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Tunis : L’attentat du Bardo, c’est encore Ennahdha, affirme un ancien de la DGSE française !

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L’attentat terroriste du Bardo n’en finit pas de soulever des interrogations. Le chef de l’Etat avait promis

L’attentat terroriste du Bardo n’en finit pas de soulever des interrogations. Le chef de l’Etat avait promis, vendredi dernier, que le chef du gouvernement donnera toutes les précisions sur cette opération à l’Assemblée du peuple (ARP). Les questions soulevées l’ont été autour des défaillances sécuritaires. Le chef du gouvernement avait promis, lors de sa conférence de presse après l’attentat, des sanctions et vite. Le ministère de l’Intérieur n’a pas attendu la fin de la semaine pour annoncer des mutations et des nominations dans les principaux postes de police clés dans cette affaire du Bardo.

L’attentat, par ailleurs, revendiqué aussi bien par l’organisation de «l’Etat Islamique» (E.I) que par celle d’«Ansar Charia», a cependant remis en selle l’historique de la relation du parti islamiste tunisien Ennahdha avec le terrorisme. Une relation où les barrières ne sont jamais complètement tranchées, une relation où, comme «la nuit, tous les chats sont gris ». Cela, bien malgré toutes les révisions, politiques et idéologiques faites par Ennahdha depuis la cuite prise lors des élections d’octobre 2014.

Ancien responsable de la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure) et grand connaisseur du monde arabe, Alain Chouet a été approché par le magazine français «Marianne», pour une interview où il fait une lecture politique des attentats, notamment, celui du Bardo mardi dernier. Une lecture où «il voit une continuation terroriste de la politique du parti islamiste Ennahdha au pouvoir en Tunisie de 2011 à 2014».

Pour Alain Chouet, «les Frères musulmans ne se résoudront pas comme ça à perdre un pouvoir qu’ils guignaient depuis cent ans. S’ils perdaient pied, il était évident qu’ils reviendraient à leur bonne vieille stratégie de violence et de terrorisme. Ennahdha a plutôt bien préparé son arrivée au pouvoir en Tunisie, mais ils se sont rendu compte qu’ils ne pouvaient pas tenir parce que la Tunisie est un pays très particulier dans le monde arabe ». Le décor est un planté. Et Alain Chouet, connaisseur des mouvements islamistes d’ajouter que «la quasi totalité des Tunisiens Salafistes sont issus des Frères musulmans, c’est-à-dire la mouvance d’Ennahdha. Cette mouvance a largement profité de cet enfumage, assez classique dans les mouvements fascistes, qui visait à montrer qu’il y avait les bons islamistes et les mauvais, mais dans les faits, ils roulent dans le même wagon. Il n’y a pas d’islamiste hard ou soft, l’islamisme est un bloc homogène. Faire une distinction entre un islamisme fréquentable et un islamisme infréquentable consiste à nier la nature même de l’islamisme. Ennahdha est l’archétype de cette nébuleuse islamiste».

Il n’est pas un secret de dire qu’au sein d’Ennahdha, il y a le mouvement et le parti politique. Les deux sont différents en composition humaine et le premier est nettement plus radical que le second. Pour quelques observateurs de la scène politique tunisienne, lors de la gouvernance de la Troïka, il est impossible de ne pas se rappeler, à la lecture de cette interview, le registre terroriste de Rached Ghannouchi et ses discours enflammés comme au Soudan, son prêche à huis clos devant les Salafistes et les conseils qu’il leur prodiguait, les tentatives du pouvoir de la Troïka d’intégrer ces Salafistes dans le paysage audiovisuel tunisien, le nombre d’islamistes radicaux remis en liberté ou amnistiés lors du pouvoir de la même Troïka, le laxisme de ce même pouvoir face aux manifestations et réunions organisées par ces islamistes radicaux dans diverses villes, l’attitude tolérante de l’ancien ministre de l’Intérieur d’Ennahdha Ali Larayedh vis-à-vis d’Abou Iyadh, à la mosquée Al Fath comme lors de l’attaque de l’ambassade US en Tunisie. Tout un historique, qui va, il faut le dire, dans le sens de cette première partie de l’analyse de cet ancien agent des services secrets français.

Concernant les attentats qui ont secoué la Tunisie, dont celui du Bardo, l’ancien responsable de la DGSE française, estime que «ces attentats ne sont finalement qu’un prolongement terroriste de la stratégie politique d’Ennahdha qui consiste à couper le pays du reste du monde. La Tunisie ne vit que de ses capacités d’interactions avec le reste du monde et en particulier avec l’Occident. Elle n’a pas de ressources autonomes. Cela a été la stratégie permanente des Frères musulmans partout où ils ont agi : couper les ponts avec le monde extérieur dans un objectif de prendre le pouvoir sans que personne ne puisse intervenir. Cela a été écrit noir sur blanc par Saïd Qotb, le grand penseur des Frères musulmans». Parole d’expert!

Khaled Boumiza

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