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Après les faits et les actes

Après les faits et les actes, vient le temps des déclarations. C’est ainsi chez l’équipe et les partis gouvernants en Tunisie, depuis le 23 octobre 2011. Des actes, la plupart du temps des bourdes, presque toujours en contradiction avec de précédentes déclarations, ce qui nourrit le sentiment général que les partis gouvernants manient adroitement le double langage et qu’ils ont la langue, plutôt fourchue.

Lui, c’est le ministre d’une justice transitionnelle qui n’arrive toujours pas, 9 mois après la prise du pouvoir d’Ennahdha, à se mettre en place. Tenté par la réconciliation nationale, il n’arrive pas à la décider. Samir Dilou, c’est aussi le porte-parole d’un gouvernement où la communication n’arrive pas à être centralisée, ni autour de sa personne, ni autour du bureau de presse du chef du Gouvernement. A son apogée, il avait beaucoup joué le « sapeur camembert» et pour le gouvernement et pour son propre parti, avant que Mouadh, fils de Rached Ghannouchi ne devienne le directeur de bureau de son paternel. Sa dernière interview au journal français L’Express, montre peut-être un retour à l’œuvre d’un ministre qui a bonne bouille, bon communicateur et homme de débat hors pair.

Dans cette interview, il s’attaque au dossier hyper-brûlant des salafistes. Samir Dilou y prend même le contrepied de toutes les déclarations, et du gouvernement et du parti du gouvernement. «Je reconnais que nous avons fait preuve, au début surtout, d’un certain laxisme face aux salafistes, bien que certains d’entre eux aient été condamnés à la suite d’actes de vandalisme ». Il se permet même le luxe, contrairement au ministre de l’Intérieur qui n’arrive plus à le dire, de dire que «dorénavant, c’est tolérance zéro». Le pense-t-il vraiment ou ne parle-t-il qu’à titre personnel. Si oui, pour quelle raison ?

Et alors que plusieurs députés de son parti, y compris Rached Ghannouchi, relancent le projet d’une interdiction de toucher au Sacré au sein de la Constitution, Samir Dilou dit non et s’en indigne même.

«Nous n’avons pas besoin d’un tel texte. Et nos élus feraient mieux de s’occuper des vraies questions au lieu de perdre leur temps à argumenter sur la protection du sacré ou la complémentarité entre les sexes! Ils ont pour mission de rédiger une constitution qui garantisse les droits et les libertés et nous fournisse un socle sur lequel construire un Etat civil et démocratique» et traite même certains débats de la Constituante de stériles.

Toujours sur le sujet des salafistes et alors que le ministre nahdhaoui, Moncef Ben Salam, autorisait, début septembre, le port du niqab pendant les cours que le doyen de la faculté interdit toujours, ouvrant les portes devant une nouvelle année universitaire des plus perturbées après celle de 2012 où son fils avait fortement profité des médias, Samir Dilou s’illustre encore.

«Il faut qu’il [ndlr : Le Doyen Habib Kazdoghli] ait les moyens de faire respecter sa décision. Et je crois qu’elle [ndlr : La décision de Kazdoghli d’interdire le port du niqab durant les cours] est sage». Le Gouvernement aurait-il pris une nouvelle position sur cette question où Dilou lui-même avait auparavant refusé de prendre position ? Nul ne le sait, le ministre Dilou dandinant habilement entre positions personnelles et positions gouvernementale, sans qu’il soit possible de le coincer dans l’une ou dans l’autre. C’est notamment le cas lorsqu’il répond à la question de possibles divergences au sein de l’équipe gouvernementale, notamment sur  le bilan de certains ministres,  que «ce n’est pas à moi, mais à l’opinion, à travers les médias notamment, de se prononcer. Et au chef du gouvernement d’en tirer, éventuellement, les conséquences». Plus énigmatique encore, lorsqu’il répond au journaliste qui lui disait que «ceci débouche, en général, en démocratie, sur un remaniement ministériel… », par un «Je ne vous le fais pas dire»

Et contre celui que toute la jeunesse d’Ennahdha soutient et le porte au pinacle pour sa campagne contre la corruption, Samir Dilou ose. Il est ainsi, le seul à s’opposer à ce que fait Lotfi Zitoun, notamment lorsqu’il déclare que «les responsables d’Ennahdha et les membres du gouvernement n’ont rien à faire dans un mouvement qui dit faire pression sur le pouvoir. On ne peut pas être à la fois au gouvernement et dans la rue».

Force est, devant le caractère aigu de ces déclarations par rapport à celles de ses compères au parti et au gouvernement, de se demander «qu’est-ce qui fait courir» Samir Dilou ? Pourquoi prend-il autant de risques politiques ? Samir Dilou serait-il devenu dissident à l’intérieur d’Ennahdha ? Il est vrai que le schisme à l’intérieur d’Ennahdha, n’est plus qu’un secret de polichinelle !

Khaled Boumiza. Source : L’express.fr

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