AccueilLa UNESaied suspecté de «coup d'Etat rampant»!

Saied suspecté de «coup d’Etat rampant»!

On a beau lui prêter quelques traits d’une candeur de saint de vitrail, Kais Saied ne s’en dispenserait pas moins  de manœuvres florentines. C’est ce qui lui ont valu son baptême du feu et ses premiers apprentissages de la politique. Dimanche dernier, il a sorti ce qui peut être assimilé à un morceau d’anthologie de son cru. Sans  apprêt, et devant un parterre de la haute hiérarchie de la sûreté nationale, il a livré une interprétation  pour le moins iconoclaste des dispositions constitutionnelles régissant ses prérogatives de commandant en chef des forces armées. Il y a annexé les   forces de sécurité intérieure, s’autoproclamant ainsi commandants des forces armées civiles et militaires. Au point que « certains Tunisiens se demandent si le pays n’est pas en train de vivre un coup d’État constitutionnel discret » a commenté le site « Middle Easy Eye » ( MEE) qui rappelle que le  président tunisien a  pris une série de mesures de plus en plus combatives au cours des derniers mois, « ce qui a amené certains observateurs à mettre en garde contre le fait que Saied pourrait préparer le terrain pour de nouvelles actions visant à éliminer ses opposants et à renforcer ses pouvoirs présidentiels, sur la base de sa propre interprétation de la constitution post-Printemps arabe du pays ».

- Publicité-

Saied est une figure inhabituelle de la politique tunisienne contemporaine, mais son bilan est  sans tache, il s’est présenté sur une plateforme promettant de lutter contre la corruption, et ses intentions ont jusqu’à présent semblé bienveillantes. Il s’efforce également de se présenter comme un homme du peuple, ordinaire et non affecté.

Enclin à l’esbroufe politique !

Mais depuis le début de l’année, note MEE,  la Tunisie a vu une nouvelle facette de Saied. Au cours des derniers mois, il s’est montré obstiné, enclin à faire de l’esbroufe politique, parfois bizarre, et a fait preuve d’un manque de volonté de négocier ou de faire des compromis avec ses opposants, détaille MEE qui souligne que , dans le cas de l’espèce,  la constitution tunisienne de 2014 définit soigneusement une séparation des pouvoirs au sein de l’exécutif. Actuellement, elle reconnaît  au président de la République  des prérogatives sur les questions diplomatiques et de défense, tandis qu’en théorie, le ministère de l’Intérieur et les forces de sécurité intérieure de la Tunisie sont sous le contrôle du chef du gouvernement.

Cette dernière polémique peut sembler une subtile technique constitutionnelle pour certains, mais elle s’inscrit dans un schéma de rhétorique de plus en plus radicale de la part du président pour prendre le dessus dans un conflit politique qui a paralysé le parlement et fait dérailler la gouvernance cohésive du pays depuis des mois, croit comprendre Middle East Eye qui, cite les analyses de maints experts  dont le constitutionnaliste Rabi al-Kharaifi  pour qui, « des décisions douloureuses et des jours difficiles sont sur le point de se produire, qui pourraient commencer par une série d’arrestations parmi les députés », faisant référence à un commentaire de Saied dans lequel il a déclaré que l’immunité des politiciens ne pouvait pas être maintenue.

« « Ce qui est important dans ce discours, c’est qu’il a informé toutes les formations de sécurité que les décisions et les instructions n’émanent que de lui seul, et il le pense et les appelle à ne pas écouter le chef du gouvernement » a écrit al- Kharaifi.

Ce ne serait que rhétorique !

Les analystes ont toutefois souligné que jusqu’à présent, tout cela n’est que rhétorique et que même si Saied devait agir, il dispose de peu de pouvoirs. « Il est excessif de dire qu’il s’agit d’un coup d’État », déclare Youssef Cherif, expert en politique nord-africaine et directeur du Columbia Global Centers Tunis, à  MEE. « C’est sûr, Saied veut voir un retour à un système présidentiel, mais il n’a pas les moyens ou une équipe solide pour appliquer ce qu’il dit vouloir faire. »

Relevant  une autre occurrence, l’année dernière, où Saied a parlé dans une rhétorique similaire des pouvoirs présidentiels sur les forces armées, l’analyste politique Tarek Kahlaoui, dit que ceux qui qualifient le discours de dimanche de « coup d’Etat » sont guidés par leurs propres positions politiques, en particulier ceux qui sympathisent avec Ennahdha. « L’équilibre politique du pays ne lui donnerait pas la possibilité [d’un coup d’État]… il s’agit d’une guerre des mots et d’un problème de confiance », dit Kahlaoui.

Ce qui a poussé Saied à son comportement récent, c’est son conflit méfiant et de longue date avec Ghannouchi, Ennahdha, et plus récemment Mechichi. Le différend a commencé dès 2019 et s’est aggravé avec l’échec du gouvernement d’Elyes Fakhfakh en 2020, qui a démissionné après le retrait du soutien d’Ennahdha.

« Quoi que fasse Kais Saied, cela ne vient pas d’un scénario préparé, cela évolue au fur et à mesure que la situation change », explique Kahlaoui. « Sa méfiance à l’égard des partis politiques s’accroît, mais ce n’était pas sa position dès le départ. » Une partie du problème, explique Kahlaoui, est que Saied n’est pas un politicien traditionnel. Ses commentaires n’ont pas de second ou de troisième degré et il réagit par emportements.

Selon Cherif, le conflit entre Ghannouchi et Saied est en train de devenir incontrôlable, ajoutant qu’il pourrait à terme conduire à une dissolution du Parlement et à des élections anticipées. « Le président ne reculera pas, on connaît ça de son caractère… Avec les retombées autour de la cour constitutionnelle, Saied s’inquiète qu’on essaie de le contenir et il riposte avec les outils constitutionnels qu’il a à sa disposition », explique Cherif.

Une popularité persistante

Malgré son manque total d’expérience politique et le soutien d’un parti, c’est la popularité de Saied auprès de l’électorat qui le maintient à flot. Sa popularité continue, selon les analystes, est due à l’opposition inébranlable de Saied à Ennahdha et à l’élite politique.

« Il a offert une rupture claire avec ce système. Il est une force de contestation. Il ne négocie pas avec les différents représentants du gouvernement et les gens aiment ça, c’est pour ça qu’ils ont voté pour lui. Ils détestent vraiment, vraiment ces autres personnalités politiques », explique Cherif.

« Dans d’autres circonstances, il aurait perdu sa popularité… il ne change pas le système et il mène le pays dans une impasse sans proposer d’alternative. »

De nombreux partisans de Saied aimeraient voir le retour du système présidentiel, affirmant qu’un gouvernement fort et uni est exactement ce dont la Tunisie a besoin alors qu’elle fait face à une crise économique sans précédent.

2 Commentaires

  1. les tunisiens ont perdu confiance des partis politiques qui ont trahi le peuple avec leur mensonge et cooruption et particulièrement Ennahdha, un parti dangereux impliqué dans les assassinats politiques et des soldats et des citoyens innocents. Le seul homme à qui le peuple a confiance c’est Kaies Said, président de la république, un homme honnête, propre, qui aime son pays et tient à sortir le pays de ce gouffre des islamistes corrompus. Si ce président prépare un coup d’état, et bien qu’il soit contre ces voleurs et suceurs d’argent du peuple. KS ne peut pas négocier avec des partis pourris, corrompus, c’est la raison pour laquelle il a seulement confiance à la coalition démocratique et encore.

  2. Il semblerait que ce ne soit pas uniquement un problème entre le président de l’assemblée et le président de la république. Un régime parlementaire n’a jamais été ami ni intime avec la stabilité. Un pouvoir législatif très puissant ne donne pas la possibilité à l’exécutif de travailler efficacement. Ce régime parlementaire laisse place à un régime des partis qui fini par etre un régime de la corruption et du népotisme. C’est la constitution qu’il faut modifier de façon à donner à l’exécutif plus de prérogatives….

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Réseaux Sociaux

106,728FansJ'aime
480,852SuiveursSuivre
4,476SuiveursSuivre
624AbonnésS'abonner
- Publicité -

Derniers Articles