communication interne finit par rendre les services étanches et imperméables les uns aux autres.

Nous avons réussi une révolution qui, dans ses effets et son onde de choc, ressemble à la révolution bolchévique. C’est une Révolution culturelle dont nous avons besoin maintenant. Un changement de paradigme. Nous devons (ré)apprendre à travailler ensemble, à chercher les convergences, à mutualiser nos acquis et nos expériences. La loi de la concurrence n’est nullement incompatible avec la collaboration et le partenariat entre les entreprises. D’autres pays le font et le réussissent bien. Pourquoi pas nous ? Des gisements d’expériences et de compétences sont diffus et nichent dans différents niveaux et sphères de notre administration, nos universités, nos entreprises, nos ambassades. Il est indispensable de formaliser un processus administratif et organisationnel qui permettrait de capter et de capitaliser ces gisements et de les mettre à la disposition des décideurs économiques et politiques. Il s’agit ni plus ni moins de favoriser une prise de conscience globale, auprès de tous les acteurs, de la possibilité de faire avancer le paquebot Tunisie qui navigue dans des mers tumultueuses dans la direction de la croissance , de la prospérité et du progrès , tout en poursuivant leurs objectifs respectifs.

Pouvez-vous nous présenter votre association et ses objectifs?

La création de notre association est partie de l’idée que l’intelligence économique est l’affaire de tous les acteurs, y compris la société civile, et qu’elle n’est pas l’apanage d’un quelconque service administratif. La nouvelle association s’est fixée comme mission, la promotion et la diffusion de l’intelligence économique et son appropriation par les divers acteurs économiques nationaux, publics et privés.

Au travers de son réseau d’experts, universitaires, décideurs, hauts fonctionnaires, diplomates, l’ATIE compte offrir un espace privilégié de rencontres et de débats entre acteurs de divers horizons et permettre un regard croisé entre dirigeants et experts, dans un esprit de mutualisation et de partage des savoirs et d’expériences, notamment entre les sphères publiques et privées. Elle a vocation à se constituer en un pôle de compétence et une plateforme d’expertise en la matière, et contribuer et enrichir la réflexion et le débat économique national.

Les centres d’intérêt de l’association sont très larges et touchent l’ensemble du périmètre et des thématiques de l’intelligence économique, telles que la veille et la gestion des connaissances, la protection du patrimoine informationnel, le soft power, l’e-réputation, l’ingénierie et le management de l’information, l’accompagnement des entreprises à l’international, l’appui au développement économique des territoires et à l’innovation, l’ingénierie des systèmes d’aide à la décision , la gestion des risques, le risque pays , la géopolitique , le lobbying , la sécurité et la sûreté des entreprises, la sécurité des SI, le coaching en IE, techniques de négociation , intelligence culturelle.

Notre road map pour 2012 se compose d’un certains nombre d’actions et d’événements que nous divulguerons le moment venu.

khadija Taboubi

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