AccueilLa UNETunis : La montagne accouche d’une souris. Est-ce Constitutionnel ?

Tunis : La montagne accouche d’une souris. Est-ce Constitutionnel ?

Après six mois d’attente et des annonces, répétées et chaque fois démenties le remaniement est reporté et sera mis entre les mains de la constituante , la montagne accouche ainsi d’une souris. Le chef du gouvernement tunisien, Hammadi Jbali, devait annoncer samedi 26 janvier 2013, la composition de son nouveau gouvernement. Dans son propre palais, il préfère s’allonger en discours, faire durer le suspens en quelque sorte, pour finir par dire qu’il n’a pas pu trouver un consensus entre ses propres partenaires politiques et qu’il s’en remet à l’Assemblée nationale Constituante (ANC).

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– La petite Constitution ne prévoit pas ce que voudrait faire Hammadi Jbali.

Force est cependant de constater, que RIEN dans la loi réglementant, provisoirement l’autorité publique, dite la Petite Constitution, ne concerne ce cas spécifique d’un impossible remaniement ministériel. Il est dit, dans l’article 15 de ce texte, grosso-modo, que «il est des prérogatives du chef du gouvernement, de constituer le gouvernement et doit en communiquer la liste au chef de l’Etat, dans un délai de 15 jours à partir de sa nomination, accompagnée d’une brève présentation de son programme. Le chef de l’Etat se doit de présenter ce dossier, dès sa réception, au président de l’ANC. Ce dernier convoquera alors, dans un délai de 3 jours à partir de sa réception, une assemblée générale qui sera chargée de lui accorder sa confiance». Aucun article de la petite Constitution, ne traite de la possibilité d’un remaniement. Ni ne parle de l’impossibilité de constituer un gouvernement. Seuls les cas d’une première nomination du chef du Gouvernement ou le cas d’une motion de censure contre le chef du Gouvernement ont été prévus par la Petite Constitution . On ne sait donc pas encore comment cela va se faire, à moins qu’il n’existe une autre loi ou un autre règlement intérieur dont on n’a pas encore connaissance. A moins aussi, qu’on ne repasse par le cas motion de censure contre Hammadi Jbali, sa nomination de nouveau par Moncef Marzouki et Jbali qui devrait alors lui présenter un nouveau gouvernement ! Toute autre possibilité, pourrait être, à notre humble avis, anticonstitutionnelle !

On imagine cependant, que cela pourrait se faire et que les Constitutionnalistes de Hammadi Jbali pourraient trouver la parade, cela durera des lustres et rallongera encore de plusieurs épisodes, la « série » du remaniement. Les membres de l’ANC ont en effet fait montre d’assez de divergence, de discordance et d’un amour effréné pour les discussions sibyllines, pour pouvoir s’entendre sur la composition du gouvernement.

– On a le meilleur gouvernement du monde, mais on doit le changer !

Dans son discours samedi devant la presse, Hammadi Jbali n’a pas donné les raisons de ce remaniement. Est-ce pour répondre à une exigence populaire ? Est-ce à cause de l’échec de l’actuel gouvernement ou de quelques – uns de ses membres ? On n’en saura rien, Hammadi Jbali ayant refusé de faire la critique de quiconque et encore moins de sa propre action. Son optimisme béat et son «tout-va-bien» insensé, feraient presque croire qu’il n’a aucun besoin de faire ce remaniement. La seule explication officielle de ce remaniement, semble être le désir de la troïka d’élargir la base politique et arriver à un gouvernement, non pas d’union ou d’unité, nationale, mais de simple consensus, en attendant les prochaines élections. A propos de ces élections, on ne peut ne pas remarquer que Jbali s’était laissé, avec son sourire habituel au cours de sa conférence de presse, lancer comme un lapsus, la date de septembre 2013 avant de se raviser et corriger pour juin. Il était impossible, sauf pour Hammadi Jbali , de ne pas constater que ce n’est que parce que la troïka a échoué à gouverner toute seule, qu’elle a accepté de faire appel à d’autres.

Dans son discours samedi devant la presse, Hammadi Jbali s’est contenté de présenter les grands objectifs de l’action de son prochain gouvernement, qui n’ont pas été accompagnés de programme d’action, clair et précis, pour atteindre ces objectifs, déjà connus depuis des lustres.

– Jbali, un homme d’Etat ou l’homme de son parti dans l’Etat ?

Tout au long de son long discours, Jbali s’était abstenu de dire qui retarde encore la confection du nouveau gouvernement. Il sera pourtant piégé, lorsqu’il esquivera la question d’une journaliste, sur la vérité de son différend avec le président son propre parti, Rached Ghannouchi. Hammadi Jbali n’a pas confirmé. Il ne s’est pas, non plus, inscrit vigoureusement en faux contre la théorie de la journaliste, pour l’effacer complètement des esprits.

Il faut dire, que la personnalité du chef du Gouvernement, peut inspirer confiance. L’homme se tue au travail, selon divers témoignages concordants. Il saurait aussi écouter, donner la primauté à l’Etat en face aux tentations partisanes et n’hésite pas à prendre position pour le respect de la loi, selon ces mêmes témoins. L’ancien opposant, ne manque aucune occasion, pour se donner l’image d’un homme d’Etat. Ses proches, font volontiers circuler l’idée que Jbali est surveillé par le président de son parti qui lui aurait, dans ce but , placé tel ou tel conseiller dans son cabinet, ce qui voudrait dire que des divergences existent réellement entre Jbali et Ghannouchi. En évitant samedi dernier, de répondre clairement à la journaliste d’Achourouk, il laisse peser le doute. En sa faveur, peut-être. En sa défaveur aussi. Homme d’Etat, simple chef de Gouvernement ou homme de consensus comme il a voulu apparaitre samedi dernier, il reste pour l’instant le candidat d’Ennahdha au poste de chef du gouvernement. A moins qu’il ne veuille constituer une autre Nahdha, plus consensuelle et moins arrogante, plus moderniste et moins théocratique, qui prenne ses distances avec les ligues de protection de la révolution et applique la loi sur les Salafistes , Jbali ne pourra rien faire sans l’accord du maitre ; et ce dernier ne compte pas changer les grands équilibres du gouvernement, d’où le blocage du remaniement.

Khaled Boumiza

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