Présidentielle : Ultime revue de détail avant la campagne

Présidentielle : Ultime revue de détail avant la campagne

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Le compteur  semble s’être trop emballé au septième et dernier jour du dépôt des candidatures pour l’élection présidentielle anticipée. C’’était le grand rush pour un scrutin dont le calendrier a été avancé suite au décès de l’ex président en exercice, feu Béji Caïd Essebsi, bouleversant toute l’ordonnance des échéances électorales de 2019 et désorganisant les stratégies des postulants, qu’ils soient partis politiques ou individus. Ils devraient être, au bout du compte, autour de la centaine, exactement quatre-vingt-dix-huit  à briguer la présidence de la République, beaucoup plus que les soixante-neuf qui l’avaient fait cinq ans plus tôt.En tout cas, les premiers arrivés ne devraient pas, dans leur écrasante majorité, être les premiers servis. Car tout le contingent des candidats était aiguillonné sur celui qui sortirait du chapeau d’Ennahdha, qui aura finalement choisi un des siens plutôt qu’un candidat « venu d’ailleurs », c’est à dire une personnalité issue des rangs d’un autre parti ou tout simplement indépendant. Youssef Chahed faisait censément partie de cette liste, et d’aucuns n’excluent pas qu’il suive une trajectoire autre que celle de ses pairs dans cette course. D’autres, cités par le site « The National » seraient enclins à penser que le chef du gouvernement et président du parti Tahya Tounès, « malgré sa notoriété, ne devrait pas dominer la compétition pour avoir été associé à des années de stagnation économique et une monnaie qui se détériore depuis 2016 ».

Mais le défi le plus important est posé presque certainement par Abdelfattah Mourou, le premier candidat à la présidence à avoir été présenté par le parti islamiste modéré Ennahdha.  Morou serait respecté tant par les hommes politiques que par l’opinion publique, dit The National qui rappelle que le chef d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, se présente aux élections législatives prévues pour le 6 octobre.

Troisième candidat en lice, Le ministre de la Défense Abdelkarim Zbidi, un « technocrate qui s’est généralement tenu à l’écart des chamailleries politiques qui subsistent souvent au sein de l’Assemblée des représentants du peuple ». Médecin de son état, il est soutenu par Afek Tounes et Nidaa Tounes, un parti qui ne cesse de s’effriter et qui a subi plusieurs scissions depuis sa fondation il y a sept ans par Béji Caïd Essebsi comme rempart contre Ennahdha.

Une incursion inédite

L’incursion d’Ennahdha dans la course à la présidence est sans précédent. Le parti a déjà hésité à présenter un candidat en raison de ce que beaucoup de gens soupçonnent d’être des préoccupations sur des divisions qui pourraient être créées s’ils détenaient l’exécutif. Toutefois, la nature inhabituelle du la consultation électorale présidentielle de cette année peut avoir modifié les hypothèses passées.

“Je pense que c’est en grande partie une réaction à la montée de Nabil Karoui dans les sondages “, a déclaré Sharan Grewal de Brookings Institute. “Mourou est la figure la plus populaire d’Ennahdha au niveau national, plus que Ghannouchi, et a plus de chances de battre Karoui.”

Zbidi est présenté dans les médias comme le successeur naturel de Caïd Essebsi, dont la mort à l’âge de 92 ans le 25 juillet a précipité les élections anticipées de novembre, mais il pourrait aussi être victime d’un paysage politique en mutation. ” Caïd Essebsi a réussi à unir l’establishment moderniste et laïque contre Ennahdha”, a déclaré Grewal. “Aujourd’hui, c’est moins probable, étant donné que Chahed et d’autres sont dans la course. Je ne vois donc ni Zbidi ni Chahed obtenir de bons résultats. Ils vont probablement se diviser leur base entre eux », a-t-il dit.

La candidature de Morou est un défi direct à la plateforme socialement conservatrice de Kais Saied. Bien que bien connu, Saied ne dispose pas de l’appareil de parti qui puisse galvaniser une grande partie des suffrages, ce qui est également le cas de Hamadi Jebali.

Un second tour entre Mourou et Karoui ?

« Je pense que le second tour opposera Mourou à Nabil Karoui “, a pronostiqué Grewal. “Ils représenteront deux camps très divers. Mourou plus islamiste et homme de l’establishment, Karoui plus laïque et populiste. Nous pouvons donc nous attendre à ce qu’une certaine polarisation réapparaisse, ce qui sera bon pour la participation, mais potentiellement inquiétant si la légitimité des élections est également contestée », a-t-il déclaré, faisant référence aux amendements à la loi électorale qui auraient empêché de nombreux candidats, dont Karoui, de se présenter.

Pour la plupart des candidats, les subtilités de la politique semblent sommaires, beaucoup d’entre eux se rabattant sur la position de leur parti ou sur leurs propres parcours au pouvoir. Cela reflète en partie la nature encore en développement de la présidence qui, bien qu’officiellement limitée aux affaires étrangères et à la défense, a été utilisée avec plus ou moins de succès pour influencer le pouvoir législatif. Cependant, le chômage endémique de la Tunisie, les conditions de vie à l’intérieur du pays marginalisé et la réforme économique plus large sont tous susceptibles de figurer en bonne place dans cette campagne, conclut The National.

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