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Tunisie : L’élection du 23 octobre, une catharsis ou un axe du futur ?

Jamais, dans leur histoire, les Tunisiens n’ont eu à faire face à une échéance aussi cruciale que celle de l’élection de la Constituante, le 23 octobre. Au sortir d’un régime autocratique renvoyant à des années de plomb, synonyme de répression et d’exactions exercées sur les modes les plus variés, et en proie à des tourments économiques dont le chômage est l’expression la plus pénible, les Tunisiens ont ostensiblement soif de liberté. Et cette liberté, ils la veulent sans nuances, adamantine et inconfiscable. Des ressorts dont les prochains et nouveaux dirigeants du pays se doivent de placer au cœur du régime qu’ils proposeront au peuple en termes de valeurs et de mécanismes les portant.

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Pour autant, y a-t-il un parti qui s’y prête, mieux, qui affiche la sincère volonté d’incarner des aspirations longtemps réprimées et qui doivent désormais composer la plateforme politique sur les fondements de laquelle le pays sera gouverné, loin de toutes références idéologiques ou partisanes ? C’est à cette question essentielle que les candidats, tous les candidats au scrutin du 23 octobre se doivent de répondre, et pas uniquement par des discours, le plus souvent enflammés et truffés de promesses.

Manifestement, les 111 formations politiques -pas moins- qui postulent à la Constituante et à la députation qui s’y attache, ont bien du mal à s’ériger en dépositaires de la conscience nationale, soit parce qu’ils en ont pas les attributs, soit parce que les électeurs ne leur reconnaissent pas le crédit ou la visibilité qui les fondent à remplir cet office. Il y a là comme une illusion d’optique à laquelle l’électorat ne semble pas vouloir se laisser aller. Et cela se comprend, d’autant mieux que le Tunisien, instruit des expériences du passé, singulièrement des « vertueuses » déclarations d’intentions dont il a été gavé, un certain 7 novembre 1987, a bien des raisons de prendre soin de ne pas retomber dans les travers qui s’en sont suivis et qui ont pris en otage la destinée nationale , 23 ans durant.
C’est que la Tunisie se garde désormais de faire un sot dans l’inconnu sous la férule de  gouvernants potentiels qui ne le sont pas moins. De tous les partis politiques qui sollicitent ses suffrages, avec insistance et par moments, en le harcelant, l’électorat se trouve tenu d’en choisir 217 représentants dont la majorité sera issue du mouvement Ennahdha, comme le laissent penser les sondages d’opinion  et l’affirme la direction de ce parti islamiste.

Il faut dire que ce dernier, qui se signale par une organisation bien structurée et une  implantation territoriale sans égale, serait en meilleure posture  que ses concurrents pour faire la pluie et le beau temps dans la prochaine assemblée, sans pour autant être en mesure de rassurer sur la suite des événements. Des craintes, des doutes et même de vives appréhensions  se manifestent çà et là, singulièrement parmi les femmes et les jeunes, les premières déterminées  à défendre bec et ongles les acquis réalisés à leur bénéfice, les seconds incrédules quant aux « meilleurs lendemains » qu’on leur fait miroiter.

Mai il y a pire, les « Nahdhaouis » sont soupçonnés de tenir un double langage et de dissimuler de intentions qui se révéleraient au grand jour une fois au pouvoir, soutient-on. D’autant qu’il devrait revenir  mathématiquement à ce mouvement d’écrire la constitution de la seconde république, ou du moins à en esquisser l’ossature. Serait-on gouverné par un régime théocratique dans ses grandes lignes, la liberté de croyance serait-elle rangée au magasin des accessoires, aurait-on un autre modèle de société qui ne concorde pas ou si peu  avec les références majeures qui sont celles de la Tunisie moderne, les Salafistes auront-ils droit de cité et les coudées franches pour imposer, par la force , si nécessaire , la rigueur islamique, enfin, plus prosaïquement, les femmes  seraient-elles obligées de porter le voile et autres accoutrements qu’elles récusent ? Voilà le composé des tourments qui agitent bien des Tunisiens et auxquels le mouvement Ennahdha répond par un revers de main, affirmant, en revanche, avec la dernière énergie, qu’il n’en sera rien et qu’il sera le fer de lance d’une modernité adaptée à la réalité tunisienne sans changer un iota aux acquis alignés par la Tunisie depuis l’Indépendance.

En attendant que la réalité des uns et des autres se révèle au grand jour, il est dans l’ordre de la chose politique que rien n’est acquis d’avance et que le pouvoir a ses ressorts et pour tout dire ses contradictions que les convictions de demain  ne sont pas toujours celles que l’on proclamait hier. Ce mode d’opérer n’est  pas propre à la Tunisie qui, plus est, est en train de découvrir les délices de la liberté et de la démocratie, mais une tare rédhibitoire quasi universelle.
Le fait est  que les nouveaux dirigeants du pays seront rigoureusement jugés à l’aune de ce qu’ils auront fait pour la nation et surtout à celle de leur capacité à tenir leurs promesses et à ne pas décevoir les attentes et les espoirs placés en eux.

Enfin et surtout, il est dans les ressources du peuple tunisien, et il en a administré la preuve tout au long de la campagne électorale, de  cultiver la paix dans la cité, de tenir fermement à son identité et de n’aspirer qu’à ce qu’il regarde comme bon  et honnête. Pour le reste, il faudra attendre le 23 octobre et au-delà !

Mohamed Lahmar
 

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