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Un an après la révolution

Un an après la révolution, les initiatives pour l’instauration de la justice transitionnelle se poursuivent. Une justice qui devrait rétablir le droit des victimes, qui ont beaucoup souffert pendant le régime de Ben Ali et se sentent grugés après sa fuite en Arabie Saoudite. Que va faire le gouvernement Jbali pour leur rendre la justice à laquelle ils ont droit?

Il a d’abord, commencé par accuser, comme désormais de coutume, le Gouvernement de l’ancien Premier ministre tunisien, Béji Caïed Essebssi, d’être à l’origine du retard pour lequel les Tunisiens en veulent au Gouvernement Jbali.

Moncef Marzouki, qui parlait lors de la conférence nationale, tenue ce 14 avril, de l’importance de la justice transitionnelle dans la restauration de la confiance du peuple auprès de l’appareil de l’Etat, n’a ainsi pas manqué d’accuser le gouvernement d’Essebssi d’avoir ralenti le processus de la justice transitionnelle. Chose qui a abouti, selon lui, à un retard délibéré dans les poursuites juridiques contre les coupables ou ceux qui ont pillé les richesses du pays. D’autant, a-t-il dit, qu’il y a certains corrompus et des personnes, couvertes politiquement, qui tenteraient de fuir la justice. Ceci ne peut que confirmer, selon lui, l’intention de l’ancien gouvernement de saboter le travail de toute autorité issue des élections.

Marzouki accuse l’autre et loue l’actuel gouvernement !

En présence des trois présidents, celui de la République, Moncef Marzouki, celui de la Constituante, Mustapha Ben Jaafar et celui du gouvernement, Hamadi Jbali, la conférence était la première initiative s’insérant dans le cadre d’un dialogue national et réunissant décideurs politiques, représentants de partis politiques, associations et société civile ainsi que des victimes des régimes Bourguiba et Ben Ali pour renforcer la concertation entre toutes les parties nationales aux fins de l’élaboration d’une loi relative à la justice transitionnelle.

Suivant l’exemple des ministres de Hamadi Jbali, Moncef Marzouki charge ce qu’il appelle sans les nommer, «les ennemis de la révolution», les accusant, tout aussi laconiquement et sans aucun détail, «de mettre les bâtons dans les roues de la transition que vit la Tunisie». En tant que membre de la troïka, fidèle à l’accord tripartite qui l’avait porté à Carthage, Marzouki ne manque pas de louer la volonté du gouvernement actuel, qu’il estime «forte pour y faire face et pour instaurer la justice transitionnelle qui a beaucoup de chance de réussite dans notre pays». L’important, selon le défenseur des droits de l’homme qu’était Marzouki lorsqu’il était opposant à Ben Ali, est de passer à l’action surtout avec des Tunisiens qui attendent des résultats palpables et avec les revendications croissantes des familles des blessés de la révolution. Et comme pour atténuer les différents appels que la réconciliation ne vienne qu’après la redevabilité et la justice, celui qui semble vouloir instaurer la justice, le président tunisien provisoire ajoute que «cette justice ne doit pas être synonyme de vengeance», avant d’affirmer sa foi en une «justice transitionnelle et non en une justice vengeresse».

La tirade de Moncef Marzouk, donnait l’air, à notre sens en tous cas, de quelqu’un qui «tirait sur l’ambulance» et de refuser d’assumer la responsabilité de plus de 100 jours au moins, de dossiers accumulés, de changement à la tête des Commissions en charge d’une partie de cette justice transitionnelle et d’en imputer la responsabilité à l’autre, en l’occurrence un gouvernement démissionnaire et dont le premier responsable avait lancé une initiative qui dérange toujours la troïka.

Se mettant ainsi dans le beau rôle, les principaux participants à cette rencontre reprennent le refrain de Marzouki. Samir Dilou, ministre tunisien de la Justice transitionnelle, estime ainsi que les facteurs objectifs existent dans la Tunisie nouvelle pour garantir sa réussite. Plus précis, Mustapha Ben Jaafar, président de la Constituante, a mis l’accent sur l’importance de promulguer une loi qui définisse les champs d’intervention de la transition de la justice en insistant sur l’utilité de réparer les injustices et rétablir les droits des victimes. Idée partagée par le chef du gouvernement, Hamadi Jbali qui se rappelle de ses 15 ans de prison dont une grande partie à l’isolement dans les geôles de Ben Ali, et appelle à la «réhabilitation» des opposants islamistes qui ont été torturés pendant les dernières décennies.

… et le reste des présents lui emboîtent le pas.

Les accusations du président de la République provisoire, Moncef Marzouki semblent avoir été accueillis avec beaucoup d’irritation. Foued Mbazzaa a refusé toute déclaration à la presse nationale en signe de mécontentement de l’accusation lancée à son encontre et contre le gouvernement d’alors, et du fait que Marzouki ait mis tout ce qui n’allait pas dans le dossier de la réconciliation et de la justice transitionnelle à la seule charge de la période Mbazzaa. Ceci, alors que Moncef Ben Salem, ministre nahdhaoui de l’Enseignement supérieur, s’en est pris à la démarche du gouvernement de Caïed Essebssi en matière de lutte contre la corruption, précisant que «le gouvernement a retardé le traitement de ce dossier bien qu’il fût capable, contrairement à nous, d’édicter des circulaires pour y faire face ».

De son côté, le dirigeant du parti islamiste Ennahdha a signalé que cette conférence est une nouvelle étape dans la Tunisie postrévolutionnaire, «une étape qui exprime la ferme volonté des décideurs au niveau de la législation de lutter contre la corruption dans le processus de transition », a-t-il dit en réponse à une question d’Africanmanager. Il a affirmé que l’instauration de la justice transitionnelle ne se fera qu’à travers le jugement des corrompus et des tortionnaires.

On finira par dire que la position de la Troïka, qui a refusé toute mesure opérationnelle, en matière de justice transitionnelle et notamment pour le volet économique de cette justice, renseigne sur sa peur de se faire attaquer par une opposition qui se tait à ce sujet et qui cherche anguille sous roche. Elle renseigne aussi sur ce qu’on pourrait appeler «une nouvelle dérive» de l’action du gouvernement de Hamadi Jbali. Un gouvernement qui ne cesse d’attaquer l’ancien gouvernement et en particulier, le bourguibien Béji Caïed Essebssi. Une démarche, de l’avis des observateurs, conçue pour cacher sa relative incapacité à résoudre les différentes problématiques auxquelles fait face la Tunisie de l’après Ben Ali.

Wiem Thebti

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