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Walid Belhadj Amor

Walid Belhadj Amor, le président du Centre Tunisien de veille et intelligence économique (CTVIE) et directeur général-adjoint de Comete Engineering a accordé à Africanmanager une interview exclusive où il est revenu sur la compétitivité de l’économie nationale, la dette de la Tunisie et la politique d’austérité envisagée par le pays.

Walid Belhadj Amor a déclaré, à ce propos, qu’il n’y a pas d’autre possibilité que la relance par l’investissement. L’austérité est tout l’inverse de l’investissement, elle ne peut donc pas produire d’effet de relance. Interview :

Vous avez déclaré que la Tunisie a oublié de travailler, pouvez-vous nous précisez davantage ce constat ?

La compétitivité de l’économie tunisienne n’a cessé de se dégrader au cours des 3 dernières années. Les grèves, les revendications incessantes, les perturbations de l’appareil productif ont largement affecté la productivité de l’ensemble de l’appareil tant au niveau du secteur privé que du secteur public. Cette situation ne peut plus durer et il est urgent de restaurer la production pour revenir à des niveaux de productivité cohérents avec les objectifs de croissance et de relance. Il y a des gisements importants de compétitivité et de productivité dans l’économie tunisienne, c’est ce qui peut permettre de créer plus de valeur et de richesses, toutes choses égales, par ailleurs.

L’Etat doit mettre en œuvre une politique de simplification des démarches administratives pour les entreprises, restructurer des pans entiers de l’économie publique tels que les secteurs du transport et de la logistique, ceux des mines et des hydrocarbures ou encore le secteur financier. Dans le même temps, il doit lutter contre le secteur informel et la contrebande pour restaurer des conditions normales de marché. Il faut libérer les énergies dans ce pays dont l’économie reste fortement sclérosée.

La situation de la dette de la Tunisie est-elle vraiment supportable aujourd’hui, comme certains le pensent ?

Le niveau de la dette est encore globalement supportable, mais, au rythme où il va, il ne le restera pas longtemps. La dette n’est supportable que si elle permet de créer suffisamment de richesses pour assurer son remboursement. Si tel n’est pas le cas, alors la dette finira par peser sur les finances publiques. Au cours des deux dernières années, en Tunisie, l’endettement a été essentiellement constitué de concours budgétaires pour financer les frais de fonctionnement de l’Etat, et la conséquence est que les niveaux actuels du service de la dette sont aujourd’hui élevés. Il serait judicieux d’envisager la possibilité d’un recyclage de la dette, au moins, bilatérale sous forme d’investissements dans des projets économiquement rentables.

D’aucuns pensent que même avec une politique d’austérité, la Tunisie ne doit pas s’attendre à grand-chose, pourquoi, selon vous ?

La relance économique ne peut venir que de la consommation ou de l’investissement. En Tunisie, étant donné la structure de notre économie et de notre appareil productif, une relance par la consommation profiterait essentiellement aux biens importés et affecterait directement la balance commerciale. Il n’y a donc pas d’autre possibilité que la relance par l’investissement. L’austérité est tout l’inverse de l’investissement, elle ne peut donc pas produire d’effet de relance. Toutefois, au vu des déséquilibres budgétaires il n’y a pas d’autre solution que de réduire nos dépenses, mais il faut baisser les dépenses de fonctionnement et augmenter au maximum ceux d’investissement. C’est là que le facteur productivité entre en jeu, dans la mesure où l’économie tunisienne ne pourra absorber plus d’investissements que si l’appareil productif est relancé efficacement.

Est-ce que vous pensez que l’emprunt national lancé par le gouvernement de Mehdi Jomaâ va résoudre vraiment la crise de la Tunisie?

La crise ne pourra pas être traitée par une seule mesure quelle qu’elle soit. Un emprunt de 500 millions de DT sera une goutte d’eau dans le déficit budgétaire, mais il contribuera à en résorber une partie. L’Etat a besoin de financer le budget, mais il a aussi besoin de financer la relance de l’économie, et pour ce faire, il y a des solutions parmi lesquelles la cession d’entreprises publiques et d’actifs non stratégiques telles que ceux confisqués après la révolution, les actifs détenus par les banques publiques et les entreprises publiques déficitaires qui plombent le budget de l’Etat. Il faut se poser la question de savoir si le rôle de l’Etat et des banques publiques est de détenir des actifs gelés dans des secteurs tels que la construction, la promotion immobilière ou le commerce. Je ne le pense pas. Le rôle de l’Etat n’est pas d’intervenir dans le secteur productif non stratégique mais de mettre en place des mécanismes qui favorisent le développement du secteur productif en évitant les situations de rentes et en assurant une juste redistribution des richesses.

Jalloul Ayed, l’ancien ministre des Finances, a affirmé que le gouvernement de Jomaâ est sur les traces de ses précédents, partagez-vous ce constat ?

Je ne sais pas dans quel contexte M. Ayed a dit cela ni à quel propos précisément. Le gouvernement Jomâa est issu d’un consensus politique et non d’élections. On aurait pu s’attendre à ce qu’il ait les coudées franches pour mettre en œuvre sa politique. Cela semble plus difficile que prévu, et les soutiens affichés par la classe politique sont en réalité moins francs que ce qui est nécessaire. Il a opté pour organiser le consensus sur le plan économique et social, ce qui présente quelques risques : l’enlisement du débat, d’abord, et l’accord a minima, ensuite. Mais il est trop tôt pour l’affirmer, attendons de voir les résultats. En politique, souvent, la fin justifie les moyens.

Toutefois, c’est le gouvernement qui assumera les conséquences d’un échec de ce dialogue, alors que les Tunisiens attendent la mise en œuvre de solutions. Les Tunisiens et parmi eux certaines catégories précises ont beaucoup souffert, ils peuvent peut-être attendre encore un peu, mais ils ont besoin d’espoir, d’abord, et de réponses efficaces, ensuite. Ils ont besoin de sentir qu’il y a un capitaine à la barre et qu’il connaît le chemin.

Khadija Taboubi

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