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Walid Belhadj Amor, CTVIE

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La situation économique actuelle du pays

La situation économique actuelle du pays, les dégradations successives des notes de la Tunisie par les agences de notation, la chute du dinar par rapport à l’Euro, et l’accord de statut de partenaire privilégié avec l’Union européenne sont les thèmes majeurs d’une interview accordée à Africanmanager par Walid Belhaj Amor, président du centre de Veille et d’intelligence économique ( CTVIE), relevant de l’institut arabe des Chefs d’entreprises. Interview :

Comment peut-on qualifier la situation économique actuelle ?

La situation économique du pays est difficile, même si la Tunisie a montré une capacité de résilience forte, au cours des deux dernières années. Mais, le contexte social reste précaire et cela est un mauvais signe, deux ans après une révolution où les revendications étaient, fondamentalement d’essence sociale.

Quels sont les indices négatifs qui menacent le plus l’économie tunisienne ?

Il faut d’abord constater que les équilibres macroéconomiques ne sont pas assurés, et que le déficit budgétaire se creuse en même temps que le déficit du commerce extérieur. Ensuite, le niveau d’investissement public et privé reste faible et ne permet pas la création d’emplois au niveau requis. Il faut ajouter à cela une croissance atone en Europe, ce qui est un facteur aggravant pour l’économie tunisienne, basée essentiellement sur l’exportation,.

Quel est effet de la chute du dinar sur l’économie tunisienne et comment peut-on réagir ?

Au niveau du Centre de Veille et d’intelligence économique que je préside à l’IACE, nous avons organisé, il y a quelques semaines, une table ronde consacrée à la question de la gouvernance du taux de change. Il en ressort que le taux de change est un indicateur de la santé de l’économie de notre pays et sa compétitivité relativement à nos partenaires et à la zone euro principalement.

Lorsque le dinar baisse par rapport à l’euro, cela veut simplement dire que la demande en euro est supérieure à l’offre sur le marché, et que nos besoins pour faire face aux importations, au service de la dette et aux transferts, en général, sont supérieurs à nos recettes en devises. La banque Centrale fait ce qu’elle doit faire, ou ce qu’elle peut faire, mais elle n’a pas de baguette magique pour modifier cet état de fait, sauf peut-être à limiter l’importation de certains produits, et on y arrivera peut-être si la situation continue à se dégrader. Les experts s’accordent à dire que le dinar, malgré son bas niveau actuel, reste surévalué par rapport à l’euro.

Peut-on parler d’une reprise en 2014?

On peut toujours l’espérer, bien sûr, maintenant je ne pense pas que l’on puisse envisager de reprise en 2014, du moins pour le moment. Sur le plan intérieur, il faudrait quelques préalables, dont la sécurité, l’agenda des élections, le traitement de quelques dossiers importants, ce qui permettrait de redonner confiance aux investisseurs locaux et étrangers et d’enclencher ainsi petit à petit un cercle vertueux où le politique, le social et l’économique pourraient se nourrir mutuellement. Si, en plus, la croissance repart en Europe, nous aurons alors des raisons objectives d’être optimistes, mais, pour le moment, nous en sommes loin.

Vous avez exprimé des craintes quant à l’accord de statut de partenaire privilégié avec l’Union européenne, pourquoi ?

Au niveau de l’IACE, il n’y a pas de craintes particulières quant au statut de partenaire privilégié lui-même. Les craintes sont plutôt liées aux conditions de négociation de l’accord et aux risques d’être mal préparés et de ne pas mener toutes les études d’impact nécessaires pour évaluer cet accord et être en mesure d’en tirer le meilleur parti. Ce qui est surprenant, c’est que le sujet ne semble pas figurer dans les priorités du pays, alors qu’il nous apparait essentiel surtout pour le débat qu’il doit susciter, les choix que ce débat devrait conduire le pays à faire et la vision de la Tunisie future qui pourrait se dessiner.

Maintenant, des craintes ont été exprimées par certains partis politiques et syndicats. Elles sont compréhensibles, surtout si cet accord doit emporter le pays dans un libéralisme effréné, sans donner les moyens à nos entreprises et notre économie d’être performantes. Elles seraient compréhensibles si cet accord devait nous mener à un rapport de forces inéquitable. C’est à nous, tunisiens, d’obtenir plus que ce qui nous est proposé, et c’est à nous, tunisiens, de faire plus, à chaque instant, pour être plus forts demain.

Peut-on expliquer cela par l’absence des négociateurs tunisiens voire des compétences capables de négocier cet accord ?

Nous ne connaissons pas l’équipe qui sera en charge des négociations, et nous ne doutons pas, a priori, de la compétence de ses membres. Ce qui importe, c’est l’approche qui sera adoptée, la préparation de ces négociations et les moyens et ressources qui seront mobilisés pour se doter des éléments nécessaires à la négociation. Ce que nous souhaitons à l’IACE, c’est qu’un débat national soit ouvert et donne l’occasion à toutes les franges du monde politique, économique et social de s’exprimer sur les différentes questions posées à la Tunisie à travers ce statut. Nous devons être en mesure de transformer cette proposition de l’UE en une vraie opportunité de développement pour le pays. En même temps, les choix doivent être faits par les tunisiens en parfaite connaissance de cause, et non imposés, ni de l’intérieur ni de l’extérieur. Nous espérons donc que les politiques, mais aussi la société civile, vont rapidement s’emparer du sujet et imposer au pays un large débat sur cette question.

La détérioration de la note de la Tunisie par les agences de notation, quel effet sur la Tunisie ?

La Tunisie est rentrée dans cette spirale de la détérioration de la note souveraine, depuis le mois de mai 2012, avec plusieurs dégradations successives, ce qui démontre que la confiance dans notre économie s’effrite. Cette dégradation, si elle n’affecte pas directement le budget de l’Etat, elle touche les entreprises dont les coûts directs dans leurs opérations avec leurs partenaires étrangers sont directement affectés par ces dégradations. Nous avions pris l’initiative, au Centre de Veille et d’Intelligence Economique de l’IACE, d’organiser, dès 2012, après la première dégradation opérée par S&P, une table ronde sur le sujet et de proposer une feuille de route suggérant une série de mesures qui permettaient, selon nous, d’endiguer la perte de compétitivité de notre économie. Malheureusement, les mêmes causes provoquant les mêmes effets, et à défaut d’action, la situation continue à se dégrader.

Quels sont les vraies réformes économiques les plus adaptables avec la situation économique actuelle de la Tunisie ?

Je crois qu’il faut faire la différence entre les réformes dont les effets sur l’économie sont souvent différés et le traitement de dossiers urgents ou la mise en œuvre de mesures d’urgence qui peuvent avoir des effets positifs immédiats. Or, il y a des dossiers urgents, tels que le règlement des conflits qui minent l’exploitation du phosphate, ou encore les conditions d’exploitation du port de Radès, nœud de l’économie, qui affectent directement les entreprises et leur compétitivité au travers des surcoûts qu’elles subissent, du fait des performances catastrophiques du port par rapport aux autres ports du bassin méditerranéen, bien plus productifs.

On peut aussi citer le secteur informel et, plus précisément la contrebande qui sévit, et qui porte un coup terrible à l’économie formelle et aux entreprises qui respectent les règles. Il n’est pas admissible que l’Etat ne soit pas en mesure de maintenir des conditions de concurrence saines et loyales pour sauvegarder les entreprises et le tissu économique en général. Enfin, il y a lieu de citer le dossier de l’endettement du secteur touristique qui tarde à être réglé. D’ailleurs, il ne servirait à rien d’entreprendre des réformes de fond, telles que le code d’investissement ou la fiscalité, s’il n’y a pas respect des règles du jeu par tout le monde. D’autres mesures d’urgence seraient susceptibles de relancer l’économie tunisienne, et nous publierons bientôt des propositions de l’IACE, dans ce sens.

Khadija Taboubi

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