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Il y a des jours où l’on donnerait presque raison à des Nahdhaouis

Il y a des jours où l’on donnerait presque raison à des Nahdhaouis, comme Zitoun, Harouni et même Abdessalem, lorsqu’ils parlaient tous de complot. Pour nous maintenant, le complot ce n’est pas contre Ennahdha. Elle n’est certes pas notre ennemi, mais on souhaite qu’elle retrouve sa vraie dimension électorale (1,5 millions sur presque 5 millions d’électeurs). Elle n’est pas non plus notre souci, car, nous sommes sûrs que le Tunisien arrivera à la recadrer dans son simple rôle de simple parti politique parmi tant d’autres dans la Tunisie de l’après Ben Ali, qui aura été finalement son plus grand supporter en la diabolisant. Pour nous, s’il y a désormais «complot», il est contre tout un peuple !
Il y a quelques jours, l’Association des Diplômés chômeurs (ADC) annonçait sa volonté de faire démonstration. Elle voulait protester et faire entendre la voix des chômeurs dans une Tunisie qui en compterait certainement un million. Mais aussi, il faut le dire, dans une Tunisie où l’indice de la production industrielle (IPI) a baissé de 5,9 % (hors mines et énergie). Dans le seul secteur des mines dont dépend pourtant toute une région, l’IPI était déjà, à la fin 2011, en baisse de 58 %. Une région, Gafsa, qui ne veut travailler, toute entière, que dans la CPG (Compagnie de Phosphate de Gafsa) que  les propres habitants, candidats à l’emploi, ont appauvrie de 800 MDT, en une seule année. Tout cela aussi dans une Tunisie qui est en récession (-2,2 % en 2011 par rapport à 2010. Chiffre de l’INS), qui fait pourtant grèves et Sit-in, partout et «à-la-va-comme-je-te-pousse ». Une Tunisie dont le moindre excès de colère se transforme en batailles rangées et en casses de toutes sortes, par des hordes de toutes sortes, comme dans le cas, dimanche, du poste de police d’El Guettar.
Il y a quelques jours aussi, le ministère de l’Intérieur dont on critiquait de toutes parts la main molle en matière d’ordre, de sécurité et de restauration de l’autorité de l’Etat, se décide à interdire toute manifestation sur l’avenue phare de la République, l’Avenue Habib Bourguiba où toutes les manifestations antérieures avaient pourtant mal tourné.
Dans un geste, manifeste, de défi à toute l’autorité de l’Etat, les manifestants chômeurs n’en feront pourtant qu’à leur tête. Ils choisissent délibérément d’aller crier leur colère à l’endroit même qui leur a pourtant été interdit !
Sitôt, la fameuse société civile (concept, par ailleurs, tellement flou et à la taille XXXL qu’il engloberait tout ceux qui voudrait juste protester), s’ébranle comme à son habitude pour crier au scandale. A l’UGTT (Union Générale Tunisienne du Travail), à partir du siège de laquelle les manifestants avaient pris leur courage à deux mains chargées de banderoles, le bureau exécutif dénonce ainsi «les agressions contre les chômeurs qui manifestaient pour revendiquer leur droit à l’emploi » et revendiquaient même,  «l’ouverture d’une enquête pour déterminer les responsabilités», appelant, à l’occasion, le ministère de l’Intérieur à stopper l’usage de la force contre les manifestants. Le BE de l’UGTT ne se prive pas, à l’occasion, de préciser que «le droit de manifester et de protester constitue un acquis et que la poursuite de l’interdiction ne peut qu’engendrer des tentions et des atteintes aux libertés». L’UGTT va plus loin dans le déni de l’autorité de l’Etat et «réitère son refus de la décision interdisant les manifestations, à l’Avenue Habib Bourguiba». Presque «un appel au crime» !
Avec tous nos respects pour la Centrale syndicale ouvrière et pour toute la lutte ouvrière et tous ses leaders, nous estimons pourtant que le BE de Houcine Abassi aurait dû trouver un autre moyen, moins flagrant et plus respectueux des lois dont elle revendique pourtant l’application, pour courtiser les chômeurs et pour répondre à ceux qui lui ont toujours rappelé que les revendications financières de ses bases ne tenaient pas compte des chômeurs.
De son côté, la LTDH (Ligue tunisienne des droits de l’homme) dénonce ce qu’elle a appelé les «attaques atroces contre les participants à la manifestation pacifique» qu’a organisée l’ADC. La LTDH affirme, accusatrice, que «des agents de l’ordre, en uniforme et en civil, ont agressé sauvagement les organisateurs lorsqu’ils ont essayé d’entrer sur l’Avenue Bourguiba». Elle oublie de préciser que l’Avenue était déjà interdite et oublie aussi de rappeler l’obligation du respect des lois. La Ligue rappelle seulement le droit de tout Tunisien à la manifestation.
Avec le respect pour la LTDH et pour toutes ses luttes et ses efforts dans l’instauration de la démocratie en Tunisie avant et après Ben Ali, il faut pourtant lui rappeler que tout droit commence par l’obligation de chacun à pratiquer respectueusement ses devoirs aussi. C’est tout aussi écrit dans les conventions internationales. Sans oublier de rappeler aussi aux forces de l’ordre l’obligation qu’elles ont apparemment oubliée, de faire preuve de plus de force dissuasive que de force tout simplement, faut-il rappeler aussi à la LTDH que le soutien ne mène nulle part lorsqu’il est aveugle. Elle aura, en effet, beaucoup de mal à défendre les libertés, dans une atmosphère où règne le chaos et où les libertés de chacun piétine, allègrement et sous les applaudissements et le soutien inconditionnel, les libertés de  l’autre et sans aucun respect des devoirs dans, certainement pas la République bananière, que la Révolution voudrait instaurer après 23 ans de dictature.
Il est temps, nous semble-t-il, que la Tunisie, société civile, syndicats, organisations et associations, choisissent. On ne peut, en effet, pas demander au gouvernement de faire respecter la loi, sans lui donner le droit de faire respecter ses propres décisions. On ne peut demander au ministère de l’Intérieur de restaurer l’autorité de l’Etat en criant toujours haro sur la moindre de ses décisions dans ce sens et en donnant plein droit à ceux qui voudraient s’autoriser de bafouer impunément cette autorité.

 Khaled Boumiza

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