AccueilLa UNETunis : Les voitures ou comment gaspiller l’argent d’un Etat endetté.

Tunis : Les voitures ou comment gaspiller l’argent d’un Etat endetté.

Lorsqu’après une année de la révolution, le Gouverneur de la BCT a commencé à évoquer le déficit commercial, la première mesure du gouvernement de Hammadi Jbali a été de réduire l’accès au crédit. Lorsque le gouvernement d’Ali Larayedh a pensé à diminuer les dépenses du budget, les mesures prévues dans la loi des finances 2014, ont été d’alourdir le poids de la fiscalité pour le consommateur de différentes manières, dont les taxes sur les véhicules, pourtant le moyen de déplacement privilégié des Tunisiens et un outil commercial de première nécessité. Le même gouvernement n’a pourtant pas commencé par ses propres dépenses. Les ministres disposent du même nombre élevé de voitures pour eux et leurs familles, d’un nombre plus important de bons d’essence et de la même masse salariale. Les députés ont même tout fait pour prolonger leur présence à l’ANC jusqu’à pouvoir prétendre à la retraite, ces mêmes députés ont augmenté leurs salaires et permis aux deux gouvernements d’accorder d’énormes compensations aux opposants islamistes de l’ancien régime. Gouvernements et députés ont «oublié» de lutter efficacement contre les trafics, pourtant sources de financements pour le terrorisme qui frappe désormais de plein fouet la Tunisie. Au cœur de ces trafics, celui des voitures.

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Selon les chiffres de l’Agence Nationale de Transport, le nombre des voitures, dites ré-immatriculées, à la fin du mois d’octobre 2013, a augmenté de 1,7 % d’une année à l’autre, contre une baisse de 7,1 % pour le nombre de voitures, légalement importées et distribuées par les concessionnaires régulièrement installés en Tunisie.

Il est pourtant de notoriété publique et plus encore chez les ministères du Commerce, du Transport et des Finances, que les voitures ré-immatriculées, sont importées de manière irrégulière et illégale. En très grande majorité, selon nos sources, ces véhicules sont importés sous le régime du FCR (Franchise de Changement de Résidence). Cette facilité d’importation, consentie aux résidents tunisiens à l’étranger est accordée intuitu personae et une fois seulement. On trouve, pourtant, sur la toile tunisienne, des sites qui font commerce de FCR, avec des rubriques qui vous disent comment vendre et acheter une FCR et vous mettent même en contact avec une Hotline pour cela. Plus que cela. Le trafic se fait donc, au vu et au su de tout le monde, sans que ces sites ne soient inquiétés ou surveillés.

Des sources sécuritaires nous indiquent l’existence de réseaux en quête de personnes qui n’ont jamais résidé à l’étranger. Ils prennent leurs passeports, les tamponnent du cachet de la douane prouvant leur sortie des frontières, puis du cachet prouvant leur retour après une année. Tout cela moyennant une somme variant entre 3000 et 5000 DT, ce qui représente beaucoup d’argent pour de vieilles personnes dans des régions comme le Sud tunisien. Dans le cas des sites internet spécial FCR ou des passeports, cela ne pourrait se faire sans connivence avec la Douane. Tous les douaniers ne sont certes pas corrompus, mais le trafic ne peut se faire sans une complicité douanière. A cela, il faudrait ajouter le trafic de devises étrangères, puisque ceux qui vendent leur FCR en Tunisie sont nécessairement payés en Dinars tunisiens !

En 2012, le nombre de Tunisiens résidant à l’étranger est estimé à 1 155 634 personnes dont 82,95 % résident en Europe. Le nombre des voitures importées dépasse cependant celui des voitures vendues sur le réseau des concessionnaires. Jusqu’à octobre 2013, il dépassait de loin (65 784) le quota total donné aux concessionnaires (45.000) pour l’année 2013. En supposant que tous les résidents tunisiens à l’étranger importent leurs voitures de manière légale, il faudrait aussi présumer que le nombre de résidants à l’étranger diminue et se renouvelle chaque année d’un nombre au moins égal à celui des voitures ré-immatriculées chaque année.

La seule évidence dans tout cela, est que le trafic de voitures existe en Tunisie, que la douane y est un acteur primordial !

En attendant, le trafic touche toutes les marques de voitures. La marque la plus touchée est la Volkswagen et la société Ennakl qui ont régressé de 19,2 % en 10 mois, Citroën du groupe Loukil avec une baisse de 13,1 %, Peugeot du groupe Khéchine affichant une baisse de 27,7 %, Mitsubishi du groupe Le Moteur reculant de 32,9 %, Kia du groupe Bouchammaoui en baisse de 10,6 %, devraient réagir et faire travailler leur lobbying pour amener le ministère des Finances à intervenir , au moins pour une révision, sinon pour une annulation du régime FCR alors que le ministère du Commerce parle déjà de libéralisation du secteur.

Pour les entreprises introduites en bourse, cela impactera nécessairement leurs actionnaires. Pour celles qui ne le sont pas, c’est directement l’Etat à travers le Fisc, qui en subira les conséquences.

Voici ainsi, une Tunisie qui s’endette pour continuer à fonctionner correctement et qui dilapide, par la même occasion, ses ressources. Un Etat qui encourage le trafic, laisse faire les fraudeurs, diminue volontairement ses ressources fiscales en plusieurs centaines de millions de Dinars par an et laisse les trafiquants, citoyens ordinaires et fonctionnaires de l’Administration douanière piller les ressources de l’Etat qu’ils représentent.

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